Voii- la page citée claus les morceaux choisis, p. 2S
i. On peut en juger par les tableaux synoptiques dont il entremêle son exposition : lal>leau des cinq considérations de l'homme et de l'humaine condition
(livre I ch. 1) ; tableau de la différence des naturels des hommes en corps esm-ts religions, mœurs (I, 38) ; tableau de la distinction des états et charges fondés sur la puissance et la sujétion soit privée, soit publique (1, M), etc.
MORALISTES
un peu terne, est ferme et clair ; parfois il s'élève et se colore sur(out lorsqu'il est soutenu par son modèle.
Aux moralistes sceptiques qui nient la raison tout en prétendant n'agir que par elle, s'oppose Guillaume Du Vair.
Guillaume du Vair*, magistrat éminent, grand orateur, fut aussi un moraliste distingué. Celui qui, durant les troubles de la Ligue, consacra l'autorité de sa parole à la défense et au salut de la royauté, écrivait durant le siège de Paris son beau traité De la constance et consolation des calamités publiques. Ce sont des entretiens avec des amis (qu'il appelle Mirsa, Linus, Orphée) sur les malheurs de la patrie. Aux consolations qu'il puise dans la philosophie antique, dans les doctrines du stoïcisme, la religion vient ajouter ses graves enseignements : la résignation et l'espérance animent ces pages émues, éloquentes. On y admire, avec l'élégance et l'ampleur cicéronienne du style, les vues du philosophe accoutumé à contempler de haut le spectacle des choses humaines ; et le tableau qu'il trace des révolutions des empires, se succédant les uns aux autres pour conduire le genre humain au but marqué par la Providence, est comme une ébauche du Discours sur Vhistoire universelle.
Du Vair a encore composé deux traités de philosophie morale, la Sainte Philosophie et la Philosophie morale des stoiques, aussi remarquables par la solidité du fond que par la pureté de la forme, qui suffiraient à placer l'auteur au premier rang parmi les prosateurs de son temps. On y retrouve cette alliance de la philosophie et de la religion qui est le caractère propre des œuvres de Du Vair^. Dans le premier, il montre que la raison est l'auxiliaire de la foi ; dans l'autre, il cherche à donner à la morale un fondement humain et prend la raison pour juge de la folie des passions et de la variété des opinions contraires au souverain bien que se propose le sage. Charron savait à quel maître il s'adressait quand il copiait des pages de Du Vair pour les faire entrer dans son traité de la Sagesse: « Je n'ai point veu, dit- il, qui les despeigne (les passions) plus naïfvement et plus richement que le sieur du Vair en ses petits livres moraux desquels je me suis fort servy en ceste matière ^. »
1. Voir la biographie de Du Vair dans nos Morceaux choisis, \). 38, et l'étude de M. Sapey sur cet écrivain [Essai sur la vie et les œuvres de du Vair, 1847).