A'oir aux Morceaux choisis, p
au saint évêque, un livre qui rendît la religion populaire. François de Sales avait adressé à une de ses parenles, M'"« de Charmoisy, des lettres de direclion que des amis le pressaient de publier. Sur la demande de Henri IV, il se décida alors à reprendre ces lettres, à y mettre quelque liaison et à les faire paraître.
Bien de plus nouveau que ce livre de dévotion qui donne aux plus hautes vérités théologiques une forme simple, familière, accessible à fous. Partout rt^gne une grûce aimable, naïve, qui rend Tonction plus pénétrante; une imagination riante, fleurie, trop fleurie parfois, sous laquelle se cache une énergie virile. De là Timmense succès de cette œuvre, encore vivante aujourd'hui malgré sa forme surannée, et qui a exercé une influence si profonde sur la littérature du xvii^ siècle. L'âme de François de Sales est tendre, affectueuse, la plus affective du monde, qui même abonde un peu en dilection * ; elle est en même temps ardente et vigoureuse. Comme son caractère, sa doctrine offre un admirable tempérament de mansuétude et de rigueur ; on y trouve une intelligence parfaite des nécessités de la vie; elle est également éloignée de l'âpreté janséniste qui, selon Bossuet « traîne toujours l'enfer après elle, fait paraître la vertu trop pesante, l'Evangile excessif, le christianisme impossible» et de la «dévotion aisée» reprochée à certains jésuites et que Bossuet nomme éloquemment « cotte inhumaine complaisance et cette pitié meurtrière pour le pécheur. »
On avait cru voir quelque chose d'efféminé dans Vlntroduction à la vie d(^voie, adressée par François de Sales à une femme, sa chère Philothée. La tournure gracieuse, un peu féminine, du style avait fait illusion sur le fond, solide et austère. Quoi qu'il en soit, François de Sales cru t devoir répondre à celte critique en écrivant le Traité de l'amour de Dieu, qu'il adresse à un homme, Théotime (tUlO), et dont le premier livre est remarquable par la fermeté et la précision, mais où l'on retrouve, surtout dans la dernière partie, la subtilité qui est propre à l'auteur. On a reproché quelqiiel'oisàt'rançois de Sales une tendance au mysticisme. S'il s'agit de sa doctrine, elle est irréprochable, et n'ulfre aucune trace d'exagération. Mais l'âme alfectueuse du saint directeur se laisse aller dans les Lettres spirituelles, et en particulier dans celles qui sont adressées à M^^^de Chantai, à ces effusions de charité qui re-