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VIII. Pronoms personnels

§ 184. Le pronom personnel sujet est souvent supprimé, d'après l'ancien usage, spécialement après une conjonction.

Première personne : Depuis que suis au monde (Baïf, p. GO), Et prier ay le ledeur (H. Est., Prdc, 50), Afin que ne te tienne! (Des Périers, Malcontens.) Et ne sommes pour aultre raison despouillcz (Calvin, Inst., ptéf.).

Deuxième personne: Bien <ju'à la desrobée aux vrrits sacrifiasses (Jodelle, Bidon, II, i). Je m'asseure que voudriez {Sut. Mén., o2). Je vous pry que si je meurs vous et le conseiller de Nort, vous monstriez amis de ma femme (pour vous vousmonslriez) (Moulue, III).

Troisième personne : Le domtant de plus près, Osa (= il oba)

264 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVr SIÈCLE.

tenter l'air après (Ronsard, Odes, I, 7). Disant que plus n^escouteravœux (Des Périers, Malcuidens). Pour ce que débilitez par desespoir ne voudront -point essuyer ce à quoy ne s'attendront de pouvoir parvenir (Du Bellay, Illustr., II, b).

§ 183. L'impersonnel il csl généralement supprimé. En vous n'a (il n'y a) point tant de rudesse (Cl. Marot, II, ;V2')). Longtemps y ha que je vis (id., II, Si-.'i), IS'n giiéres (passim). Plus de sept ans avoyt (Rabelais, II, 4). Et ne se fuuldra plus dores7iav>mt trouver (id . , II, 8). Tant y a (Calvin, Lettres, 31"'= de Cany) ; Tant s'en faut (Du Vair, 260), loculions conservées jusqu'à nos jours.

§ 186. L'ellipse des pronoms régimes de plusieurs verbes est permise. Se desgourdir et exercer, — se rasseoir et séjourner, — se range, modère et fortifie (Montaigne, III, 3). Alors s'avançait et faisoit veoir [Sat. Mén., 17).

§ i87. L'em[)loi de soi est plus libre qu'aujourd'hui : Les veoir ainsi soy rigouller (Rabelais, I, 4). Contraincts de soy retirer {\myo[, Fabius, 4). Pour soy garder (Grand Parangon, 107). La vertu est honorée pour l'amour de soy-mesme (d'elle-même) (id., ihid., H). Il rendit ses concitoyens pires que soy (id., Sylla et Lys., 6).

§ 188. Le pronom personnel, n'étant pas encore complètement devenu le signe de la personne, et conservant encore une valeur propre, on s'explique ces tournures : Moy, qui y suis fort subject, sçay bien (Montaigne, III, h), au lieu de je sais bien. Le vieux français disait : Je qui suis, di (rgo qui sum dico), lu qui es, dis, il qui est, dit; le seizième siècle dit : je ', ou mienx nioi (latin me), qui suis, dis; toi, qui es^dis; lui, qui est, dit^; la langue moderne : moi qui suis, je dis; loiqui es, tu dis ; lui qui est, il dit...

§ 189. Ils s'emploie pour on : ils demeurèrent plus tard qu'ils n' avaient couslume (c.-à-d. on demeura, elc.) (Du F;iil, II, 311); ils peut élre sous-entendu : et disent (= et on dit) (Montaigne, I, 44).

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