‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 170 sur 725 · VI. Indéfinis · texte numérisé non relu

VI. Indéfinis

§ 171. Aiicim a encore le sens de quelqu'un que lui donne son étymologie auque -\- un, c.-à-d. alque ^im, du latin alijins -\~ unus. Les exemples s'en rencontrent à chaque page des écrivains du seizième siècle ; il nous est resté de cet emploi l'expression aucuns disent, corrompue eu d'aucuns disent.

On sait que l'usage de joindre aucun à la négation ne lui a fait donner la valeur négative.

§ 172. Autruy, suivant l'ancien usage, peut se construire avec l'article qui en ce sens le régit: Usurper à force l'autruy (c.-à-d. le bien d' autruy) (Amyol, Numa, 6).

§ 173. Chasque prend décidément la place de c/iascitn qui seul était connu au moyen âge. Non-seukmcnt chasque pais, mais chasque cité et chasque vocation a sa civilité ^lariiculière (Montaigne, I, 13).

Toutefois chascun conserve encore sa valeur d'adjectif: chascun an (Rab., I, oO), et quoiqu'il s'emploie absolument comme pronom : chascun de son costé (La Boétie, éd. Feugère, p. 134), il peut néanmoins, dans cet emploi, se faire précéder de tout ou de un : Tout chacun s' embesoiyna aux barricades (Garloix, V, 15). Allons un chascun selon Son petit pouvoir (Ciilvin, List., 537). Eqcore au dix-septième siècle : Aux yeux d'im chacun (Molière, D. Juan, IV).

§ 174. L'on est aussi usité que on; il est surtout employé par euphonie. Yra-l'ori au-devant? {Sat. Mén., 5). Et trouve-l'on aux vieux registres (Pasquier, Rech., 111, 29); cf. § 107.

§ 175. Mesme avec l'article sert à rendre le \aimipsee[idem. Au sens de idem, mesme s'est toujours fait suivre du nom : le mesme homme; au sens de ipse, dans la vieille langue, jusqu'à la seconde moitié du dix-septième siècle, il se faisait indifféremment précéder ou suivre du nom : Le mesme homme, ou l'humme mesme. Ce qu'ils estimèrent plus que le mesme argent (que l'argent même) (Garloix, IX, 48). Ou peut voir dans le Dictionnaire de M. Littré de nombreux exemples de cette construction, pris aux auteurs du dix-septième siècle, et même à Jean-Jacques Rousseau.

Mesîne, adverbe en vieux français, prenait généralement un s adjectif, il suivait la déclinaison des adjectifs. Au seizième siècle, on trouve souvent l'adjectif singulier écrit rnesmes.

§ llQ.Nul, portant en lui-même la négation {nullus =neullus) n'a pas besoin de 7ie ; Nid croyt monter dessus (Rabelais, I, 14).

262 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.

L'analogie de aucun. ..ne a amené la particule négative : Nul ne le feit mieux que luy (Rabelais, I, 23). De là vient qu'on a parfois donné à nul le sens positif que possède aucun : Autre exemple aussi nmarquable... que nul des ■précédents (Montaigne, I, 3).

§ 177. Vcrsonne hésite entre le féminin (d'après l'étymologie) et le masculin (d'après la signification). Les exemples sont norûiDreux au seizième et au dix-septième siècle. Fu voici un frappant : TJne personne se doit bien (jaiclcr de soy donner au diable... A telle heure s'y pourroit-il donner qu'il seroit hors de... (Grand Parangon, liO). Voy. le Dictio7î7iairc deM. Littré au mot personne.

§ 178. 0i<anf,7)/an<e (quantus), adjectif usité encore danscette expression un peu vieillie toutes et quantes fois, était d'un usage commun jusqu'au milieu du seizième siècle : Quantes heures sont? (Kabelais, IV, 21.) Quantes et quelles conditions seroient requises [id. , V, prologue). Quantes personnes estimezvous (Pasquier, Lettres, I, 2).

§ 179. Quelque chose n'est pas encore devenu substantif neutre : Sil'onpeut nommer quelque chose plus vile (Calvin, /?zs<., préface).

§ 180. liien veut dire quelque chose et peut s'employer dans des phrases positives ; Si nous vaUo7is rien (quelque chose), (Des Périers, Cymbal., 1). Lire à ce sujet la page de H. Estieune dans sa Conformité (éd. de loOO, p. 90).

§ 181. Un, qui jouelerôle d'article indéterminé (un homme), présente diverses particularités.

Il s'emploie au pluriel,

1) quand il détermine un substantif pluriel de nature: Uîies messes, une matines, unes vesprcs (llab., I, 40); unes lettres patentes (l*asq., Rech., lil, 29). C'est un souvenir du vieux français qui disait unes armes, unes lettres, et même, avec des substantifs t/uc/s de nalure, imes joues, unes chausses .

2) qnand il annonce une énumération : Uns Uippocrate, Platon, Aristote, Xénophon, Théophraste, Socrate (I*asquior, Lettres, I, 2). UnsVontns de Thiard, Estienne Jodelle, Rend Belleau, etc. — Uns Philippes Desportes, Scevole de Sainte-Marthe, Florent Chr estien, etc. — Uns Homère, Pindare, Théocrite, etc. (id., Uecherches, VII, 6).

Il peut s'employer absolument comme pronom : Uns montans en fjrant prééminence, autres tombans en basse décadence (J. Marot, V, .t9). Nous dirions maintenant les uns. Cet emploi vieillit déjà au seizième siècle; mais à cette époque un est généralement usité au singulier, au sens de quelqu'un : Comme un qui prend une coupe (Uonsard, Odes, I, 2). Osier à un ce que sa fortune

luiuvoit acquis (Monlaigne, II, 8). Encore dans La ronlaine : Un seul vit des voleurs (Fables, VII, 23). Viin peut encore s'employer comme adjectif: (Uelalion) dfs unes vhvses aux aiiUrcs (Monlaigne, t. II, p. 4, éd. DidotJ802). Mais celte conslrnction est déjà rare ; la conslruclion liabitueile est donnée par celte phrase : L'eslanccmcnt des combuttans les uns contre les aulirci (id., I, 47).

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