I. — VERBES RKGULIERS
Ji 1 04. Présent de l'indicatif.
II rt.
je chante
finis
part
doi
rend,ren
tu cliaiUes
finis
pars
dois
rends, rens
il, elle chante
finit
part
doit
rend,rent
nous chantons
finissons
partons
devons
rendons
ou -ton
ou -sson
ou -ton
ou -von
ou -don
vous chantez
finissez
partez
devez
rendez
ils chantent
finissent
partent
doivent
rendent.
Remarques. — § lOo. Les poètes suppriment volontiers l'e finale de la première personne, quand il est précède; d'une voyelle, pour éviter des sons désagréables :
Ainsi, suivant les dieux, je te suppli' de prendre (Rons., Odes,
Pref. à Henri II).
§ 106. A la seconde personne de la première conjugaison, Vs finale est parfois supprimée : Séleucyde, tu te trompe (Rab., I, 31). La Grammaire des Poètes, qui se trouve à la fin du Dictionnaire de Nicot, donne généralement dans ses paradigmes la seconde personne sans s : (que) tu craigne.
ij 107. A la forme inlerrogative, la troisième personne du singulier est généralement écrite c/ia«^e-<7, qui se prononce comme aujourd'hui chante-t-il et qui devrait s'écrire régulièrement chantet-il, le t de chantet représentant le t final de cantat. Au moyen Age, le singulier de Tindicatif présent était : je chant (canto), tu chantes (cantas), il chantet (cantat) ; le t de chantet disparut devant les consonnes, et ne se maintint devant les voyelles que dans des cas particuliers. De là charde-t-il et chantet-on [cantat homo) qui se dit à côté de chante-Von. Il en est de même de a-t-il, va-t-il, primitivement at il, val il, de habetille, vaditille: Malhoroxigh s' enva-t-en guerre. \)e môme encore au futur des quatre conjugaisons, et au présent du subjonctif de la première : ferat-il, puisse- t-il.
Toutefois, les poêles suppriment le t suivant les besoins de la mesure :
Puisse-il partout l'univers.
Devant ses ennemis croistre, (Rons. Odes, I, 2.)
§ 108. Pour les autres conjugaisons, on remarque l'absence d's à la première personne du singulier, dans : je part, je doi, je rend.
Je te voy garder un troupeau (Rons., Odes l^ 1). Je voy tout ce que j'ai (Baîf, p. 1). Ce lourd, dy-je, cahos (Du Bartas, S(???î., II, foL 41, a). Je dy ton sein d'ivoire blanc (Rons., Odes, II, 8). Je vien pour chanter la tienne (Id., ibid.,ï, 2).
Ces formes s'expliquent si Ton remonte au lalin. Dans {je) finis Vs est étymologique parce qu'elle représente la finale sco de finisco. Mais {je) 'part vient de partio (pour paH/or), qui n'a pas d's; (je) doi et Ije) rend viennent de debeo et de reddo, où Vs n'existe pas non plus. Par conséquent ces premières personnes n'ont pas droit, de par l'élymologie, à Vs qui les caractérise aujourd'hui.
Toutefois on voit paraître au seizième siècle, bien plus tôt même, dès le treizième siècle, cette s qui est due à l'analogie de la seconde personne : tupars, tu dois, tu rends (latin : partis, debes, reddis). L'analogie a en tout temps exercé une grande influence sur la conjugaison. Le vieux français disait, au onzième siècle : j'aim, tu aimes, il aimet, nous amons, vous amez, ils aiment. L'analogie a ramené j'azm k j'aime, et 7ious amons, vous amez à nous aimons, vous aimez. De même pour le cas qui nous occupe. Le peuple, qui en prononçant « tu pars, tu vends, tu dois » faisait entendre l's, transporta cette s à la première personne. Au seizième siècle, la prononciation générale devait faire entendre régulièrement cette s à la ])remière personne. Si la langue littéraire ne lui donne pas ouvertement droit d'entrée, c'est que la langue écrite ne consacre que tardivement les réformes de la langue parlée. Mais au seizième siècle on voit des formes avec s,
Besja j'entcnsla vois (lîons.. Odes, 1, 2). Je tiens {S'U., Mén., 50), Je suis (Du Ikirtus, Sem., II, p. 40, a). (Je) suis (Baïf, V, 5j. Cf, plus bas, Impératif, § H9.
Remarquons que le d de prend peut tomber à la première et à la deuxième personne du singulier : je rend ou ren, tu rends ou rens; et de mùmej'appren,je ven, etc,
§10'.i.Laprt'mière personne du pluriel du présent de l'indicatif, à toutes les conjugaisons, peut perdre l's finale : nous chanton.
nous finisson, 7wus devon, nous vendon. Il en est de même pour les autres temps.
§ HO.— Impurfait. — Comme la terminaison est la mfime dans les quatre conjugaisons, il sultit de donner le tableau de l'une d'elles seulement.
je chant-oie (-oye) ou chaiit-oi (-oy) ou chant-ois (-oys)
tu cliant-ois (-oys)
il chaïu-oit (-oyt)
nous chant-ions ou chant-ion.
vous chant-iez
ilschant-oient (-oyent) ou chant-oint.
La première personne a trois formes qui ont vécu à une même époque, mais qui logiquement se suivent. Chnntoie est la forme archaïque, celle du moyen âge; l'e final repose sur l'a final de -batn. Cet e, conservé au seizième siècle dans cerlains dialectes, spécialement dans le picard, était tombé dans la prononciation parisienne {chanloi) qui, par suite de l'action analogique exercée par la seconde personne, ramena ensuite chantai -d chantais. De lu, dans la langue littéraire, ces trois formes de la première personne de l'imparfait que les auteurs choisissaient, suivant qu'ils faisaient prédominer la prononciation de leur pays, ou étaient guidés par les besoins de la versification. « Tu pourras, avecques licence, user de la seconde personne pour la première, pourveu que le mot se finisse par une voyelle ou diph- Ihoogue et que le mot suivant s'y commence, afin d'éviter un mauvais ^on qui te pourroit offenser, comme f allais à Taurs pour dire falloy à Tours ; je parlais à ma dame pour je parloy à ma dame, et mille autres semblables qui te viendront à la plume en composant.... Tu ne rejetteras point les vieux verbes picards,
comme vaudroye pour voudroy, aimeroye, diraye, feroye »
{Ronsavà, Art poétique, VU, p. 333). — Ces dernières remarques portent sur le conditionnel; mais comme la flexion du conditionnel est identique à celle de l'imparfait, elles peuvent également s'appliquer à ce temps.
Les grammairiens du seizième siècle donnent pour la première personne tantôt l'une, tantôt l'autre des formes que nous signalons. Hob. Estienne (1540) donne j'aimoye. Meigret (1548) donne j'aimo/s.Abel Mathieu (1559) constate l'existence des trois formes ; « Aucuns veulent dire j'avoy pour mettre différence avec la seconde variation [la seconde personne)', toutefois je ne voys point le peuple y avoir esgard ; aussi n'y ferai-je point
236 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.
arrest icy ny ailleurs; j'advertiray bien d'une faulle qui s'y commect ordinairement pour l'éviter, accoustumant à direjf'avoy pour j'avoys '. »
La troisième personne du pluriel est chantaient; on trouve souvent aussi chantoint, forme blâmée par A. Mathieu. C'est la seule employée par Monluc, Nicolas de Troyes, etc. Cette orthographe prouve que Ve de oient ne se faisait plus entendre. Monluc^ par analogie avec les parfaits, tels que dict, faid, écrit bizarement chantoid, chantoind.
Nous avons parlé plus haut de la prononciation de oi à l'imparfait et de sa réduction à è {ai) (voir § 40) ; il est inutile de revenir sur ce point.
§ m. — Passé défini.
j aimay
tu aimas
il aima
nous aimasmes
vous aimastes
fini deu rendi
finis deus rendis
finit deut vendit
finismes deusmes rendismes
finistes deustes rendisles
ils aimèrent ou aimarent finirent deurent rendirent.
Les observations que nous avons faites sur Vs de la première personne du présent de l'indicatif dans la deuxième, troisième et quatrième conjugaison, retrouvent place ici. A côté des formes qui, d'après l'analogie, ont Vs de la deuxième personne, on en rencontre d'autres qui n'ont pas encore cette s : je finis, je deus, je rendis, je conus (Baïf, p. 6). — Je fu les visiter (Mén., p. 45). En peu de jours je me vy façonné (Uons., Poëmes, I, à J. de la Pérouse). On trouve même, par analogie, je my, je promy (Sat. Mén., p. 45), quoique la vieille langue dît je mis, je promis, d'après le latin 7nisi, promisi.
La première conjugaison, où la seconde personne est trop différente de la première pour que l'analogie s'y exerce, n'a pas reçu d'i.
§ 1 12. A côté de aimèrent quelques auteurs présentent et les grammairiens donnent aimarent, qui est une forme dialectale de l'est et du midi de la France. Rabelais, dont le texte repro-
1 . Cf. Henri Estienne, Bypomneses, (I. (96-197 : « Scy ihHur j'aiinois sicut lu aimois ; et je faisais, j'osois, j'allais sicut tu faisais , lu disais, tu alloii, prcscrtimque j'estais, j'avais \alde siint usitata. Hoc aulem iiidc conti(;it, quod antca d\ccrelur j'amoyc, je faisotje, etc. (Qua terminalione iMaiolurn noslrum suis usuiii esse in iliytliinis, necuoii quosdain liodinquc :ioii in iliytliinis so-
lum, sed in soluta etiamoratione uti videinus.) Quum autem usus brevitatis ^tudiosiis -vocalem e ex fine llaruin vocum paulaùni extrivisset, et reniansisset /ai- 7)iuij, je faisay, plaçait ad mulliendutn sonum litteram s addcre... Muiti scribunt et pronuiitiant quoque j'alloys à la ville, t\n\ tanien non soluni pionuntiaut, sed et scribunt j'alloy dehors, non j'allais 'Irliors. »
duit beaucoup de traits du dialecte lyonnais; Monluc, qui a subi une forte influence du provençal, offrent régulièrement cette fornoe. Louis Meigret, le graoïmairien lyonnais, place aimarent avant aimèrent. A la fin du seizième siècle encore, Pierre Delaudun d'Aygaliers, auteur d'un Art poétique français (Paris, 1397), s'exprime ainsi : « Je diray que les infinitifs en er forment leur prétérit parfaict en a, laquelle lettre a ils gardent en toutes leurs personnes, comme faimny, tu aimas, il aimast, nous aimasnes, vous aimasi.es, ils aimarent (p. 32) *. » Au dixseptième siècle, on en retrouve encore des traces dans le? Voyages du sieur Demarez ^.
§ 113. — Une autre particularité du passé défini, c'est la confusion qu'ont présentée entre elles les diverses conjugaisons à certaines personnes. Au seizième siècle, on assimila parfois la première conjugaison à la seconde, et l'on dit :j'uimis, tuaimis, il aimit, etc. Robert Estienne, dans sa grammaire française, le déclare explicitement. Au parfait, dit H. Estienne dans ses Hypomneses (194, i9o), plusieurs àheni : j'alli, tu allis, il allit, je bailli, etc., je l'aimi, tu lui parlys, etc., et au contraire, je cueillay^j'escrivay, je renday, je venday; c'est surtout à la première pei'sonne que celte faute se commet, et tel qui dit j'escrivay, je venday, ne dira pas il escriva, il venda. Sylvius, dans son Isagoge inlinguam Gallicam, autorise /«î/ni, tu aimis. Cependant ces formes n'étaient pas généralement acceptées, et Marot dans sa Deuxième Épistre du coq à l'âne blâme les formes il renda, et je frappi. La même confusion se retrouve à l'imparfait du subjonctif ^.
§ 114. —Futur.
je chanteray (-rai)
tu clianteras
il chantera
nous chanterons, on -ron
vous chanterez
ils chanteront
je finiray (-rai)
finiras
finira
finirons, ou -ron
finirez
finiront
1. Sibilet en Ih^S disait la même chose : « Donne toy garde que le verbe qui a er en son iiilinitif prenne a en son prétérit parfait de l'indicatil', comme aymer : l'infinitif fait que je die au prétérit parfait : j'aymay, tu aymas, il ayma. Mais encore n'est-ce pas assez que tu gardes cest a anx trois personnes singulières, aius le faut continuer aux trois personnes du plurier, comme : nous
aymames, vous aymastes, ils aymareut {Artpoétique, fol. 35,a). » Sibilet admetà l'imparfait du subjonctif les terminaisons asse, asses, ast, assions, assiéz, asseiit et non isse, etc.