IV. Relatifs
§ 161. La distinction entre qui, quoi, lequel, dont, n'est pas aussi nette que maintenant. Qui serait aujourd'hui remplacé par lequel dans les exemples suivants : Ai^rés s'estre aperceu de la manière qu'avait ce singe, qui estait de faire, etc. (lies Périers, Nouv. Récr., 19); par quoi dans : A qui on a esté une fois capable, on n'est plus incapable (Monlaignf, I, 20). — Lequel serait remplacé {ar que dans : Ma doctrine laquelle je ne doubte pas estre véritable (C;ilvin, Inst., 8'i2). Cette bonté, laquelle il déploie envers nous, procède... (Calvin, Confession des égl. réform.); par dont dans: Ceimj duquel f ai faict mentinn (H. Esl. ,Prec., 197). — A dont on subst tuerait de quoy : (Le rat vanta sa race) Dont (de quoi, de ce que) il avait trouvé temps favorable (Cl. Marot, Ep. à Lion Jamet). — Quoy a un emploi jtlus large : La fureur en quoi vous mettait l'amour (Marguerite, Ilcptam., 8). Les Esséniens de quoy parle l'iine (Montaigne, 111, 51). Se plaignant de quoy (do ce que) il ne luy avait osé demander (id., I, 23). — Pourquoi, qui correspond exactement pour le sens à quam oh rem [Pourquoy David fait bien de nous csteiiïdre ;ioan de la Tailio, les Gabaonites, II) es! remplacé mainlciiant par c'est pourquoi, qui est moins logique.
§ 102. Le remplacement du relatif par que ou par où, (ioù,est
mainfenant hors d'usage. Qu'ils le laissassent dans le champ mesme qu'il (c.-à-d. dans lequel il) avait combattu (nranlôme, éd. Lalanne, Jll, 105). Eussent toujours esté en V excellence qu'on les a veues (Du Bellay, Ilustr., I, 3). (Le t)ays) d'où je n'cy sceu perdrt le souvenir (Cl. Marot, II, 186). L'or où elle a sa liesse (id. 343). J'ayreceu vostre lettre, par où j'ai sceu de vostre S'inté (Marg., Lettres, 4). Monta en chaire où ayant prouvé {Sat. Mén., 18). — Si où et d'où ont la valeur de relatifs, on revanche do7it conserve sa valeur primitive d'adverbe : « 0 Socrates, dist-il, dont est la venue et où allez-vous » (B. des Périers, Lysis). Pour sortir dont tu es entré (Cl. Marot, I, 204).
§ 163. Dans les constructions suivantes, le relatif a été décomposé en conjonction et en pronom personnel ; ce sont de vrais latinismes qu'on ne rencontre guère que dans Montaigne ; Il est digne pour qui on face {c. -h- A. qm' on face pour lui; Mont., I, KO). Tel devant qui vous n'osiez clocher (tel que vous n'osiez c'.ocher devant lui ; id. I, 38).
§ 164. Qui peut avoir pour antécédent on, l'on, qui signitie élymologiquement homme, l'homme. Qui ne vous voit de bien loin on cous sent (Cl. Marot, Ep. aux dames de Paris), c.-à-d. « l'homme qui ne vous voit vous sent. « Cette tournure s'est continuée jusqu'au dix- huitième siècle: Quivoudn lit débiter des choses spé'ieuses et brillantes, on soutitndroit, etc. (Fontenelle, Digress. sur les anc. et les mod.). Par extension de celte construction, on dira: Il se faut garder qui peut (Montaigne, I, (4).
§ 165. Dans la vieille langue le relatif pouvait réunir à la proposition absolue une incidente dépendant d'une autre proposition. Encore au seizième siècle : Lesquels s'ils estoyent visibles, à bondroicl tout le monde le pourrait jwjer {Cn\\io, Inslit.,\ivé{acc), Choses... desquelles si 7wus ne pouvo)is esire persuadez, au moins les faut-il laisser en suspe^is (Montaigne, I, 16); et même, au dix-septième: Lois... contre lesquelles tout ce qui se fait est de 7iul droit (Bossuet, Polit., VIII, u, I). Cette nuit dont nos tunes cou vertes Dans le chemin du vice ont erré si longtemps (l\a.dnc, Hymnes, à Laudes).
§ 16r). Les pléonasmes sont fréquents dans les phrases un peu longues, la construction de la vieille langue n'ayant pa^ In rigueur logique d'aujourd'hui. Bayard à qui ce jour M. de Bonnivct... luy donna toute la charge (Brantôme, III, 103). Mes valets dont il y a toujours quelqu'un d'entre eux qui accuse (La Boétie, éd. Feugére, p. 204). Qui est l'homme, duquel si la femme s'abandonne à la paillardise, il la veuille après recevoir? (Calvin, ListU., 832.) Dont
j'en dis (Monhic, III, SOO). Le riche homme y mit dedans ladite cave ses dix Umncaux d'huile (Parangon, 98). Quelques-uns tiennent que Ditu a enparticuUère protection les grands, et qu'aux esprits où reluist quelque excellence non commune, il leur donne... (Marg. de iNav., Mém., p. 41). C'est un pléonasme quelque peu différent qu'il laut reconnaître dans ces phrases : c'est à Dieu auquel il faut avoir tout son recours (La Noue, 3u). C est à moi à qui l'honneur appartient (Palissy, 92); pléonasme commun au seizième siècle et qu'on rencontre encore au dix-septième. C'est à vous, mon esprit, à qui je veux parler (Boileau) . C'est à sa table à qui l'on rend visite (Molière) *.