‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 86 sur 171 · CHAPITRE X lâ · texte numérisé non relu

CHAPITRE X lâ

çaise une indépendance inflexible; et depuis qu'elle a perdu l'amour du prince et la passion prestigieuse de la gloire militaire qui ont autrefois justifié sa servitude volontaire, cette indépendance ne cède plus qu'à la crainte de la ruine totale dont les factions menacent la patrie. Et dans ce cas extrême, elle cherche un maître qu'elle appelle un sauveur.

Rien, en 1877, n'appelait le Maréchal de Mac Mahon à jouer ce rôle. Il n'y aspirait pas d'ailleurs, mais on le croyait. Aussi devait-il se heurter à cette noble idée de notre indépendance; et c'est ce qui explique que, parmi les 363, toutes les nuances d'opinion, pourtant si diverses, se fondirent sans peine et disparurent devant le devoir supérieur de défendre la liberté de la France. La nation croyait et pouvait croire que sa liberté était enjeu. C'est là un de ces intérêts que le suffrage universel, même dans son organisation embryonnaire, peut comprendre. Tel qu'il fonctionne de nos Jours, il n'a qu'une compétence contestable dans les affaires de gouvernement, et quand on lui donne la mission de former des corps politiques. Mais, bien qu'il soit encore inorganique et rudimentaire, il est suffisamment éclairé quand il se prononce sur une question simple et vitale, pour laquelle il n'a qu'à prendre conseil des sentiments de la race.

Aussitôt après les funérailles de M. Thiers et une fois la période électorale ouverte, la France se trouva sur pied. Je ne crois pas qu'on ait vu souvent, dans un moment de lutte politique, le pays à la fois plus calme et plus passionnément animé. D'un côté, les républicains, fermes, résolus, agissant sans crainte et sans forlanterie sous la pression administrative la plus tracassière et la plus impuissante qui fut Jamais; de l'autre côté, e candidats du gouvernement et ses agents,

affairés, le verbe haut, les lois, les justes lois à la main» et ne parlant que de briser les résistances, tandis que tios candidats traqués et traités en ennemis publics, voyaient tranquillement sourdre et croître et déplus en plus bouillonner la colère populaire.

Je m'étais rendu dans ma circonscription électorale, qui m'était toujours restée fidèle depuis sept ans, et que j'allais retrouver la même. Mon élection résume à peu près les traits de la lutte électorale de cette époque. En la racontant je raconte toutes les autres. Ce sera mon excuse de me mettre en scène.

La population du Haînaut français (arrondissement d'Avesnes sur Helpe, Nord) est fière, indépendante, éclairée et pleine de l'esprit de la Révolution française. Elle est industrieuse aussi, adonnée aux travaux de l'agriculture et de l'industrie : elle est riche. Race de frontière, elle a au cœur toutes les douleurs et toutes les joies des destinées de la patrie qui se jouèrent si souvent au milieu d'elle. Elle est patriote dans l'âme. Elle a en même temps le sens très aigu de la vie pratique et réelle : elle ne se trouble pas aisément. Elle est spirituelle à sa manière, goguenarde; et elle ne se laisse pas prendre aux grands airs pas plus qu'elle ne se paie de mots. Pleine de bon sens, en quoi elle tient du fonds commun de la France, d'un commerce sûr quand elle a connu son homme : c'est à elle que je dois tout de ma vie politique. Elle m'avait adopté aux élections de février 1871. quoique je fusse étranger à son sol par l'origine et par les intérêts. Ma bonne fortune fit ma rencontre avec elle; et depuis, en me restant fidèle, elle

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