‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 146 sur 725 · OE · texte numérisé non relu

OE

§ 39. Oe est d'abord une diplilliongue latine qu'au seizième siècle ou prononçait e. I.e titre de l'ouvnige de Sully, Les (économiques roy (des, se prononçait les économiques royales. De là vient qu'on rencontre œ parfois à la place de e, de ai et de ei ,* œle pour eh, aile.

C'est ensuite une notation employée par les grammairiens de la Renaissance pour représenler le sou de o? (voir § 40). Cette notation s'est conservée dans po^^^e, qui au seizième siècle était dissyllabique et non comme aujourd'hui trissyllabique :

Nul poète ne s'est vu tant ose d'entreprendre.

iBaïf, IbifL, 5.)

L'oe de foëte, quoique d'une origine autre que la diphlhongue Oî", avait donc le son de cette diplithongue : de nos jours encore des personnes prononcent i:)oete comme s'il était écrit poite en deux syllabes {poua-te).

§ 40. Cette diphthongue que nous prononçons maintenant oua par un otitrès-bref suivi d'un a long, a une histoire compliquée. On la prononçait au douzième siècle ôi, comme nous prononçons le grec « dans o")coi. Ce son ôi s'est changé à la fin du moyen âge en oé, à la fin du quinzième siècle en ouè. De là les notations par oué ou par oé qu'on rencontre quelquefois dès cette époque : lerrouer, territoiier, mirouer ; terroer miroer. Celte deuxième notation est la seule qu'emploient les grammairiens Meigret, Rumus et le poète Baïf dans leurs transcriptions. Ils commettent la même erreur que les grammairiens de nos jours qui notent par oa le son actuel oua.

Ce son se faisait entendre dans les mots comme roi, moi, toi; François, etc., dans les imparfaits et les conditionnels aimait, ftnissoit, rendoit, recevait; aimerait, finiroit, rendrait, recevrait, etc.

Toutefois dès le seizième siècle cette diphlhongue oué notée par oi subit deux sortes de changements. Palsgrave, H. Estienne

et Th. de Bèze signalent une prononciation parisienne dont on voit d'ailleurs déjà des traces au siècle précédent, laquelle consiste à changer oue en oiia. C'est cette pronoiici.ition qui, se aiainlenant dans la bouche du peuple parisien, arrive à triompher à la fin du xviii^ siùcle et à se substituer à ouê dans tous les mots où oué n'avait pas subi le second changement.

Ce second changement, qui date du seizième siècle, consiste à rempbicer oué par é: i) dans les terminaisons de l'imparfait et du conditionnel; 2) dans quelques mots: connoistre, croie, étt'oit, faible, harnoia, 7no7inoie, paroistre, roide spécialement dans des noms des peuples : François, Anylois, Fiémontois, Polonais, Hollandais, Japonais, etc.

Le changement qui a affecté la conjugaison est dû à un besoin de simplification : il devenait impossible de prononcer prîOzY, noyait ; au lieu de dire il priourt, il nouéyouét, on dit : il priét, il noyet, et ran;ilogie amena lu prononciation il lisét, il fesét '. Au dix-septième sièile le palais et la chaire conservaient encore l'ancienne prononciation oué.

Quant ;iux mots que nous avons cités, co/ino('s<re, etc., François, etc., le changement qui les a atteints est dû à la mode italienne qui exerça une action marquée sur la langue du seizième siècle. Les Italiens amenés par la famille des Médicis à la cour de France introduisirent la prononciation è pour oué dans beaucoup de mots qui étaient communs au français et à l'italien et qui avaient \'è dans la première de ces langues et l'oM'? dans la seconde. « Pourquoi quelque dame voulant bien contrefaire la courtisane {Dame de la cour) à l'entrée de cest hyver, dira elle qu'il fait fred ? » (Guillaume des Autels.) — « 0:1 n'oseroit dire Francoi'< ni Françaises sur peine d'esire appelé pedenl; mais il faut dire Frances et Francaes comme Angles et

Aiiijle-es Il y a longtemps que ceux qui font perfection de

prononcer délicatement et à la courtisanesque ont quitté ceste prononciation (de royne) et ont mieux aimé dire la reine [[\. Lslienne, Langai^e fiançais italianisé, p. 22, ^fifi). » — « Les imitateurs desltalieuà {Italo Franci) au lieu à'Anglois, François, Escossois, prononcent Anyles, Frances, Escoses par e ouvert, des noms italiens Inglese, Franecse, Scosese » (Bèze, p. o4). Cette mode italienne n'a laissé de trace que dans les mots que nous avons cités, quoiqu'elle en eût atteint un bien plus grand

1. Ajoutons également la mudci ita- ] de Philausone, par l'auteur des Dialieune ; cf. les mots mis dans la bouche | logves du français italianisé ; \o\r p. 193.

nombre. Parmi ces mots, etret est revenu à étroit, et roide a vécu presque jusqu'à nos jours à côté de raide, qui décidément le remplace maintenant.

OU, UE, voir §§ 20, 35.

§ 41. UI. La prononciation est hésitante pour rxuV/^, vuider, que Ramus rapproche de puits, puiser, et que Dubois représente par vide, vider. La prononciation antérieure était vuide, vuider [vuidier), plus anciennement voide, voidier.

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