III. — VERBES A FORMES IRRÉGULIÈRES
§ f28. — Les irrégularités portent : 1° sur le présent de l'indicatif, de rimpéralif et du subjonctif; 2° sur le futur et le conditionnel ; 3° sur le parfait de l'indicatif et l'imparfait du subjonctif; 4° sur le participe pa<sé.
§ 129. — 1° Le latin dit iplôro, plôvas, plôrat, plôrant; plordmus, plorâtis, déplaçant l'acccnl tonique à la première et à la seconde personne du pluriel. De même vénio, vénis, vénit, véniunt, mais venimus vmiiis. Le m'îme déplacement d'accent se produit au subjonctif :p/orem, etc., plorémus, etc. ; vénvim, etc., veniâtis, etc. La conjugiison du vieux français étant i'^sue de la conjugaison latine, on a eu en vertu de cette loi du balancement de l'accent tonique sur la voyelle du radical et sur la voyelle de la terminaison :
je plore, plus tard pleure: nous pJonrons je demeure nous demourons
je viens ; nous venons ;
etc. etc.
[1 en est resté dans la langue actuelle, je viens, je tiens, je quiers,e\.c.,je pcuxje meus,je meurs, e\c.,mnis nous venons, eic, nous pouvons, etc. Au seizième siècle les traces sont naturellement plus nombreuses : je treuve et nous trouvnm : plus on te trenve esloi/né du vice d'ambition (Amyot, Préf. XXII, 49). Il se treuve (Mont., I, 4^). Encore dans La Fontaine (Le Gland et la Ciiroinllc) : Dans la citrouilk jela treuve. Ceux dont on descœuvre. Axant l'i mort mourir les vers, V(imo>ir et Vœiivre (Jolelle, t. II, p. 101). Lef vieux médecins je n'appreuve (Rons., Odes, II, 10, p. 132). Us se licvent (Des Ver.,Cymb., IV). (li)plore dans unecreiche (Berlauf, p. 2). De même il chet (cadit) à côté d(! cheoir. En cendre chet sa terre (Du Bart., Sem. II, fol. 44). Entrons, je ché, ieché {i odi'.We, Didon, II, t. Il, p. 1^2).
La langue, comme on voit, a assimilé les unes aux autres les personnes du verbe, en prenant pour type l'infinilir. C'est ce qui explique comment iZc/ief (cadit) devient aujourd'hui il choit d'après cheoir.
Les verbes terminés en -lir, -illir, -loir, offrent, au présent de l'indicatif, des particularités analogues par suite de la rencon-
tre de 17 (simple ou mouillée) avec les consonnes des terminaisons. Ainsi :
Saillir fait je sail, sails, saiix, saulx (et aussi je saillis) ; tu saiix, saulx; ilsaut^ sault et nous saillons, etc.
Faillir fait je fail, fails, faux, faulx{oi\ ne trouve pas je faille), tu faux, faiilx; il faut, fault et nous faillons, etc.
Vouloir fait je veuil (veuls), veux, veulx; tu veux, veulx; il veut, veult ; nous voulons, etc., que je veuille, etc.
Bouluir ïa'il je deuil ideuls), deux, deulx; tu deux, deulx; ildeut, deuil ; nous douions, etc., que je deuille, etc.
Valoir fail je vaux, vaulx; luvaux, vaulx; etc., nousvalons, etc., que je vaille, aie.
Chahdr lait il chaut, chault, quil chaille, etc.
Bouillir fail il bout, qu'il bouille.
Le subjonctif de certains verbes latins en eat,iat a produit, en vieux français, des formes Irôs-complexes dont quelques-unes se sont maintenues au seizième siècle : souvenir, à côté de souvienne, ïaii souvieg ne, souoieiupie {\*ATaingon, 3); prendre, àcôté depreniie, ïdïi pregne, preigne,preingne {afin que l'homme... toutes sciences appreigne, Ronsard, Odes, I, l>f).
§ 130. — 2" Futur et conilitionnel. — Ces deux temps sont tirés de l'intinitif. 11 suit de là que envoyer, voir, peuvent régulièrement donner au futur envuiera, voira {voirra) : Voirra chevaux et bouclairs embourbés {Rons., Franc, IV, p. iSi). Voira le monde (id.. Odes, I, 7). Je t'euvoiray tes vertus vives (id., ibid., 6). Choir hésite entre cherrai et choirai; oir entre oirai et orrai.
Les verbes en -h'r, -illir, et -loir, doivent faire régulièrement leur futur et conditionnel en Idrai, udrai, uldrai: valoir, vaudrai, vauldrai ; vouloir, voudrai, vouldrai, etc. Quelques verbes en -lir, -illir ïonl -iirai, -ï7Z<>m ; d'autres hésitent entre les deux formes : H. Estienne dans sa Précellence (p. 319), dit que la langue hésite entre assaillira et assaudra, faillira et faudra. L'on trouve en effet des exemples pour ces deux formes qui d'ailleurs se sont maintenues jusqu'à Tépoque moderne, 'i'outefois aujourd'hui la forme en -irai paraît devoir cliasser l'autre.
Douloir fait (deulrai) deurrai, au témoignage de l'auteur du Dictiuniiaire des rimes (Genève, io98).
Notons encore quelques particularités : à côté de acquierra on trou\e acquierera (S. Mén., 53) avec la diphlhongue ié d'après j'acquiers ; quant à la terminaison rera pour rra, voir § 116.
§ 131. — 3° Le passé défini présente les irrégularités de la
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langue actuelle avec les variations orthographiques en plus. Faire: il fit écrit fcit, feist, fist; voir : veil, veid, vist, vit ; lire: lut, leut, etc. ; venir : vint, veint, etc.
Vouloir hésite entre la fornae nouvelle voulut et l'ancienne vousit ou voulsit; à l'imparfait du subjonctif: qu'il voulsist.
§ 132. — 4° Il en est de môme du participe. iVa?/ pour né, orthographe due à l'analogie de je nais, je yiaissaisy etc. (cf. §24); peu, deu, cheu, etc., sont pour pu, dû, chu, etc. (cf. § 34). Notons l'archaïque tint pour tenu : Avez vous tint promesse (Parangon, 91). Certains participes qui aujourd'hui sont en i se terminent en u au seizième siècle, et encore de nos jours dans certains dialectes: sentu, bouillu, repentu. Par contre mordu est encore quelquefois mors (Rabelais, IV, 17).
§ 133. Citons enfin quelques particularités :
Aller fait je vois, vais ; tu vais, vas ; il va ; que je voise ou que j'aille, etc.
Gésir fait je gis, gi ; je gizi ou yi; je girai ; que je gise ; gisant.
//«?/• fait je hai [ou hais) et je haï (d'après nous haissons) : Est. Pasquier fait rimer je hay avec esbahy : Une que j'aime et hay (vers de sept syllabes).
Puir se transforme déjà en puer. Si l'infinitif est encore puir, et le présent je pu, tu pus, il put, puit, le futur est je puerai à côté de je purai, ou je puirai.
Pouvoir fait je peux ou je puis, tu peux ou tu puis (Ronsard, Odes, I, l); il peut ou peult {cL § i;*), etc.
Seoir se conjugue je sié, sied, seoid; je sis ; je sierai, serrai, slrai, seoirai; que je sic, siée: séant, soyant; sis.
Boire fait au participe présent et aux temps ayant le môme radical be-vajit, beu-vant, ba-vant (cf. § 31).
En somme, laconjugaison des verbes irréguliers ne dift'ère pas beaucoup, sauf l'incertitude de l'orthographe, de la conjugaison actuelle. On constate seulement quelques restes de la conjugaison du moyen âge, dont la langue depuis s'est en partie débarrassée.