Voir aux Morceaux dwisis, p. li
fait sa devise, en la mettant sur des balances qui, pesant les contradictoires, se trouvent dans un parfait équilibre, c'est-àdire qu'il est purpyrrhonien. Sur ce principe roulent tous ses discours et tous ses Kssais : et c'est la seule cbose qu'il prétende bien établir, quoiqu'il ne fasse pas toujours remarquer son intention. Il y déiruit insensiblement tout ce qui passe pour le plus certain parmi les hommes, non pas pour établir le contraire avec une certitude de laquelle seule il est ennemi, mais pour faire voir seulement que les apparences étant égales de part et d'autres, on ne sait où asseoir sa créance ^ »
Montaigne va plus loin. La partie essentielle des Essais est celle qu'il a consacrée à l'apologie de Raymond Sebond, Espagnol qui avait composé au quinzième siècle une Théologie naturelle (Theologia naturalis), traduite en français par Montaigne même (1369), à la prière de son père. Dans ce livre, dit Montaigne, R. Sebond avait entrepris «par raisons humaines et naturelles d'établiret véritîer contreles alhéistes tous les articles de la religion chrétienne, » entreprise fort utile, « vu que les riouvelletés de Luther commenceoient d'estre en crédit, » et qu'il était aisé de prévoir « que ce commencement de maladie déclineroit aisément en exécrable athéisme. » On avait reproché à la Theologia naturalis de vouloir appuyer par des raisons humaines ce qui est du domaine de la foi, et de mettre la religion en péril en la défendant par des arguments exposés à la contestalion. Montaigne part de là pour montrer l'impuissance de la raison humaine à sonder les mystères de la foi, et, comme dit Pascal, prenant les hommes (c abandonnés à leur lumière naturelle, toute foi mise à part, il les interroge de quelle autorité ils entreprennent de juger cet être souverain qui est infini par sa propre définition, eux qui ne connaissent véritablement aucune chose de la nature! Il leur demande sur quels principes ils s'appuient; il les presse de les montrer. Il examine tous ceux qu'ils peuvent produire et y pénètre si avant, par letalent où il excelle, qu'il montre la vanité de tous ceux qui passent pour les plus naturels et les plus fermes. » Mais peu à peu la foi ellemême chancelle avec la raison. « De ce principe que hors la foi toutestdans l'incertitude, elconsidérant bien combien il y a que l'on cherche le vrai et le bien sans aucun progrès vers la tranquillité, il conclut qu'on en doit laisser le soin aux autres et demeurer cependant en repos, coulant légèrement sur les sujets
I. Pascal, Entretiens sur Epictèle et Montaigne (édit. Havet, 2' éd., I, cixti).
MORALISTES
de peur d'y enfoncer en appuyant. » Il faut cependant une rùgle de conduite; Monlaignene l'empruntera ni aux principes de la raison, ni aux croyances de la foi : il suivra la commodité. « Il n'a rien d'extravagant danssa conduite ; il agit comme les autres hommes; et tout ce qu'ils font dans lasotte pensée qu'ils suivent le vrai bien, il le fait par un autre principe, qui est que les vraisemblances étant pareillement d'un autre côté, l'exemple et la commodité sont les contrepoids qui l'emportent.» 11 rejette bien loin la farouche vertu des stoïciens. « La sienne est naïve, famihère, plaisante, enjouée, et pour ainsi dire folâtre : elle suit ce qui la charme et badine négligemment des accidents bons ou mauvais, couchée mollement dans le sein de l'oisiveté tranquille, d'où elle montre aux hommes qui cherchent la félicité avec tant de peines que c'est là seulement où elle repose, et que l'ignorance et l'incuriosité sont deux doux oreillers pour une tète bien faite, comme il dit lui-même ^ »
Pierre Charron ^ fut l'imitateur et l'ami de Montaigne qui lui légua comme à un fils adoplif le droit de porter ses armoiries. Celui qui devait écrire le Traité de la Sagesse fut d'abord un théologien et un prédicateur estimé. En 1589, il adressait à un docteur de la Sorbonne un Discours chrétien contrela Ligue : en 1504, il publiait son livre des Trois Vérités, où il démontrait contre les athées qu'il y a un Dieu, contre les païens, les juifs et les mahométans que la religion chrétienne est la seule vraie, contre les protestants, et spécialement contre l'auteur du Traité de ÏÉglise ^, quel'Église catholique seule possède la vérité. En 1600 il commence l'impression de deux ouvrages; l'un était un recueil de Discours chréUens sur l'eucharistie, la rédemption, etc., l'autre était le Traité de la Sagesse.
Le Traité de la Sagesse comprend trois livres : le premier traite de la faiblesse de l'homme, de ses misères, de ses passions ; le second, de la manière de s'aflVanchir des passions ou des erreurs; le troisième des quatre vertus de prudence, justice, force et tempérance ^. 11 suffit de parcourir cet ouvrage pour voir qu'il dépasse le scepticisme de Montaigne ; où Mon-
1. Pascal, Entretiens sur Epictète et Montaigne lédit. Havet, 2» édit. ,I,cxxvi).
2. Voir la biographie de Charron dans les Morceaux choids, p. 28.
'i. Du Plessis-AIornay avait publié en 1578 et dédié à Henri de Navarre son Traité de l'Eglise i|ui fit grand bruit. Charron venait un peu tard pour le réfuter ; mais la conversion de Henri IV
qui avait lieu en ce moment, donnait un caractère d'actualité et d'à-propos à ce livre, fort vanté de son temps, mais en somme lourd et indigeste.
4. Charron a laissé un résumé méthodique do son livre, sous le titre de Petit traité de la Sagesse. Il y répond à quelques critiques soulevées par son traité.
A- .u. Ohp 'iais-ie ? il dit : je ne sais ! il érige vérita-
daïcque, et chrestienne ensemble .» orthodoxes,
ont opposés ce qui peut servir à -".----j^^^^n ^a. l.mtp-1 iuse- il s'approprie des pages entières de Du Vair, ii ira iu nés anciens ; mais'il ne doit à personne -tant qu a onU.gne dont il reproduit les opinions, bien P]^^' ^^^./^^J^f ^Ha et les tournures même, ?ans en conserver a vivacité ei la g ace I Tpose sous une forme dogmatique ^ les ventes qu il a f cueil es, cherchant avant tout l'ordre et la clarté, pour aire Pntrc Dlu profondément sa pensée dans l'esprit du lecteur. Cl ar? n e t un écrivain judicieux, solide, pénétrant ; son style,