Voir Talbert, Du dialecte biaisais
p. 188 et sqq.
soit à la fin des mots (comme dans faim), soit à la fin des syllabes suivies de b,p (comme dans combattre). L'usage d'écrire m à la place de n devant h, p, existe déjà au moyen âge, A la fin des mots, on écrit également la voyelle nasale par m quand l'étymologie latine indique une m: nom, faime, etc., de nomen, famés, etc. La règle cependant est loin d'être absolue. Le moveu âge écrit rien de rem, mon, to7i, so7i, de meum, tuum, suum, et l'on trouve encore quelquefois au seizième siècle : fain, fin pour fdm, thyn, thin pour thym, etc. Comte de comitem, écrit en vieux français plus souvent conte que comte, se retrouve sous sa vieille forme encore quelquefois au seizième siècle. A une page de distance, Ronsard {Odes, I, 7) écrit douter d'après la prononciation et domfani d'après l'étymologie (domitare).
L mouillée, N mouillée.
§ 70. L'I mouillée, que Ramus et Baïf représentent par l, est écrite comme aujourd'hui par ill entre deux voyelles : vie-ill-ard, par il à la fin des mots : soie-il, par II entre deux voyelles, surtout quand la première est un i, fl-ll-e, (qu'il) aile (Larivey) ; par l h la fin des mots quand la voyelle précédente est i :pé7'i-l. Dans cette dernière position, elle se réduit à / simple ou tombe quelquefois dans la prononciation et dans l'orthographe, surtout si elle est suivie d'une autre consonne (notamment l's ou pluriel): péri, persi : mille péris {Ron^àrâ, Odes,l, i).
§ 71 . L'n mouillée est représentée par gn : gagner. De môme que 1'/ mouillée, Vu mouillée se réduit aussi à n : vigne, digne, cygne, signe et ses dérivés, règne, régner, etc., se prononcent souvent au seizième siècle vine, dine, cine, sine, rêne, réner, etc. Un reste de cette prononciation nous est conservé dans s/9'«e< prononcé sinel. La Fontaine écrit encore maline. On connaît les armes parlantes de Racine : un rat et un cygne (le poëte supprima le rat comme trop peu noble et ne conserva que le cygne).
L'n mouillée exerce généralement une action spéciale sur la voyelle qui la précède; ou elle la rend nasale, ou elle la change en diphtliongue par l'addition d'un i, ou elle exerce ces deux actions à la fois.
Ainsi on trouve au seizième siècle d'un côté : esloignée (Ronsard, Odes, I, 1.^), besogne {Sat. Ménippée, p. 53), ^angne (c'est-à-dir^i gagne) (Baïf, p. (i), etc. etc. ; de l'autre : coigner, besoiyneux, accompaigne (Ronsard, Odes,l, 18) (victoires) gaignées (Id., ibid.), Bretaigne rimant avec desdaigne (Id. ibid., 7). Dans ces vers ;
La mer quitte ce jour montaigne après montaigiic, Costeau après costeau, campagne après campagne.
(Du Bartas, Sm. III.)
lisez montagne on campaigne. On trouve enfin gaingner, montaingne, formes propres aux dialectes de l'Est.
Cette prononciation plus allongée de ngn et deign ou deingn pour gn n'a pas vécu : les seules traces qu'elle ait laissées sont le nom propre (.Michel de) Montaigne, et les mots besogneux et cogner qu'on écrit encore quelquefois bcsoigneux et coigner.
§ 72. L'î- entre deux voyelles se change en s douce et de mOme s douce devient r : cette prononciation propre à l'Ile-de- Fraiice et aux régions avoisinantes s'est mainlenue jusqu'à nos jours dans le patois du Berry. Palsgraveen 1530, Dubois en io31 la signalent comme une corruption parisienne. De même Bèze écrit en 1 574 : « Les Parisiens et surtout les habitants d'Auxerre (Altissiodorum) et de ma ville Vezelis (raei Vezelii) changent r ens : ils dhenl cousin, Masie , pesé, mese, Théodose, pour cousin, Marie, père, mère, Théodore» (p. 34) ; et Dubois dit : « Nos femmellettes de Paris et à leur exemple quelques hommes affectent de mettre des r pour des s et des s pour des r. Ils diront Jeru Masia, ma mese, mon pesé, mon frese et mille autres mots semblables pour Jesu Maria, mère, père, frère, etc. » — Il ajoute ailleurs : « cousin, cousine que nos Parisiennes prononcent courin, courine. » Clément Marot s'en moque dans son Épistre du beau Fy de Pary^. Il est resté de cette prononciation chaise, autre forme de chaire, qui s'est maintenue à côté àe chaire, en partageant avec lui la signification premiîire du moi ^.
§ 73. A la fin des mots r est sonore même dans les terminaisons de l'infinitif en er : aimer se prononce comme amer. Celte lettre, dit Th. de Bèze, soit au commencement, soit à la pi des syllabes, conserve toujours sa prononciation naturelle (p. 47) ; elle n'est jamais muette (p. 79). De là les rimes telles que viarcher et chair, esto'iffer et fer, eic, qui se rencontrent à chaque pas chez les poètes du seizième siècle.
1. Madame, je vour aime tant, | Les nvisailles ont der oseilles, etc.
Mais ne le dicte pas pourtant; ! 2. Cf. /îowania, IV, 184 ;V, 488 ; VI, 161.
LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl'^ SIÈCLE.
Remarques générales.
§ 74. On voit par les pages précédentes que l'orthographe de la Renaissance présente une complication qui est loin de s'accorder avec la prononciation du temps. Un des résultats de celte orthographe a été de l'aire revivre dans la prononciation un certain nombre de lettres d'abord muettes ; en effet, si dans les temps où la langue est beaucoup plus parlée qu'écrite, l'écriture tend à reproduire plus ou moins fi.lôlement la prononciation, dans les temps modernes oîi la langue et rite prend une extension de plus en plus considérable, on voit la prononciation de certains mots te modifier d'après Torthographe qu'ils ont dans les livres. Ce lait peut s'observer sur les mots suivants.
Au seizième siècle, on écrivait pseaw^/îe et on prononçait comme au moyen ûge seaume. yous prouonçons psaume.
somptueux pronoacé jaJis
obscur
obstiné,-ation
abstenir, -ineuce
obvier
object
adjuger
adjurer
advenir
admonester
hymne
pastoureau
dicton
destre ou dcxire
etc.
sonlueux se prononce somplueux
oscur
ostiné,-ation
astenir,-inence
ovier
ojet
ajuger
ajurer
avenir
amonôter
hynne
pciloureau
dilon
détre ^
etc.
obscur
obstiné, -nation
abstenir, -inence
obvier '
objet
adjuger
adj u rer
advenir
admonester.
hymne
pasioureau
dicton 2
dextre
etc.
Tandis quese«ume,par suite de l'orthographe psaume, devenait
psaume ; tisane ntskùl tiS'Hie mii]gvé ptisane ; prompt, promptitude r(iè[iiiiiidpront,prontitude,el de mùme dompter resliiii douter maXgré kl présence du p ; condamner, prononcé condanner, ne sui-
1. Th. do nézc (lit que la plii-ase latine ùmnia main vix se prononce exactement comme la phrase IVançMise on y a mal obvié : omniii se prouonoait ainsi on 7(1 a.