‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 148 sur 725 · F, V, PH · texte numérisé non relu

F, V, PH

§ 48. Les adjectifs terminés en f comme neuf, vif, ne remplacent plus comme en vieux français f par ve au féminin, mais pour rappeler le souvenir du masculin, ajoutent ve à Vfivifve, jaifoe, neufve, veufoe, etc. ; de même dans les dérivés : veufvaye, etc. Dans les terminaisons du pluriel fs, Vf al généralement muet : massifs se prononce massis, de là les T'uwi?, pensifz, excessifs, endurcis de Gringoire (t. 1, p. 261), de reiifs et gentils (Honsard), de l'orthographe poussis, lascis pour poussifs, lascifs, (id.), etc.

La langue actuelle est revenue à l'orthographe du moyen âge.

§ 49. Le v se confond dans l'écriture et Timpression du seizième siècle avec l'w; c'est-à-dire que les deux lettres u et v s'emploient toutes deux indifl'éremment, soit pour le son voyelle m, soit pour le son consonne v. L'i s'emploie aussi avec la valeur de i voyelle et de j consonne. Le grammairien Hamus proposa d'employer le v pour la consonne v, le u puur la voyelle u; le i pour la voyelle i, le j pour la consonne j. Les letlres ramistes ne pénétrèrent décidément en France qu'au dix-sep-

216 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl^ SIÈCLE.

lième siècle, après avoir été adoptées par les imprimeurs français de la Hollande.

§ oO. La notation ph prise au latin qui reproduisait par fh le (pgrec se confond £OU\ent avec la notation f: Or félin ou orphelin (dictionnaire de Cotgrave), tuf ou tuph (dictionnaire de H. Estiennc), On trouve écrit phantaisie ou fantaisie, phantosme ou fantosme, phiole ou fiole, etc.

§ 51. Le ^ ne présente de particularité que dans la terminaison tio7i, prononcée cion, écrite cion au quatorzième siècle, d'après la prononciation et redevenue généralement au seizième siècle tion, d'après l'orthographe latine en iio.

§ 52. Le d a été replacé dans les mots où entre la préposition ad, en vieux irançais a, mais il est muet. Ainsi, adjuger, adjurer, adjouster, adjourner, admonester, adciser, etc., se sont prononcés ajuger, etc., mais on faisait entendre le d dans admirer et ses dérivés, parce que c'étaient des mots empruntés directement au latin.

§ 53. D et T à la fin des mots sont muets, excepté quand le mot suivant commence par une voyelle. Ils se remplacent l'un l'autre : ainsi on écrit grand et grant, rend et rent. Devant une 5 le rf et le < tombent ou dorment naissance à z : les combas (Ronsard, Odes, I, 5), meschans (id., i, 3), dois (doigts) (id., I, 7), vos hors (id., I,i9j; voir §78. Au singulier môme il tombe quelquefois : les lois de mon doi {doit, c'est-à-dire doigt) (Ronsard, Odes, I, 7).

§ 54. L's suivie d'une consonne est devenue muette en français dès le dix-septième siècle. Les mots du vieux français ; asne, baston, coste, desja, espitte, fesle, gasier, hoste, isle, lasche, mast, naisire, vster, paste, raseler, teste, visic, etc., se prononçaient âne, bâton, etc.

En voyant que dans un nombre considérable de mots l's était muette et que la voyelle précédente était allongée, on se prit à la regarder comme le signe de l'allongement de la voyelle, ce qui était un abus, dit Bèze, « car les lettres n'ont pas été inventées pour marquer la quantité» (p.7t) ;et après toute voyelle longue, on mit celte lettre, qu'elle fût fondée ou non sur Téty-

raologie. De là, l'orlhographe suivante : aisle (de ala, pour elc, § 17), chaisne (de catena devenu chadeine, chaeine, chaîne), il deust (c'est-à-dire dut, de debuit, devenu deuit, deût), fresle (de fragilis devenu frar/les, frayk, fraile, frêle), throsne (du latin thronus, grec ôpo'vcçi, voist (du latin videt, devenu veid't, veit, voit), elc. Dans les mots que les lettrés empruntaient au latin et qui n'avaient pas passé par les transformations populaires, Vs se faisait entendre. Les grammairiens {Palsgrave, Bèze) donnent des listes de mots où s est muette et de mots où s est prononcée. Depuis le seizième siècle, ces listes n'ont pas eu à subir de grandes modifications dans l'usage.

§ 55. 5 forte ou ss est parfois remplacée par ç, comme s douce par z, et réciproquement : façon ou fasson; commencer ou commenser; hasard ou hazard, maison ou muizon, chose ou choze; le ç devant a, o, u, porte tantôt la cédille, commença, tantôt se fait suivre d'une ; commencea.

§ 56. S finale est muette excepté devant une voyelle ou à la lin des phrases : les bû7is hommes, prononcez lé bon zomme-s (T. de Bèze) ; les femmes sont bonnes, prononcez lé femme son bonnes (Dubois, Isagoge).

§ 57. S finale peut être remplacée dans l'écriture par x, z et réciproquement ; cheoaus devient chevaux, 7iés (uasum) devient nez, vois (voeem) devient voix; cf. §§ 77, 80.

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