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LE THÉÂTRE AU XVl" SIÈCLE.
un bon parti, et d'ailleurs « il n'y a pas un sol à bailler pour elle en mariage; » ce siècle maudit est un siècle d'or, on fait tout pour l'or. Ils sont rares ceux qui, comme l-con, rcprésenlent le bon vieux temps; il recherche Rriulamanle par amour. — Réaliix demande si Hradamanle aime Léon ? Le père craint qu'elle ne préfère Roger. Après une discussion sur ce point, Béatrix va consulter Bradamanle. Dans la scène suivante Renaud reproche à son père de vouloir ibrcer la volonté de sa iille. Aymon refuse, de par 1'; uforilé paternelle, de recevoir des conseils de son fils. Renaud plaint amèiement le sort de sa sœur chérie. Que n'est-elle une fille de la campagne? elle serait libre et heureuse. Mais qu'importe la volonté du père? L'hermite qui a recueilli Roger, qui a suivi Olivier et Sobrin, a décidé, comme Renaud, que Rnger épouserait lîradamante. Le père n'y veut pas consentir et la scène finit pav des menaces d' Aymon: il luitera jusqu'à la mort pour empêcher le mariage de Roger et de sa fille. Suit une scène entre la mère et la Iille. Béafrix cherche vainement à séduiie Bradamanle par le spectacle des grandeurs qu'elle fait briller à ses yeux.
Acte III. Léon se félicite de son bonheur : il va obtenir la main de Bradamanle, puisque son ami (il ignore que cet ami est Roger), revêtu de ses armes, ira la combattre sous son nom : il remercie Rrger de son dévouement *. Suit un monologue de Bi-adamanle qui pleure sa destinée. Dans la troisième scène, Léon et Charlcmngne s'entretiennent des conditions du tournoi et l'acte finit par un monologue de Roger qui a revêtu les armes de Léon, et par un autre de Bradamanle. Elle se promet d'envoyer ce beau fils de la Grèce chercher une femme aux enfers.
Acte IV. Aymon apprend la victoire du faux Léon; il s'en félicite avec Béatrix et les deux époux voient déjà leur fille mariée selon leur gré. Roger désespéré invoque le ciel, les enfers. Bradamante se désespère ; elle est décidée à suivre Roger. Marphise, sœur de Roger, la console, et sur le conseil d'Hippalque leur serviteur, elles vont prier Charlemagne d'annu-
1. Roger iStriit anné en Grèce au moment ou rcmpercur do Coustaiitinoplfi était en guerre avec les Bulgares. Koger prend le parti des Bulg.ires et dans une bataille fait de tels prodiges de valeur qu'il met en déroute les Grecs et que les Bulgares veulent lui donner la couronne. Il refuse, s'en va,, arrive à Nowgrade où,
reconnu par le f:ouverneur, il est jeté dans un cachot pour ctic ensuit'^ ( xécuté. Mais le fils de l'empereur, qui avait admiré sa valeur, lui sauve la vie et Uoger qui ne s'est pas fait connaître sous son vrai nom, lui porte une reconnaissance éternelle.
1er le loiirnoi. Charlemagne décide que le mnriagc projeté aura lieu. iMais Marphise vient annoncer que Roger et Bradamante sont fiancés; i>éon a recours à son ami (donl il ignore toujours le vrai nom), cet ami qui a conquis la main de Bradamanfc, cl qui sous les armes de Léon doit punir Uoger de sa témérilé.
Acte V. léon apprend que son ami n'est autre que Roger; il lui reproche son silence; il y a lulle de géuéi'osité entre les deux amis pour renoncer à Bradamante. Des amb;issridcurs de Hongrie viennent à la cour de Charlemagne oflïir la couronne à Roger qui les a sauvés dans une guerre précédente. Charlemagne informe de cette nouvelle Aymon et B'^itrix. Le mariage de Roger et de leur fille est décidé, puisqu'ils ont un roi pour gendre. Mais comment contenter Léon? Charlemagne, qui a appris de sa bouche la conduite de Roger en Grèce et l'origine de l'amitié qui lient les deux jeunes gens, donne sa propre fille à l'empereur de Ryzance *.
De toutes les pièces de Garnier, la Bradamantc est la mieux composée : l'auteur s'est en partie dégagé de l'influence de Sénèque. Le dialogue n'est plus embarrassé de sentences et marche droit à l'action. En général l'expression est juste, en accord avec la situation et le caractère des personnages. Parfois le mélange du style comique et du style tragique produit des efTels heurtés. Di\n?,]a Bradamunic paraît pciurla première fois le confldeiit qui va jouer un si grand rCle dans notre théâtre.
Pour résumer notre appréciation sur Garnier, il se distingue des prêtes dramatiques ses contemporains par le mérite du style, par les qualités du détail. Il n'a pas fait faire de progrès réel à la ( omposilion qui, sauf dans la Bradamante, ne sort pas du modèle donné par Sénèqiie. La pièce consiste dans une situation tragique, presque sans nœud et sans dénoûmenf, plutôt que dans une action dramatiqiu;. De cette forme de tragédie, inaugurée par Joflelle, l'application la plus parfaite est la pièce des Jet' c», le chef-d'œuvre du seizième siècle.
1. Celte pièce est sans cliœur ; aussi Cariiicr fait II olisorvir, à la lin (ic l'iirt,'unicnt, (<iie 1» tliCRiiis seuls servant à lu di.sliiiclion dos aclep, « coliiy qui voii- «Iroil faire ie|)i(''senltr cette fiiailamanle sera, s'il luj |jlaii, udvei-ti d'user d'entreiriets, et It-s inlripoler entre les actes pour ne les ciinfoiidie et ne mettre en contiiHiatioii di: i)ro|)ijs <e qui requiert quelque d.stance de tcnip«. i. De celte
note on peut conclure que Garnier adopte la théorie de Scali),'cr que le clioeur est une simple sépai-atiun entre deux actes, " iiilcr outum fti artum » et q ue la Bvadatniin'e (comme sans doute la plupart des pièces de Ganiier) n'avait p:is élé écrite en vue de la représcutatinn. I^a IJradamnn'e est la seule piè'C ou les divisions des scènes soient indiquées.
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A la fin du seizième ?it'cle, ol au débul du dix-septiùme, il se rencontre un écrivain qui mérite d'être étudié après Garnier, Antoine do Monclirestien.
Antoine de Monciirestien * a laissé dix tragédies dont les sujets sont pris inditleremment à l'iiistoire sacrée, à l'antiquité, à l'hisloiro moderne, à l'Ilalie. Il débuta par une Sopho7iisbe (1596), imitation de \a. Sofonisb i de Trissino, déjà traduite par Mellin de Suirit-Gelais et Claude Mermel; il donna ensuite les Lacènes ou la Constance (1599), où est ri!présentée d'après Plulurque la mort volontaire de Cléomène de Sparte et de ses bellesfilles, après la prise delà ville par Ptuléniée; David ou V Adultère (160O), récit des amours du roi David el de Belhsabée; Aman ou la Vanité {I60i), ï^ujet que reprendra Racine; Hedor (1003); et enfin VÉcussaise ou Marie Sfiun'i(l005). L'œuvre de Monclirestien est inégale. Dans certaines pièces comme le David, il n'a pas su se dégager de ces expressions malsonnantcs et grossières qui clioqueiil si fort dans les œuvres dramatiques du temps. Toutefois, ses tragédies. njème les plus faibles présenient plus de suite dans le plan et de diveloppement dans l'action, et quelques-unes se font remarquer par de réelles qualités de style. On sent qu'il a étudié Garnier, auquel d'ailleurs il lait plus d'un emprunt*.
La tragédie d'Aman a été imitée par Racine, qui lui a emprunté quelques traits^. VEsther de Racine garde sur Y Aman de Monclirestien une supériorité qui n'admet pas la comparaison, supériorité de composition et de style : les trois actes à'Esther sont plus riches que les cinq actes (VAman'' ; toutefois pour la conception des caractères et le développement de certaines pensées, Moncbrcslien peut être rapproché de Racine sans t^tre écrasé par le voi:^inage.
L' Écossaise e.%t le chef-d'œuvre de Monclirestien. Au début de la pièce, Elisabeth d'Angleterre repasse dans sa pensée tous les griefs qu'elle a contre Marie Stuart, et toutefois elle ne peut se résoudre à la faire mourir comme le demande son conseil. Le peuple irrité contre la reine d'Écoss ■ réclame sa mort. Les Etats d'Angleterre viennent demander à Elisabeth le supplice de celle qu'ils considèrent comme un ennemi public. Elisabeth
1. Voir aux Morceaux chnisfs, p.3jJ. i 4. Monchreslien n'a pas utilisp la pre-
2. Cf. aux Morceaux choisis, p. 3 il, I mière disgrâce d'Aman luice de rendre UQtc 9. I à Mardocli(ie les honneurs royaux dans les
3. Cf. ihid., p. 350, d, î et ', ; 3o7, n. ' rues de Suze. Il ignore également le 3; 838, n. 1 ; 359, n. 1. I songe d'Aman.
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licsile encore, répond vaguement el déclare qu'elle fera connaître plus tard sa volonté. Le troisième acte monire Marie Stuart en {.rison, au momeni où ou lui apprend la décision de la reine d'Angleterre. Elle reçoit avec une résignation héroïque la nouvelle de sa sentence, rappelle les malheurs qui ont attristé sa vie, et salue avec joie lu mort qui lui apporte la délivrance. Nous assistons ensuite à son testament, nous entendons ses adieux touchants à la vie, au pays adoré de Fiance, à ses fidèles serviteurs. E fin l'un d'eux, le plus dévoué, vient faire le récit de son supplice, récit interrompu par les gémissements des femmes.
L'art ne manque pas dans la composition de cette pièce; les caractères sont tracés avec finesse; .Marie Stuart est poétique, louchante, et Elisaheih n'est pas odieuse. A cette inieirgente conception du drame s'ajoulcun style d'une élégante douceur, qui par endroits semble annoncer l'harmonie de Racine. C'est par là que Monchreslien, le dernier ;;oële tragique du f;eizième siècle, mérite d'être tiré de l'oubli. L'ait dramalique, de Jodelle à Grévin, de Grévin à Garnier, de Garnier à Monc hrestien, continue sa marche ascendante. Au dix-septième siècle, après Monchreslien, nous n'avons phis jusqu'à l'auteur du Cid que le théâtre oublié d'Alexandre Hardy. On peut toutefois remarquer chez Jean de Sclielandre, l'auteur de la bizarre tragédie de Tyr et de Sidon, quelques accents qui font penser à Corneille.