‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 84 sur 171 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

et le comité avait la mission de les aplanir. Je dus moimême intervenir parfois comme arbitre. C'est ainsi que . je fus consulté par un comité de Brest sur le point de savoir s'il était obligé d'accepter la candidature de M. de Gasté qui, pàratt-il, avait cessé de plaire. Je répondis que le comité était tout à fait libre d'agir à sa guise; mais que la discipline désirable dans le temps présent voulait que M. de Gasté, qui était un des 363^ fût candidat; et le comité suivit sans bésiter cette indication.

I>es candidats les plus marquants publièrent des professions de foi qui servaient de modèle et de mots d'ordre, et qui entretenaient partout l'animation la plus vive et les passions les plus violentes. Le plus en vue parmi eux était M. J. Grévy, surtout depuis les obsèques de M. Thiers, où il avait pris un rôle qui le désignait comme son successeur éventuel. Ce rôle fut accentué, avec une signification très claire, lorsque Grévy, qui n'avait jamais abandonné ses électeurs du Jura, accepta cette fois la succession de M. Thiers comme candidat dans le neuvième arrondissement de Paris. Sa profession de foi dénotait à la fois sa pensée et l'intention de ses électeurs parisiens.

« Mes chers concitoyens, disait-il, après cette lettre admirable que M. Thiers écrivait pour vous, au moment où la mort est venue glacer sa main, lorsque cette grande voix d*outre-tombe retentit encore à vos oreilles, quelle parole puis-je vous adresser?... Électeurs, voulez-vous conserver le gouvernement existant, le gouvernement qui a libéré votre territoire, payé votre rançon, rétabli l'ordre, la liberté, assuré la paix, relevé votre crédit, ramené la confiance, le travail; le seul gouvernement qui puisse vous préserver de nouvelles révolutions, parce qu'il est aujourd'hui le seul possible, le seul durable? Écartez ses mortels ennemis. Votez

pour desr républicains. Vous l'ayez fait Tannée dernière; vous avez consacré la République par un vote solennel. Ce votC) on vous met en demeure de le rétracter. Vous répondrez comme il convient à des hommes qui ont le sentiment de leur dignité et qui veulent rester libres. Vous direz que cette noble France a assez souffert, qu'elle a été assez longtemps déchirée par les révolutions, qu'elle ne veut plus appartenir à des maîtres, et qu'elle est résolue à ne charger désormais qu'elle-même du soin de son repos, de sa prospérité et de sa grandeur. »

De leur coté, le Maréchal et le ministère entraient aussi en guerre. Le Président de la République, se jetant de sa personne dans la mêlée, s'adressait à la France par les proclamations des 19 septembre et !•' octobre. Il disait :

c Aux dernières élections (celles de février 1876), on s, abusé de mon nom... on vous parte encore aujourd'hui de dévouement k ma personne, et l'on prétend n'attaquer que mes ministres. Vous ne serez pas dupes de cet artifice. Pour le déjouer, mon gouvernement vous désignera parmi les candidats ceux qui seuls pourront s'autoriser de mon nom. Vous pèserez mûrement la portée de vos votes...

Français, J'attends avec une entière confiance la manifestation de vos sentiments. Après tant d'épreuves, la France veut la stabilité, l'ordre et la paix. Avec l'aide de Dieu nous lui assurerons ces biens. Vous écouterez la parole d'un soldat qui ne sert aucun parti, aucune passion révolutionnaire ou rétrograde et qui n'est guidé que par l'amour de la Patrie. >

11 ajoutait : « On vous dit que je veux renverser la République. Vous ne le croirez pas. La Constitution est confiée à ma garde : je la ferai respecter. » Ce passage du manifeste, contresigné par le ministre de l'Intérieur,

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