‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 12 sur 725 · CONTROVERSISTES · texte numérisé non relu

CONTROVERSISTES

silion; mais sa phrase est claire et son style facile et môme élégant. Comme controversiste, Du Perron, de l'aveu de ses adversaires, est surtout un dialecticien vigoureux; on peut croire qu'il entre un peu de jactance, dans l'assertion de d'Aubigné, qui se vantail de l'avoir réduit au silence. Du Perron disait quelquefois « qu'il n'y avoit point d'hérétiques qu'il ne fût assuré de convaincre, mais que pour les convertir c'éloit un talent que Dieu avoit réservé à monsieur de Genève ^ » et il était reconnu de son temps, « qu'il lalloit envoyer les hérétiques au solide et savant Du Perron pour les convaincre, et à monsieur de Genève pour les touchera » Ce Monsieur de Genève, le plus illustre théologien cathohque du seizième siècle, était François de Sales.

François de Sales (1368-1622)^ avait commencé par éludierle droit. Reçu avocat et docteur, il renonça à la charge de conseiller au Sénat de Chambéry, où on l'appelait, et, poussé par une vocation irrésistible, embrassa l'état ecclésiastique (1393). Un an après son ordination, il publiait l'Étendard ou lu défense de la Croix (1397), ouvrage de controverse dans lequel il défendait contre les attaques d'un ministre réformé l'honneur rendu à la Croix par l'Église catholique. Dans ce sujet aride, on peut déj^ remarquer, outre l'aménité et la politesse de sa polémique, celte grâce et ce sentiment de l'amour divin qui immortalisent ses autres écrits. Le succès d'une mission heureuse qui ramena à la foi catholique une bonne partie du Chablais, des conversions très-nombreuses dont quelques-unes illustres, des direclions et des prédications brillantes en Savoie et en France (à Dijon, à Paris) appelèrent raltention publique sur le saint prêtre ; il fut appelé dès 1606 à l'évêché de Genève^ Bientôt il allait porter plus haut son nom par son livre de Vlntroducti'in à la vie dévote {i60S). L'époque était favorable àla publication d'un pareil ouvrage. Sous le gouvernement de Henri IV, la paix et la sécurité commençaient a renaître, mais les luttes religieuses avaient jeté le trouble dans les consciences. Henri IV, récemment converti à la religion catholique, demanda

1. Ce n'est que depuis le règne de Charles ï, que la coutume italienne de donner aux évèques le titre de monseigneur s'est introduite en France. • Je veux bien \ous défendre, écrit Fi'ançois de Sales à M™« de Chantai , de m'appe- 1er monseigneur ; car encore que c est la coutume de deçà les Alpes (eu Italie)

d'appeler ainsi les évêques, ce n'est pas la coutume de delà (en France), et j'aime la simplicité. » (Lettre à M"»' de Chantai, LXVl)-

2. Cité par Sainte-Beuve dans son étude sur J-'rancois de Sahs, Causeries du luiidi. va, p'. 271, 3* édition.

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