Cf. p. 137. n. 3. et Morceaux choisis, p. Îti
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san dévoué des Guise?, plus occupé de politique que d'arf, compose quatre pièces qui sout la ceusure iudiriN;le des i^candales de la cour,' de la corruption du roi et de ses mignons. Dans Esther (lo8."i) « est représentée la condition des rois et princes sur le tliéàire de fortune, la prudence de leur conseil, les désastres qui surviennent par rorgu<'il, l'ambition, l'envie et la trahison, combien est odieuse la désobéissance des femmes et finalement combien les reines doivent amollir la couronne des rois endurcis sur l'oppression de leurs sujets. » Dans Vasthi (1589), « outre les tristes efi'els de l'orgueil et l'ésobéissance est démontrée la louange d'une monarchie bien ordonnée, l'office d'un bon prince pour heureusement commander sa puissance, son ornement, son exercice éloigné du lu\e et dissolution. )> Dans A???au (l.')89). on voit «la perfirJieet trahison, les pernicieux eilets de l'ambition et envie, la grâce et bienveillance des rois dangereuse à ceux qui en abusent, leur libéralité et récomj.ense mesurée au mérite et non à l'afl'ection. » La Clytetnnestre (t.-iSO) représente « les malheureuses fins de la volupté. » Enfin dans la Guisiade (1589), l'auteur exalte hautement les vertus du duc de Guise et oppose à « l'innocence de la maison de Lorraine » la perfidie du roi et la lâcheté de ses conseillers.
Simon Relyard compose le Guynien {lo92) ou Perfidie fyrannique commise par Henry de Valois es personnes des illustrissimes et très généreux princes de Lorraine, Cardinal et Archevesque de Rheims, et Henry de Lorraine, Duc de Giiyse, grand-maistre de France; Chariot (li)9'2). Églogue pasjorelle à onze personnages sur les misères de la France et lu très heureuse et très miraculeuse délivrance de très magnanime et très illustre prince Mgr le duc de Guise. La première p;.rticest une sorte d'éh^gie dramat que des nymphes et des bergers sur la mort des bergers de Lorrait)e {les Guises); la second.; peint leur allégresse à la nouvelle de l'évasion de • harlesde L(>rrain3 qui délivrera la France de ses tyrans, cl fera renaître l'abinidance dans les campagnes.
Louis Légeh, régent des Capettes, fait de sa tragédie de Chiljiéric, second de nom, une satire amère contre ce rtti fainéant du temps de la Ligue, justement mis en tutelle par le Guise, ce nou\eau m;ure du Palais.
D'autres écrivains, tout en imitant tantôt la pastorale italienne, tantôt la tragédie antique, tantôt la tragédie sacrée, s'efforcent de cpi'er un lliéAtte national et choisissent lenrs sujets dans notre hiiluire, au lieu de les emprunter aux événements
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contemporains, qu'on no leut exposer sans passion et sans partialité. C'est ainsi que Cr.. nn.LAnn compose non-senlement des tragédies antique?, Po'yxéue et Pinitkée, des tragédies imitées de l'italien, Alboin et Gcnévre (celle-ci tirée de l'Ariosto), une tragédie sacrée, Sniil, mais encore des pièces empruntées à l'histoire do France, Mérovée, Gaston de Fvix ^.
Ainsi, à l'époque qui nous occupe, tous les genres se mûlent. On voit fourmiller des tragédies payennes, des drames sacrés, des pièces politiques, des tragi-coméiiies, des pasiorales, des bergeries, pour la plupart justement oubliées. Gabhikl Bounin donne une Sult'tne (loiiO) où il fait jurer les Turcs par Jupiter; celte pièce, qui met sur la scène un événement récent de l'histoire de Turquie, semble avoir fourni à Racine l'idée de Bajazet. Vu. Le Duchat donne une misérable traduction de VA(jamem' no7i (1S6I) ; Nicolas Fu.i.eul, deux ridicules tragédies Achille (lo63) et Lucrèce (1566) et une pastorale, les Ombres (1566). GiiLLALME l-E RnETiN composc cti 1574 un Adonis qui fait les délices du roi Ch.irles IX, au témoignage de l'éditeur. Fronton Le Duc célèbre la Pucclle d'Orléans (1580) avec plus de bonne volonté que de succès. Nicolas de Montrkux compose trois pastorales fades et langoureuses Athlète, la Diane, Arimène, une tragédie « merveilleuse » tirée de l'Arioste, Isabelle, deux tragédies classiques Cléopâtre et Sophonisbc, et une pièce sacrée Joseph le Chaste (1601) qui par sa grossière uaï\eté tient plus du mystère que de la tragédie.
Toutefois la forme classique fend à prévaloir. C'est par elle que l'art arrive à reprendre sa place dans \ei compositions dramatiques, et c'est là le trait dominant qui caractérise les écrivains les plus remarquables de cette époque. Parmi tant de noms oubliés, il en est trois qui méritent d'être cilés et retenus ; ce sont les noms de Jean de la Taille, de Robert Garnier cl d'Antoine de Monlchrestlen.
Jean de la Tau.le*, le frère de Jacques, a écrit deux tragédies sacrées, Saùl furieux (1572) et les Gabaonitts (1573), que les frères Parfait apprécient comme il suit : « S il éloit possible de faire un plus mauvais poëme que la tragédie de Saxil le furieux, celui des Gabaonites le surpasseroit'. » Jugement aussi sommaire qu'injuste. Jean de la Taille est un écrivain de (aient; nous avons vu qu'il a laissé des chansons et des odelettes gracieuses:
1. Et plus fard Henri le Grand, pièce 1 2. Voir plus haut. p. 130, et n. 4. sur l'assassinat de ce priin'o, représenté 3. Hhtoire du théâtre français, 111, l'aimée même de sa inuit (I6i0). I 361.
ses tragédies suffiraient à prouver qu'il était poêle. On peut reprocher au Saul d'avoir peu d'aclion el d'tîire concentré dans une Bilualion unique, la mort du roi el de Jonathan; ce vice est capital, mais pallié avec art, et la piùce contient beaucoup de passages pathétiques et purement écrits. Les Gabuonites, qui parurent un an après Suùl, sont pris également au livre des Rois. Cette pièce, où diverses imitations de Virgile, d Horace et d'Iiuri[tide sont habilement fondues, renferme de belles scènes : Rcz(''fe pleurant sur le sort de ses enfants que réclame le supplice; Joab interrogeant la mi>re éperdue el la forçant ù. avouer où elle cache ses fiis; les enfants s'encourageant à la mort et consolant leur mère. Le récit du supplice est vraiment tragique. Les caractères sont habilement tracés, et Joab, malgré son rôle odieux, montre une dignité et une émotion dont ne fait pas toujours preuve Oresie dans Racine quand il vient arracher Astyanax aux bras d'Andromaque. Garnier a su profiter des Gabaonites *.
Nous arrivons à Robert Garnieu^, le [dus grand pcëte dramatique du seizième siècle. Il représente le dé\eloppement le plus complet du liouveau lliéâire, tel qu'on pouvait 1 attendre d'une époque où la situation troublée du pa\s, l'absence d'une scène nationale, et l'influence toujours prépoTidérante des théories étroites de Scaliger étaient autant d'obstacles au progrès de l'an dramatique. Le mérite de Garnier fut d'apporter dans la diciion plus de noblesse et de grandeur, dans le vers plus de correction et d'élégance ; mais il pèche tcjjours par la compiisiiion et le développement de l'aclion.
Garnier débuta en 1563 par la Pome, tragédie française avec des chœurs reprrscnt'Uit les guerres civiles de Ruine, propre pour y voir despeinUs les calamités de ce teirqys. La furie Mégère ouvre la pièce par un monologue où elle appelle sur Rome les horreur:: delà guerre civile; un chœur de ièmmes dé[ilore l'instabilité des choses humaines et les dispensions qui inondent Romedesaog (acte I). Purcia,sa nourrice et le chœur se lamenlent sur le sort de leur patrie el altendent avec anxiété des nouvelles de Brutus (acte II). Un philo:ophe, Arée, invoque la clémence d'Octave; celui-ci répond qu'il doit venger César. Marc-Antoine, Octave, Lépidedolibèrenl sur laconduiteà tenir à l'égard des Pompéiens; vient euiuile un chœur de soldats (acte III;. Un messager annonce
1. Spécialement duiis In 7'ioade. | 2. Voir aui Morceaux choisis, p. 341.
1 — Cf. KbLit, op. cit., p. 14i-lï8.
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le résultat de la bataille de Philippe, et l;i mort de Brutus. Porcie déclare qu'elle va suivre son mari (acie IV). Li nourrice rapporte la mort de Porcie et se tue sur la bcrue (acte V).
Dans celte analyse on reconnaît le plan habituel des tragédies de Séuèque. Garnier emprunte môme au tragique romain sou plîilosoplie qui n'est qu'une copie de celui qui, dans la tragédie û'OcUu'ie, invoque la clémence de Néron. I, 'unité d'action fait défaut dans celle tragédie ; le sujet est-il la défaite et la mort de Hrutus ou la mort de Porcie qui ne veut pas survivre à son mari? On ne saurait le di''cicler. Ajoutons que l'action est tout entière eu ré' its, d'ailleurs froids et monotones.
La Corité'.ie (157'*) n'est qu'une copie de la Porcie.
Marc Antoine (1578) traite le même sujet que la Clropâtre de Jodelle. La composition est aussi faible que chez ce dernier; mais Garnier garde sa supériorité par les qualités du style.
L'Hippoltjtc (1573) la Troado (1578), VAjitigone (1570), ne sont que des traductions libres de l'antiquité. A la fin de l'argument de la Troade, Garnier dit qu'il a combiné dans cette pièce VUécube d'Euripide et la Troade de Séuèque. Et en effet il est facile de déterminer la part qui revient au poëte grec et au latin dans chacun des cinq actes qui composent la pièce française. 11 en est de même de Vllippoltjte et de VAniiurme. Dans les trois pièces c'est Séuèque qui fournit le plus à Garnier.
Les six pièces dont, on vient de parler sont celles où Garnier s'est ius['iré directement des sujets antiques. Le progrès n'est pas lrès-vi<ible dans la composition de ces drames, qui sont tous plus ou moins calqués sur la Porcie, c'est-à-dire sur le modèle des tragédies de Sénèquc. M lis, nous l'aNous dit, ce qui fait le mérite de Garnier, ce sont les qualités du détail. Il est plus cliâlié, plus élégant que ses prédécesseur-, malgré bien des faiblesses et des lougueursMl a de l'énergie et de l'ampleur; il trouve de belles sentences, graves et fortes; il possède le style tragique. Il use heureusement, quoique avec excès, du dialogue coupé. 11 excelle surtout dans les chœurs et il y déploie une richesse de rhythmes qui rappelle i^onsard. Jusque dans la plus faible de ses pièces, Cornélie, on trouve des morceaux pathétiques ; en un mot, ses pièces sont des collections de belles pensées, de beaux chants lyriques.
1. Un exemple :1e i récit de Tliéramène » dans la tiagédiii d'Uyppolyli' a 172 \cr3, 9'< di- pius ipie celui de Ha -iiic, passablement lonj; di'jà. D ; telles tirades
pouvaieut-elles jamais être récités? et 103 pièces qui les couteiiaient étaientelles faites pour la reiirêacnlaliou? Cf. tbert, op. cit., ad ioc.
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de tirades éloquenlcs plutôt que des œuvres dramatiques.
Après se* tragi^dics luliues ou grecque?, G iriiier composa uue tragédie sacrée, Sédrcie ou les Juives (lo^O), son chef-d'œuvre. Celte pièce qui, comme celles des ancieus, prend ^on nom du chœur, formé de jeunes Juives, a pour objet le cliûtiment de la famille royale de Judn, frappée par iS'abiichodonosor après la prise de Jérusalem; voici l'analyse de la pièce :
Actel. Le pro[)hèle, dans un monologue dramatique, supplie Dieu de pnrdormer à son peuple ; quelle autre nation lui rendrait le culte qui lui est dû? Il s'adresse ensuite aux Juifs et leur reproche l'abandon de la Loi, abandon dont ils portent la peine. Un chœur de Juives demande pourquoi Dieu s'irrite contre le pécheur, puisque la nature de rhon)me est imparfaite, et qu'il subit les conséquences de la faute d'Adam. Il rappelle la lélicilé de l'Éden, et songe avec effroi aux malheurs qui le menacent encore.
Acte II. iSabu(liodono?or, accompagné de son officier Nébuzardan, paraît sur la scène. Il vante sa naissance, sa force, et se proclame l'ég il de Dieu sur la terre. Cependant il voit se révolter contre lui le misérable peuple juif! il livrera au supplice son roi Sédécie. Nébuzardan, par des observations subtiles, cherche à détourner son m lître de ce projet. Le chœur parle de l'alliance fatale des Juifs avec les Kgypliens. Vient ensuite un entretien d'Amital, la mère de Sédécie, avec le chœur sur les malheurs qui frappent sa famille, dialogue pathétique, qui est peut-être la plus belle page de Garnier *. La femme de
■ 1. En vyici quelques fragments:
AMITAI,.
Dieu du ciel, Dieu d'Aïun, iiiels fins à ma mi- [sàe ; Arracbe-uiui, mon Dieu, île celle vie amère !
LE CHUEUn.
Royiie iiiere îles Rmii iie I aiilipie S'on, Oies nustre i-oinp'iriii' en ilu « afflicliun, Suuspireit, laniiuyei nui cineU inlurlnne!!; Cuiiiiiie ils iiuui !>uii( cuiiitii Ml", siiient no,' [urmes comiiiunes.
AMITÀL.
Ues yeni n'ont pnini scrli" il'pnis le jnnr mau>iit Que le riij iimn i;s ntix lu Ir.itiiille perdit
Au cbanip de MikhIo
[Suit le irn't di- .■.n mort trai/iquc.) Depuis, je l 'eu qui- niiil, el iti .iilvui sues Sans relasche oni Iimijuim^ m-- vieux ans agilez.