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CHAPITRE IV

Syntaxe.

§ 13o. La syntaxe du seizième siècle offre des complications particulières. La langue en eff'et est une langue de transition entre le vieux français et le français moderne.

La syntaxe du vieux français, quoique peu connue encore, présente des règles de construction assez fixes et stables. Par suite de la déclinaison à deux cas, la phrase conservait encore avec la phrase latine des rapports de parenté assez étroits. Au quatorzième siècle la langue se débarrasse de la déclinaison, et la construction des phrases se trouve par ce fait entièrement bouleversée'. Du quatorzième siècle à la fin du seizième siècle, ou assiste aux efforts de la langue qui cherche à réorganiser sa construction et à lui donner le caractère analytique qu'elle possède actuellement. Dans la période qui nous occupe la langue hésite entre les anciennes règles et les nouvelles qu'elle fera pourtant prévaloir.

Les études de syntaxe historique sont nouvelles en France; l'Allemagne nous a devancés dans cette voie, et a produit quelques monographies que nous avons mises à proflt^. Le travail que nous tentons n'est qu'une ébauche fort imparfaite d'une syntaxe générale dont l'œuvre dépasserait nos forces.

I. — Substantif, § 136. Un certain nombre de mois ont au seizième siècle un

1. En ■voici uu exemple pris à lelude de M. Le Coultre citée daos la noie sui- >iante. Le texte original de Joiuville (éd. N. de Vailly, 1874, p. 530) : Lors envoya guerre li roys le légat. Li l'oys est le sujet singulier d'après les règles de la décluiaisou du vieux français, lu n copiste du quatorzième siècle transcrit : Lors envoya guerre le roy le légat, en ramenant Il roys d la forme nouvelle. Un copiste postérieur modilid à son tour l'ordre des mots : Lors le roy envoya guerre le légat.

i. Uiez, Grammaire con.jjarée des langues romanes, t. 111.

Uaetzner, Grammaire française (en allem.), Berlin, lsb6, in-8.

W. Ed. Lidforss, Observations sur l'u-

sage syntaxigue de Bonsnrd et de ses contemporains. Luud (Suède), 1863, in-8", 60 pages.

F. Glauniiig, Essai sur les archaïsmes syntacliques de Montaigne, dans les Archives de Herrig, t. 49. 1872.

U' E. Gessner, Ihéorie du pronot»

français ,'en alleinandj. Berlin, 2 brochures iii-4", 1873, 1874.

Jules Le Coultre, De l'ordre des mots dans Chrestien de Troyes [Dvesde, 1875).

.\. Benoist, Lie la syntaxe française entre l'alsgrave et Xaugeias. Vi.i\s, 1877.

La plupart des exemples de Montaigne que nous citons sont pris à l'excellente étude de 11. Glauning.

LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.

genre difl'érent de celui qu'ils ont aujourd'hui, ou ils hésitent entre le masculin el le léminin.

AbYSMK. — Vabysme la plus profonde (Ronsard, O'ies, I, 10), Combien estoit grande Vabysme de nos péchés (Calvin., Instit. chrét., 4!)S).

AFFAiRi;. — A l'origine masculin : le urund affaire (Montaigne, III, 8). Certains urgens affaiies (Rabelais, Paiitayruel, IV, Noue, prologue .Quekjut: affaire particulier [Cs\\m,lnslitat., 045). Cest affaire (Jodelle, Eugène, III, 2).

AGE. — Cestf. eage courante, l an iooO (Rabelais, Pt»î<«(;r., V, proL). Vage première (Honsaid, Hymnes, II, o). — Encore au dix si'piicme siècle : cette âge ferrée (Malherbe, I, 4). L'âje... un peu trop refroidie (Corneille, Gahrie du palais, V, 8). « La plupart des femmes l'ont communément ce mot [âge) du féminin » {Nouvelles observations... sur la langue. Paris, 1088, p. 7).

AiDK. — A été quelquefois masculin au seizième siècle. Le meilleur aide que vous pourrez (Marguerite, Lettres, 80).

AISE. — A élé quelquefois masculin au seizième siècle. C'est un aise bien malheureux {MdTguiiiile, Nouvelles, XXXIX).

ALAHME. — Des deux genres au seizième siècle, à l'origine masculin ; Nouveaux alarmes (Calvin, Insiitution, 8). Alarmes conhiiuellcs (id., H'6). 0 quels piteux alarmes (Jodelle, Cléopâtre, III, '2).

AMOUR. — A Torigine féminin, comme tous les mots venus des masculins latins en or, oris '. Au seizième siècle le genre commence à devenir incertain, et le mot reste des deux genres jusqu'à nos jours. Amour est /în (Murot, 1, 337). L'amour chère (Sainl-Gelais, 24l). Celte amour na^«rei/e (Montaigne), etc., etc.

AiiBUE. — Lst féminin dans le dictionnaire de M. Estienne.

AHDCun. — Par ardeur impétueux {C'dUin, Institution, dédicace). Tel ardeur (id., p. il2li).

CARuossE. — 7'a cari'osse est suivie (Régnier, Élégies, II).

CJMETEKUE. — Lacimeterre (Ronsard, 612, éd. Buon).

cocuK. — Un coche (Amyot, iS'icias, 1). Son coche (ChaiTOn, Sagesse, I, i^). Une coche (A. Paré, Mumie, 10).

coi.ÈitE. — Sonclioiere (Gai nier. Juives, V, scène dernière).

COMÈTE. — Du reyard d'un comète (Aubigné, Trafiques, p. 52). Le mol est resté masculin chez quelques auteurs jusqu'à la lin du dix-septième siècle.

1. C.'cM un fiiil général du Trançais, du provençal, et rlc l'italien, que les sulislniitifs niabculiDb en or, oris, sont devenus lé-

niinins dans ces langues, dès les premiers temps.

COMTÉ. — Voir DUCHÉ.

DETTE. — Ce dette (Monlaignc, III, I); mais toute ma dette (id.,ll[, y).

DiocKSK. — Citadine cité avait sa diocrse (Calvin, Instit.). Mais : Une paroisse du diocèse de Mans (Des Périers, Contes, XXIX).

DOT. — Un grand dot (Montaigne, 11, 8).

Doi'TK. — Une seule dowe{\\;\vj.ucr., Lettres, 101). Doiitte aucune (J. Marol, V, 21). Toutes doutles effacées (d'Aubigné, Histoires,!, 120). .La double de l'exécution (id., ibid.,], 185). Grande doute (Amvol, Solon). Aucune doute (Pasquier, Recherches, VI, 15). Encore dans Malherbe : La doute que j'ai (Poésies, V, 6'o/mei).

DUcuÉ, coMTK ef ÉvÊcHÉ soot habituellement féminins. Encore au dix-septième siècle : Avec une comté de plume et ces marquisats d'ancre, il ne lui fallait plus quhine duché de papier pour assortir tmU l'équipage (Malherbe, éd. Lalanne, 111, 107. Cité par M. Courbet, Régnier, Glossuire, p. 2'i4).

ECHANGE. — Pour en faire une eschange (Jean de la Taille, la Famine, IV).

ÉNIGME. — Cest énigme (Rabelais, V, 1). Encore masc. dans Massillon {Petit Carême, Malheur des gr.).

ÉPiGUAMME. — Cest épigramme (Amyot, Marcellus, 51).

ÉPiTApHE. — Un épiiapke (Amyot, Aristide, 50).

ÉPiTHÈTE. — Quelqite tel, épithrte (Henri Estienne, Précellence, p. 163). Vaugelas remarque que épithète est féminin; quelques-uns pourtant le font masculin ; tons les deux sont bons. — Ce mot elles deux précédents, ainsi que anagramme, masculins par l'étymologie, doiverit leur changement de genre à leur terminaison.

ERREiR. — Ce contagieux erreur (Amyot, Numa, 57). Cestery^eur pestilent (Calvin, Instit., 353). U erreur est aussi d'autant plus dangereux (H. Estienne, Confrm., p. 80). Selon Maupas (Grammaire et syntaxe fraaçoise, Bloys, lti25), erreur Qi humeur sont des deux genres.

ESPACE. — Longue espace (Marnt, ps. 78 ; Calvin, Institut., 864), grande espace de temps {Grand Parangon, 108). Le mot est encore féminin, comme terme d'imprimerie.

ÉTUDE. — Son estude 2')rincip(U {IKah., 1,23). C'est unvainestude qui veut (pour qui veut) (Mont., I, 25). Cest estude (id., II, 6). Tous estudes (id., II, 13 ; JII, 3), etc.

Au dix-septième siècle, Malherbe, et après lui Chifflet distinguent étude s. f.,lieu où l'onétudie, et étude s, m., action d'étudier

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(Voir le dictionnaire de Liltré). Aujourd'hui élude est féminin dans les deux acceptions.

EXEMPLE. — Une exemple (Montaigne, III, 4, p, 652). Pour exemple im7' faille (Régnier, Sat., V). Cette exemple {id., Sat., X). « A Paris, dans la ville, on {ait exemple ordinairement féminin; et l'erreur vient de ce que exemple est de ce dernier genre quand il signifie le modelle d'escriture que les maistres escrivains donnent aux enfans. » (Vaugelas, Remarques, 1665, p. 171).

EXERCICE. — Exercice amoureuse (Marot, II, 78).

ÉVANGILE. — La sainte évangile (Jeh. Bouchet, fol. vi, verso, lians Talbert, Dialecte blaisois). Ce mot est encore féminin au dix-septième siècle. Voir les exemples dans Littré.

ÉvÊcHÉ. — Bessous la pesanteur d' une bunne évêcké (Ronsard, Au ministre de Mont-Dieuj. Le faix léger d'une double évéché (Régnier, Sat., III).

FABiuQUE. — Ce mondain fabricque (Le Maire des Belges, Plaincte du désiré).

FANFARE. — Tcls funfires (Pasquier, Lettres, I, 2).

FOUDRE. — Frappée du fouldre (A. Paré, IX, Préface). Le foudre rouyîssan^ (Ronsard, Ods, I, 10). Ue là l'emploi du masculin au figuré : Un foudre de guerre {Sat. Ménippée, p. 151).

FOURMI. — D'une jeune fille surnommée Peau-d'Asne, et comment elle fut mari'/e par les moyens que luy donnèrent les petits fourmis (Des Périers, Nouv. récréât., 129). De petits fourmis (Ronsard, Poèmes, l'Alouette). Au dix-seplième, fourmi est des deux genres (Gliifflel, Grammaire, p. 246), aprcs avoir été durant tout le moyen âge masculin. Ménage [Obscro. sur la /. fr., I, 133) dit que les auteurs modernes fout ce mot féminin, mais que le peuple le fait toujours masculin. De nos jours, /om/'/ju' est devenu tout à fait féminin.

GARDEROBE. — MascuUu, au sens de tablier; féminin, au sens de petite chambre.

CENT. — Féminin au singulier, était et est encore des deux genres au pluriel. Au dix-seplième siècle, les grammairiens ont déterminé les cas dans lesquels gens au pluriel doit s'employer comme substantif masculin ou comme substantif femiaiii.

GUIDE. — Ma guide (Ronsard, Odes, 1, 2). Pullas des soudars la gui le (id., ibid., 7). Mon exemple et ma guide (Du Bellay, II, 67). Kncore au dix-septième siècle : la guide nouvelle (La Fontaine, Fables, VII, 17). Longtemps employé dans l'expression ; La guide du pécheur, titre d'ouvrage édifiant.

HONNEUR. — Leur honneur sauve (Montaigne, I, I).

HORLOGE. — « Les Gascons, les Provençaux et les Normands le font masculin. Il est féminin » (Ménage, Observations).

HORREUR. — Un plus grand horreur (Calvin, Instit., 287). Un horreur (Ronsard, Franciade, I).

HiiLE. — Charles Fontaine a fait ce mot masculin dans son Quintil censeur (p. 245).

Ht'MEUR. — Quelque humeur moqant (Rabelais, Pantagr., III, 41). Humors putréfiés et corrompus (A. Paré, liitrod., 6). Quel humeur (Jodelle, Ainours, sonn. 2-2). Cf. erreur.

HYDRE. — Un hydre renaissant (Desportes, Diverses aynours, st. du mariage). Encoremasculin dans Voltaire et de Suint-Ange.

HYMis'E. — Cette hymne (Ronsard, Odes, I, o). Cest hymne solennel (id., I, 7). Le mot était des deux genres : les grammairiens depuis ont spécifié l'emploi du féminin au sens d'hymne chantée à l'église, du masculin aux autres sens.

IDOLE. — Idoles peints (Ronsard, 443). JJn bel ydole (Bern. de Palissy, 226). Encore au dix-septième siècle : Jamais idole quel qu'il fût (La Fontaine, Fables, IV, 8). Et Pison ne sera quun idole sacré (Corneille, Othon, III, I).

IMAGE. — Images affreux (Du Barlas, Semaine, ill, p. 101, 6). Un image de liberté (Montaigne, III, 10, p. 185). Ce petit ymage d'argent (Des Périers, Cymbalum, I) . Maint et maint image (Jodelle, Cléop., III, 3).

infortune. — Infortunes... communes (Garnier, Juives, III).

MÉLANGE. — La mélange de ses adventures (Amyot, P. Mmile, 58).

MENSONGE. — Vnc cffrontéc et solenne mensonge (Montaigne, i, 9). C'est un italianisme.

MINUIT. — Environ la minuict (Rabelais, Gargantua, I, il). A la niinuict (DAubigné, Tragiques, Princes). « Il a esté autrefois des deux genres, il n'est plus que du masculin. « (Ménage, Observations, l, 136).

NAVIRE. — La navire (Montaigne, II, 195). La navire preste (Ronsard, Am., II, 16). Une navire (Amyot, Thesœus). Encore au dix-septième siècle. Sa navire qui tremble (Malherbe, I, 6).

ŒUVRE, — Mu7i petit œuvre (Ronsard, Odes, I, 12). Un œuvre que je délibère (H. Eàtienne, Précell. 1). Genre le plus ordinaire de ce mot.

OFFICE. — Toutes offices d'amitié [\{ahelaiis, Gargantua, 50). Office vacante {HàU, Passe-temps, IV).

OFFRE. — Les premiers offres (D'Aubigné, Histoire, I, 219). Encore dans Racine : L'offre de mon hymen l'eût-il tant effrayé ? (Bajazet,ni, 7.)

OMBHE. — Un ombre espars (Ronsard, Élection de mon tombeau). Sous bel ombre (Marot, III, 162). Uug ombre (id., ibid., 249. etc.). Durant le moyen tige ce mot a élé des deux genres. A-u sens figuré de fantôme, spectre, il est toujours féminin au seizième siècle.

ONGLE. — Une ongle agusée{Y)\i Bellay, II, 32o). Encore au dixseptième siècle : son ongle maline (La Fontaine, Fables, M, 15).

ORDRE. — Telle ordre (Rabelais, Pantagruel, II, 26). La bonne ordre (Marg., Lettres, 28). Au sens de sacrements de l'Eglise, le féminin s'est conservé au dix-septième siècle ; les saintes ordres.

ORGANE. — Organe mal seraine (Marol, II, 2f!3).

OTiTHOGRAi'HE. — L'crtliographe nouveau (IJ'Aubigné, I, 4oo). C'est le grec tô ôp6'J-\pac6&v.

OUVRAGE. — Tenez, voyez en ci de l'ouvrage ; elle est de

(Rabelais, II, 1(>). Féminin encore au dix-septième siècle, et de nos jours dans le peuple,

PLEURS. — Qnelks nouvelles pleurs (Régnier, Dial. Chlor. et Phil.). Ostez toutes ces pleurs (Bèze, Abrah'im). Chaudes pleurs (Rémi Belleau, Pierres précieuses, la pierre aqueuse). Pleurs... communes (Garnier, Juives, III).

POISON. — Les rampantes poisons (Du Barlas, Seniaine, lll, fol. I2-<, a). Une poison mortelle (Marot, I, 159). L'amoureuse poison (Ronsard, Amours, II, 2i). Ma poison (Jodelle, Am., chans., 2). La froide poison (Desportes, Holand furieux). Encore féminin dans le langage pojiulaire.

KEPRocHE. — Cette reproche (Calvin, Quatre sermons). Encore féminin dans Malherbe, IV, 16, et dans Chilllet, (Grammaire, 251.

RENCONTRE. — Pasquier reproche à Montaigne, entre autres gasconismes, d'avoir employé ce mot au masculin.

BETS. — Une ret^ [ùàhin, Institution, 1089). La rets (id. ps. ix, 16; XXV, 15). Sa rets (id., iùid., x, 9).

RESTE. — Patelin pousse de sa reste (Pasquier, Recherches, VI 11, 59). La rtste du temps (Dict. de Nicol). Le P. Chifflet admet encore l'expressio i à toute reste.

TRAFIQUE. — Un marchand d'assez bonne traflcc/ue (Des Périers, Nouv. récr., 9). Ceste belle trafficque (H. Estienne, Conlormité, préf.).

TIGE. — Ung tige (Rabelais, III, 49). Unfurt tige {Sut. Ménippée, 176). L'heureux tige (Ronsard, Odes, I, 10).

VIDANGE. — Ce vidange (Monlaigiie, III, J3. p. 850).

En 1530, Palsgrave donne comme des deux genres les six mots

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suivants : affaire, évangile, meurs, navire, val et gent. Un siî-cle après, en 1625, Maiipas dans sa Grammnirp, françmse donne la liste qui suit : Abisme, aide, apostéine, aine, affaire, alarme, approche, accroche, ancestre, arbitre, acte, bonace, carre ou quarre, concierge, camerade, crespe, contraste, contrecarre, coche, carrof^se^ diocèse, diih,rce, débauche, empla^tre, exemple, épigramme, épitaphe, escharre, foudre, friche, garde, guim/jle, guide, homicide, horloge, idole, laque, menso7ige, marge, meslange et meslinge, navire, offre, ofpe, œuvre, ombre, ordre, obole, populace, rencontre, revange, reproche ^ .

Parmi les mots qui précèdent, les uns étaient féminins d'origine, et sont devenus masculins par suite de leur signitication : amour, gent, etc. C'est ainsi que personne est devenu un substantif masculin au dix-septième siècle, et de nos jours un pronom indéfini masculin. Les autres en vertu de leur formation étaient masculins en vieux français et sont devenus féminins sous l'influence de leur terminaison, et réciproquement. Tels sont affaire, alarme, poison, etc. Une grande partie des mots qui précèdent sont des mots de création récente emprunté- au grec et au latin, et dont le genre, d'abord déterminé par la forme grecque ou latine, s'est modifié sous diverses influences ; un épitaphe, un épithéte, un énigme, etc. Enfin, dans plusieurs mots, les changements de genre sont dus aux savants qui ont essayé de rapprocher le genre actuel des mots de celui qu'ils avaient en latin. C'est ainsi que la plupart des noms féminins en eur, venant de masculins latins en or, ont reçu le genre masculin * : cette tentative de quelques écrivains n'a pas réussi, et ne pouvait pas réussir.

§ 137. Le vieux français avait un certain nombre d'adjectifs invariables au féminin, qui venaient d'adjectifs latins n'ayant qu'une forme pour le masculin et le féminin. Aux gentilz femmes (Mont., 1,1). L'adjectif grand spécialement a conservé l'ancienne construction. Les exemples de grand au féminin sont innombrables; toutefois il varie aussi : à grandepeiae [Sat. b3). Voir § 94.

1. Ménage dans sa Requête présentée par les Dictionnaires à Messieurs de l'Acwlémie, se plaint que les genres des mots aient été changés, et que l'on veut contre toute raison

Que l'on dise : de la poison, Une épilaphe, une épigramme.

Une navire, une anafrramme,

Une reprorhe, une duché.

Une uien-onge, une evi^ché,

UiH^ eeiUrti!, une stjuelelte,

La Houle, une lijuine, une epilhète.

2. En revanche p/'-Jc, substantif verbal de pleurer, a été assimilé à tort ann subs . fém. venant des noms latins en or, oris.

§ 138. Dans quelques construclions, le français moderne emploie l'adjectif qualificatif invariable où l'ancien français, plus logique, le faisait varier : Sauve ma conscience (Sioni., III, 1). Saiilvc l'honneur (Rabelais, Pant., IV, 7). De môme, nuds pieds (Rons., Odes, I, 1). Ceux-ci tous ignorants qu'ils sojit (Rabelais, V, 18). Ces flots, tous assemblés en un (Du Barl., Sem., TV, fol. ni, a). Un reste de cette construction paraît encore dans fottte honteuse, toute puissante, etc.; la langue parlée continuant à faire varier tout dans ces expressions, il a été impossible aux grammairiens de le considérer comme adverbe.

§ 130. La préposition indiquant les cas est parfois supprimée suivant l'ancien usage : à : Si Dieu plaist (Mont., Il, 8). — De, après rien ou l'interrogalif neutre que : Il n'est vieil plus sot que celui qui pense estre fin, ne rien plus sage que celui qui connaist son rien (néant) (Marguer., Heptam.fXXVlll). Qu'est-il plus farouche que... (Montaigne, I, 12).

§ 140. Le vieux français emploie souvent le datif au lieu du génitif pour exprimer la possession quand le complément est un nom de personne. Encore au seizième siècle : Pleurons la mère au grand berger cVicy (Cl. Marot, Egl. sur L. de Savoie). Les Harpies, chiens à Jupin (Rons., Fr.', II). La femme à Tithon son chemin commençoit (Desportes, Êleg., Il, Eurylas). La fllle à Séjanus (Mont., ill, l). Encore aujourd'hui : La barque à Garon, la pie à Pierre.

§ 141. On trouve certaines constructions où le substantif paraît être le régime d'une préposition sous-entendue : Couronné la teste d'une branche,.. Tu nous dii'as.. (Rons., Poèmes, II). (Ils) accoururent tous esperdus, celle part (Amyot, Alcib.). Il n'y a point d'ordre que, paresse de chercher ce qui est chez nous^ allions bien loing aux emprunts (H. Éstienne, Conformité, préf.).

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