VOYELLES NASALES
§ 42. AN, EN, à en croire les grammairiens da temps, devaient offrir dans la prononciation de légères différences. Au dix-septième siècle encore, le grammairien Chifflet dit que la prononciation fait une distinction entre parent et ■parant (participe de parer) ou par an, les gens et les jeans, le vent et levant, contant (comptant) son argent et content de son argent. Toutefois ces distinctions devaient élre assez faibles puisque l'écriture confond généralement an et en. De là des mots qui doivent avoir an et qui sont parfois écrits avec en, ou qui doivent avoir en et qui sont parfois écrits avec an. Exemple : diferante sorte (Baïf, p. 2), tans (Baïf, Du Bellay, etc.), etc.
Encore à la fin du dix-îeptième siècle, Fénelon écrit : les Avantures de Télémaque.
Le son nasal de an se retrouve dans femme prononcé au seizième siècle fan-me ; dans Yen de mien, tien, sien, chien, rien, mienne, tienne, sienne, chienne; vient, tient, vienne, ticfine et les composés; hennir, ennemi (Palsgrave, 3, 4, 781, lSi),lien qui est écrit parfois lian (R. Belleau, II, 196), et dans Vam des adverbes en amment que nous prononçons à Paris amant, que l'on prononce au midi de la Loire et qu'on prononçait au seizième siècle an-7nant .
En 13^4, Bèze, comme les autres grammairiens, .indique une très-légère différence entre en et an [en de content se prononce, dit-il, /t^resf/ue absolument comme «« de constant) ; mais, contrairement au témoignage de Palsgrave, il déclare que la prononciation usuelle de la diphlhonge ien est Un, que tjien se prononce bii7i, et qu'au féminin, le son nasal disparaît : chiene, chrctieae, rni'ne, etc. Ce n'est que dans l'Ouest, dil Bèze, que l'on donne à ien le son de l'a.
§ 43. AIN est assimilé par Bèze à EIN, et la prononciation de EIN donne un son « voisin d'i simple. » Cette indication vague
2\i L.V LANGUE FRANÇAISE AU XVI" SIÈCLE.
semble indiquer une prononciation différente de la nôtre. Quelle est-elle? 11 est difticile de le dire. Claude de Saint-I.ien identifie complètement ain el efn à in.
L'équivalence de ain et do ein fait qu'on emploie indiftéremment ces syllabes l'une pour l'autre. On écrit vaiiicu ou veitKU ; veinoueur {Pxon'i-nvd, Odes, I, 7), frain {ï6.,ibid.).
§ 44. TN, comme son nasal, ne date que du milieu du seizième siècle. Il est inconnu au grammairien Palsgrave (lo31). La syllabe in se prononçait i-ti' dans la première moitié du seizième siècle. Dans la seconde moitié elle prend un son nasal infeimédiaire entre i-n' et le son nasal ein ; ce n'est que peu à peu et graduellement qu'elle finit au dix-liuitième siècle par se fondre avec ein et par prendre le son que nous lui donnons dans vin, fin.
§ 4o. ON date du moyen âge et n'a pas changé jusqu'à nos jours. La prononciation nasale on a existé, ce semble, dans bonne, congnoistre, donner, honneur, et les analogues, et même dan? homme qu'on prononçait hon-me ; cf. § 76.
§ 46. UN est inconnu à Pnlsgrave (l-i31 ). Dubois (lo3l) déclare exiilicitemenf que un se prononce u-n en conservant à Vu le son de \oyel!e. Ce n'est que dans la seconde partie du seizième siècle que se forme le son nasal qui lui est propre.
Comme le groupe laiin un était généralement prononcé on {vohintas, prononcez volontas), il est arrivé fréquemment aux écrivains du seizième siècle de remettre le un latin dans des mots qui devraient avoir on : on écrivit àoncvolunté, unze, etc., au lieu de volonté, onze, etc., qui représentent l'orthographe du moyen âge. Tumbcr. que l'on rapprochait du mot grec Tuugc?, est usuel pour ton.ber. Au dix-septième siècle, Charles Sorel dans son Discours sur V Académie françoise (1652) met encore en question le maintien de celte orthographe ^
COiNSGNiNES.
§ 47. P, n sont rétablis, par préoccupation étymologique, dans ac/ie/>ter ou achapter, compte, compUr, escript, escripre (pour escrihre) : recepvoir, nepveu, sept (vieux français set), etc., dans nappe (de mappa; vieux français napc), pouppe [depuppem, vieux
\. V<;ir Livcl, op. rit.
ORTEIOGRAPIIE ET PROiNOiNClATION. 213
fraugiis poupe), etc., et par analogie dans trouji/te, crouppe., chappeau, elc, — dans subject, soubmis, obmis, soiibs, dessoubs, soiibire, soubdain, duiibter, coubde, presbtrc (presbyter) ; debte, debvoir, febvrier, etc. ; dans abbé (de abbatem, vieux français abé) et ses dév'i\ éè,dipner. Cf. §§ 18-20.
Dans compte, compter, anciennement conte, conter, la dilVérence d'orlliographea été heureusement utilisée pour marquer une différence de sens.
Dans apperceuoir, appeler, appauvrir, abbnuvoir, 'abbréger, abbattre, etc., et les autres composés de ad et d'un mot commençant par p ou b, le moyen âge qui de ad avait tiré à, ne redoublait pas la consonne. La langue moderne a suivi l'exemple de la Renaissance et a conservé la double consonne, excepté dans apercevoir, abréger, abattre, abreuver, etc.
Le jj final est muet dans champ, loup: aussi le p tombe-t-il quelquefois au pluriel devant s : leschams; de même l'on trouve le tems pour le temps, le cors pour le corps (Baïf, p. 2, 6); ce qui ei)l d'ailleurs un reste de la vieille orthographe. Dans coup et cep, le p se prononce au singulier (Th. de Cèze, 79), mais non au pluriel.