Voir aux Morceauio choisis, p
offrent une riche et curieuse galerie de portraits : le courtisan, le poêle ridicule, le pnële fanfaron, le noble insolent, l'iiypocrite. La satire, chez lui, n'est pas une dissertation ou une déclamation, mais un discours familier où les observations morales se mûlenl aux descriptions. Celles-ci sont vivantes. Deu\ ou trois traits suffisent au pi ële pour tracer de ses originaux des portraits qui ne s'effacent plus. L'observateur s'unit au peintre. Il s'inspire d'Horace, do I*line, de Juvénal ; il imite les satiriques italiens, Berni, Mauro, le Caporale, DcUa Casa; mais ce qu'il imite se transforme sous sa main et prend un tour nouveau; imiter ainsi, c'est créer.
Poète d'inspiration, Régnier obéit ;i sa verve sans chercher à la contenir, à la régler. De là, des négligences, des incorrections, des phrases embarrassées, des expressions impropres, élriinges, obscures. Mais aussi que de pages éclatantes, que d'expressions pittoresques, ingénieuses, prolb:ides! que de vers frup, es de manière à devenir proverbes ! que de tableaux impérissables! Enire tant de beaux morceaux, nous ne rappellerons que la satire adressée à Malherbe et celle de Ma<:dte. La première est une réponse éloquente à l'étroite et dédaigneuse critique de Malherbe qui n'était encori> qu'à ses débuis et dont les poésies devaient plus tard répondre pour lui. Au fond, le capricieux et indocile Régnier poursuit à son insuie même but que Malherbe : ne i)rend-il pas la nature pour moiléle? Ne parle-t-il pas la langue du peuple? Son style n'est-il pas exempt d'alfectatiou et de pédantisme? N'est-il pas héritier Je Villon et de Marot, plutôt que de Ronsard et de son oncle Pesportes qu'il se croit tenu de déi'endre, en compagnie de mademoiselle de Gturnay? Le chef-d'œuvre de Régnier est la satire de Mt/cefie. Ce portrait delà dévole hypocrite qui, dans un discours artificieux, clierche à pousser une jeune fille au vice, nous montre Régnier dans la plénitude de son talent. Écrite par Régnier vers l'âge de quarante ans,quelque temps avant que la débauche remportât, elle atteste « tout ce qu'avec du travail et une conduite meilleure de son talent, il aurait pu être, et le rang qu il pouvait tenir entre les p'us mâles génies. » Macette, qui descend des entremetteuses d'Ovide et de Properce, est l'aïeule de Tartuffe.
Parmi les poésies diverses qu'a laissées Régnier, on trouve des épîtres, des élégies amoureuses, pleines de délicatesse ot de grâce, des stances religieuses écrites dans les derniers temps
XVI" SIÈCLE
(le sa vie, et oii le remorrls d'une existence insouciante et libertine lui flicti- (les vers éloquents'.
Avec Hégiucr, h- dernier ( linmpion de Ronsard, finit l'école le la Pléi.uU'. ; le iv^^ne de Malherbe va commencer, et la poésie française entre dans de nouvelles voies. Sans laisser de grandes œuvres, l'i l'hiade avait donné à la langue poétique delà gravité et de l'ampleur : elle avait mis en circulation une foule d'idées et desnjils imités des anciens ; l'heure était venue d'un art plus piirfait. Hnnsard avait préparé Malherbe; Malherbe va préparer l'œuvre immortelle du di\-septi(^me siècle.