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S 3'f. L'histoire de ce son présente de nombreuses complications: nous nous tiendrons au\ (ails généraux. Les sons du latin classique ô, u devenus dans le latin populaire ô fermé, ont

I. Il est k roinurqucr que eau, quuique faisant entendre au inuiiis deux suiis, ne cuniptait que |)UHi' une syllabe dans lanicsiire. Dans quelques nit>ts, la lanf;ue niodiTiie a rendu ee suu dissyllabique, ainsi /timu qu'au seizième siècle on |)roni)nq:vdfli!au: > Ainsi, niuii gentil Belleau, De riu'iioraiice le /li'nu (virs de sept syllabes), Est. i'usquier, II, 217). U nous est

impossible dans ces notes élémentaires de remonter à l'explication de ce fait. — Dans paon, prononcé et écrit dès le seizième siècle pan, on a un fait analogue à celui que présente la réduction de eau à au; si'ulenient c'est la premièic syllabe qui absorbe la seconde ; de même pour taon, qui a donnii le verbe populnir.' taonner, écrit le plus souvent et pruiiouci: tanner.

ORTHOGUAPIIE ET PRONONCIATION.

conservé en vieux Trançais cette prononciation dans la derniî're syllabe des mots, jusqu'à l'époque encore mal précisée où cet à fermé s'est scindé en deux sons différents o?t et e«. Latin classique Jiôs, i'ôs, lupiim ; latin populaire ?H)s,r6<. lôpo; vieux français nos, vos, lôp ; français moderne nous, vous, lonp; latin classique do/ô^-e/?!, vôtum, juvenem; latin populaire dolàre, vôto (vôdo), jôvene ; vieux français c/o/or, ^^o, jone; français moderne doidpur, vœu, jeuiie.

\.'o bref est devenu successivement no (x® siècle), ue (xie-xu^ siècles), oe(xu<'-xnie siècles), eu (xiv*-xix<' siècles) : latin classique nat'fm, buvem ; Intin populaire nàve, bave ; vieux français nuof, buof; ?nie/', buef; 7ioof, boef ; français moderne »eu/, bœuf.

Ainsi û, u en partie, et u régulièrement ont, par des chemins différents, abouti à eu. Ils y sont restés, sauf dans quelques mots où, sous l'action de consonnes voisines, généralement m, n, b, f, Veti s'est affaibli enii: ainsi môm, an xvi® siècle encore meî<re. puis mure; mota, menU^mnie; super, for^ sur; forum, feur,fvr ; typhus, teuf, tuf. C'est ainsi encore que heurter devient hurter au xvi« siècle et qu'à côté de murte (ou myrthe) on trouve mcurte.

D'un autre côté, le vieux français avait un nombre considérable de mots présentant lo dissyllabe eii, dû à la chute d'une consonne médiale entre l'e et Vu :

maturum medur me-ur securum segur se-ur mifiurium a'jur a-ur, e-ur

Les participes en crfn^, e6i<f e-ut c-u

tels que vedut, pedut, début, abut, recebut, etc., au seizième siècle : veii, peu, deû, cû, receû, etc. (Comparez l'italien vcduto, potnto, debuto. haviito, ricevuto, etc.).

Les parfaits de l'indicatif et les imparfaits du subjonctif en eus, eitsse, et les substantifs verbaux enedure, eùre (latin atura).

Le groupe eu dès le quinzième siècle, dans la langue commune du dialecte parisien s'est réduit à u : u,ùr, sur, -u,- usse, -ure, etc. Toutefois cette réduction n'a pas été sans quelques anomalies; eur, écrit heur, a hésité entre hur el heur\eihe)ir a tini par triompher au seizième siècle dans {bon)heur, {mal) heur. De même jeûner a pris la place de juner {àc jeûner, je\J]unarc). Au

1. C'est pnr inadvertance que dans les Morceaux chohis. p 59, n. 2, la forme heureux est expliquée comme étant un

gasconismo ; c'est, comme on le voit, la vraie forme française que heureux a tîni par remplacer.

208 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.

seizième siècle on liésite aussi entre meur et wnVr, seur et sur, etc.

Voilà pour le français proprement dit. Quant aux autres dialectes, le normand prononçait eu le groupe eu ; cette prononciation régnait aussi à Chartres.

Le Midi présente une particularité : comme le provençal ramone l'ô et Vu, non à l'eu ainsi que le français, mais à You, et qu'il conserve à l'o le son ô ouvert qui lui est propre ou qu'il le change en tie, il était difficile aux écrivains du Âlidi de reproduire des mots français tels que heur, douleur, fameuse, etc. Alors ils assimilèrent le son eu à celui qui en était plus voisin, i\ Vu, et ils identifièrent eu et *u.

Ces variétés des sons eu, eu dans le français proprement dit et dans les dialectes expliquent les rimes d'apparence hizarre, qu'on rencontre chez les poètes du temps.

Quand Ronsard dit :

....Si l'issue De la fatjlc n'est pas du peuple bien receue,

{Discours des Misères du temps.)

OU quand Gringoire écrit :

(Les plaies que) jens d'armes endurent En camp et ont où jamais no s'usseurent,

{La Paix et la Guerre.)

ils prononcent renie, nssùrent.

Comme la prononciation hésite entre seur et sur, meurQimùr, Ronsard dans une même page écrira :

Alors on n'attacboit pour les rendre plus seures De portos aux maisons, aux portes de serrures... Le fils tua lo père et le frère la sœur, Et riioste no fut plus de son lioste bien seur.

{Poèmes, I, les Armes.)

Marot fera rimer 77ïeurs (morior) et meurs (maturos).

Et en danger, si en yver je meurs, De ne voir pas les premiers raisins tueurs.

{Ep. I, 14.)

Les vers suivants présentent des rimes dialectales :

. . .Tempère un peu Les biens dont je suis repeu.

(Ronsard, Odrs, II, T.)

Les âges n'ont peu Effacer la clarté qui laist df> notre feu.

(Id., Am. II, Eglcie h Marie.)

Malherbe qui reproche à Desporles quelques rimes provençales ou gasconnes se permet ces rimes normandes :

Non, Malherbe n'est point de ceux Que l'esprit d'enfer a déceus.

(A M. de la Garde, II, 28 i.)

Voici enfin des rimes gasconnes :

Semblable au corcelet qui plus en sa froideur Est battu des marteaux, d'autant plus se fait dw .

(Du Bartas, p. 282, b ; de l'édit. de 1583.)

Comme au mesme soleil de ses rais en mesme heure,

Devant le mol bourbier se fond la cire dure. (Id., ibid., verso.)

C'est ainsi que Du Bartas fait rimer murs et rumeurs, mars et mœurs, demeure et morsure, bossus et paresseux, touffael feu, heure et nourriture, muse et fameuse, etc., que Montaigne écrit a->ture pour astenre, c'est-à-dire à cette heure; que Moulue écrit eue, c'est-ii-dire quue pourgxeue^.

§ 35. Los notations du son eu varient : en (feu), oeu (sœur), lie (cueillir). Toutes tr<jis se rencontrent au seizième siciie ; uœ spécialement dans les monosyllabes où il représente un o latin: sœur, bœuf, nœul, œuvre, vœu, etc. ; ue, qui est un souvenir de la prononciation ancienne du moyen âge, devant une l mouillée : faeille, vucille, cueillir. Dans ce dernier mit la notation ne doit sa conservation au c qui la précède. On ne pouvait écrire ceuillir ; quant a écrire cueuillir ou cœuillir, cœ'llir (formes qui se rencontrent), cette orthographe défigurait trop le mot pour se maintenir.

lE.

§30. f.adiphthongue ie est à examiner dans la terminaison iër et dans quelques groupes comme chié, fji<^.

La teruii liaison ier, dans les noms et adjectifs, vient presque toujours d'un latin anus: sextanus, setier ; primariiis, premier.

1. Prononcez rfweM« et non déçus. I et A. Darmesleter, De la prononciation de

2. Voir 1'. Talbert, jQe la prononciation la hUtre u au . seizième siècle, i-éponse à de la voyetln u an seizi^.nw siècle, lettre M. Talbert, dans la liomania, V, p. 394 à M. A. bairaesteter(raris, Tliorin, J876), [ et suivantes.

A côté du suffixe arius il y a un suffixe ans qui a donné en vieux françiis la terminaison er : singidari s, sangler ; pilaris, piler; bticmlo.ris, bouder '; scholaris, escoler, etc. Ce suffixe er a subi deux changements contraires : ou on l'a assimilé au suffixe ier, et sangler, piler, boucler, escoler, etc., sont devenus sanglier, pilier, bouclier, excoHer, etc., ou on l'a conservé avec sa prononciation er, mais on a voulu rappeler l'a de aris et on a écrit la terminaison par air. De la bouclair qu'on trouve par exemple dans ces vers :

Faisans de leurs boudairs

Comme d'un ciel sortir un nuage d'éclairs.

(R. Garnier, Juives, V, fin.)

§ 37. Le suffixe ier ne compte que pour un dissyllabe, sanglier, boiic-lier, etc. De nos jours on fait ces mots de trois syllabis, parce qu'on les prononce san-gli-ier, bou-cU-ier. Il en est de môme de meurtrier, de hier, de février, des formes verbales craindriez, prendriez, joindriez, etc., tous mots dans lesquels ié formait jadis une diphthongue et s'est allongé aujourd'hui en i-iê. Toutefois lierre, qui au moyen âge et dans les temps modernes se scande lis-re, au seizième siècle se prononce en vers li-er-re:

De moi puisse la terre Engendrer un /terre.

(Ronsard, Odes, V, 14, et passim.)

§38. L'a latin était devenue dès les premiers temps de la langue (§ 17); mais après certaines consonnes, telles que ch, g, etc., il était devenu ié suivant des règles qu'il nous est impossible d'exposer ici. Le vieux français disait chief, cerchier, dangier, charigicr, laissier, aidier, amistié, mauvafstié, etc. A partir du quatorzième siècle on voit s'opérer une réduction de ié à é après ch, g, et, dans les verbes, après t, d, s {ss, ç), et l'on dit cercher, changer, laisser, aider, elc. Au seizième siècle la réduction n'est pas achevée, on prononce encore clder (carum) (Meigrot), oraugiers (Baif, 1), dangier (Montaigne, I, 47), legiéreté (Montaigne, I, 4!i), etc.

\. c'est à-(liro hmtrlier. En viem français linvclur e^l un adjectif: escu bmiclcr, sculum Inicrulfire, c'cst-à dire l'Cu à /josse centrait-. L'adji'clif se prend absolument et hfîiite du sens du suh^staiilif écu qui î

disparait : de là un boucler et plus tare un lioucUer, c'est-à-dire un écu à l)osscenlrale, et par extension, toute sorte d'éd eus, de boucliers.

Dans brief, devenu bref^ on a un autre fuit ; le mot a été ramené à la forme él ymologique (trcuîs) ; toutefois èréueié n'a pas pu détrôner brièveté.

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