II
Celte conjonction a souvent une signification advor^ative : Si est-il à craindre (id., I, lo). Si (toutefui?) n'y eust-il gallant homme parmy eux qui ne le rcgrettasi (Branlôme, H, p. 38H). Si (cependant) me veulx-je déterminer cncor de marcher sans arrest (Gringore, S. Louis). Si pourta7it je me trouve peu subject aux maladies... (Mnnt., I, oo). Si, dans cette signification, i)araît souvent précédé de et ou suivi de est-ce que : Si est-ce qu'encores en y a-t-il qui... (Mont., I, o).
Si conserve encore fa signification étymologique de ainsi (latin sic) : Que doivent donc craindre les grands (qui manquent à leur parole) ?... Si faut-il croyre qu'il y a un Dieu qui ne manque, quoy qu'il tarde, aux vengeances ! (Brantôme, I, p. 124.)
Si que est une locution conjonctive usuelle dans la première moitié du seiziCime siècle. (Amour) sans grand art et dons se demenoit, Si qu'un bouquet donné d'amour profonde, C'estuit donné toute la terre ronde (Marot, Hondeaux).
§ 292. Soudain que et subit que s'emploient au sens de aussitôt que : Soudain qu'elles sont à nous, nous ne sommes plus à elles (Mont., III, 5). Subit que M. de Guise vit l'artillerie assise (Paré, Apologie, Voyage de Metz).
§ 2'.l3. Tant entre dans diverses locutions conjonctives : De tant que (c'est-à-dire d'autant que) : De tant j'U'il a apprins d'eulx-mesmes qu'il peult tout (La Boël., C6ntre-un). Tant comme (c'est-à-dire tant que ou autant que); voir § 276. Tant plus..., tant plus (c'est-à-dire d'autant plus..., d'autant plus, ou simi)lcment p/ws... p/îts); celte locution est encore en plein usage an dix-septième siècle, et ne tombe en désuétude qu'au siècle dernier.
i° Interjections.
§29i. Nous n'avons à remarquer que le mot hélas! qui est formé de rinlerjoction /(('•.' et de l'adjectif /(/s. Jusqu'au seizième siècle l'adjectif /«s était encore séparé de l'interjection et variait en genre et en nombre.
§ 29.0. Las avait également la valeur d'une interjection et, à (0 lilre, restait invariable : Las! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place, Las ! las ! ses beautés laisser rhcoir! (Uonsard, Odes, I, 17.)
X[I. Négation.
§ 296. La négation ne pi)S?ùde encore au seizième siècle foule su valeur négative, de sorle qu'elle suf'lit à ex[)riiner la négation, sans Taide de pus ou de point, dans les propositions simples ou comiilexes, [irincipales ou subordonnées. De nos jours, dans les propiisiiions principjiles, ne s'emploie seul avec les verbes avoir garder, cesser, importer (verbe impersonnel), oser, pouvoir, savoir.
Et ne veux croire... (Mont., I, 38). Ceux qui n'auront leu la prodigieuse force et vaillance de ce prince (id., I, 1). Ne s'effrayer de cJiose qui arrive. Ne s'en fascher aussi, Rend l'homme heureux (Rons., Odes, \, V^).
Par telle Igereté ne convient autoriser les œuvres des humains (Hab., I, F roi.). Entre les astres 7ie sera cours régulier quelconque... Juppiter ne s'estimant débiteur à Saturne, le dépossédera de sa sphère... Mercure ne vouldra suy asservir es aultres... Vénus ne sera vénérée . . Le soleil ne luyra sur leur terre. L'un ne se réputera obligé à l aultre... De terre ne sera faicte eau. Venu en air ne sera transmuée ; de lair ne sera faict feu ; le feu neschauffera la terre... Il n'y j)luijra pluie, ny luyra lumière, n'y ventera vent, n'y sera esté ni automne... (id., III, 3).
Il trouve que ce n'estoit resverie de son costé (Pasquier, Bech., VIII, 59). S'il ne se faict (Amyot, Coriol.). Ce que Mariius ne pouvant supporter (id., ibid.). Si vostre langue n'est si copieuse et riche que la grecque ou lutine, cela ne doit estre imputé au deffaut d'icelle (Uu Bellay, Illustr., I, 3).
Nous ne prions pas que nostre raison ne soit combattue et surmont e par la concupiscence (Mont., III, li'). Une mesure que nous n'avons achevé d'arrêter (id., ibid., 1 Mj. Affin que je ne parle de luy (id., I, 27). Afin que d'adventure ton pied ne chope (Marot, IV, 306). Four n'oublier l'absence (Mont., I, v»). De crainte et de joie je tremble ; De joie pour ce bonheur-ci ; de crainte qu'il ne soit ainsi (c'est-à-iiire qu'ilne soit pas «insi; (Jodelle, Eugène, V, 4). Car je craignais que je ne puisse prendre le beau poisson (JarDyn, Song-: d'un pécheur).
§297. I.a négation a été renforcée par des parlicnlcs pas, point, mie, goutte, etc. ; qui sont devenues r.Hes-mOmes des négations. De là v;eiil que ne a pu éli-e supprimé, la négation él mt suftisimment cx[)rimée par pas, point, etc. Prenits garde le tillac est bon, si li caréné est point entrefendue (R msard, Odes à Henry II). As-tu point souvenance d'avoir eu... (R. Belleau,
Bergerie, I). La j^lus belle peine est-elle pas de mourir par la main d'un bourreau? {^\o\\{.,\, 18.) Cette ellipse s'est maintenue jusqu'à nos jours dans la langue populaire : C est pas vrai; et mi^me dans la langue littéraire, dans les phrases iuterrogalives : Fit-il pas mieux que de se plaindre? ((-a Font., Fahl. 111, 22). Viens-tu pas voir mes ondines ? (V. Hugo, Bail., 4.)
§ 208. Quand la phrase présente un sens négatif, même si la foruie de la proposition est affirmative, la langue du seizième siècle, comme celle du moyen âge, exprime la négation : Je faime plus que mes yeux, mon cœur, ny moi-mesme (Jodelle, Amours, sonn. 13). Je m'esmerveille... comment tupfux danser en habit de femme ni chanter en un festin (Amyot, Flaminitis). Il n'y a rien qui te manque, pourveu qu'un autre n'ayt le bruict d'estre plus riche que toy (Des Pér., Malcontens). Il fit sonner la retraite de ffendant qu'on ne les chassât plus (Amyot, Philop., 24). Beffendoient expressément que l'on n'honorât aucun particulier du titre... (id., Pélop., 4fi). Que les Papistes nient... que l'État de VÉylise ne soit aussi corrompu (C.ulviu, Inst., IV, ii, 9). Il n' est pas inconvénient que les Dieux n'avertissent aucunes fois les hommes (Amyot, CorioL, f)8).
§ 298. Il faut noter spécialement le cas oti la négation accompagne le second terme d'une comparaison : Que les apostres aient laissé par vive voix à l'Église plus quils n'ont point écrit (Calvin, Inst., IV, viii, 14). Il voulait que l'on acquît des héritages et maisons où. il y eut plus à semer et à pâturer que non pas à balayer et à arroser (Amyot, Philop., 27). Il est..., plus expédient doter la licence de parler..., qu'il n'est pas aux amis (id., M. Caton, 10). {Le sénat) estima la honte de ce refus lui estre plutost faicte que non pas à Martlus (id,, Coriolan, 20). Pendant qu'il regarde plus tost où est sa queste .. que non pas lui-mesme (Fr. de Sales, Lettre à madame de Chantai, 97).
§ 299. Le? exemples précédents expliquent les suivants où l'on voit employer les adverbes pas et point d'une façon qui formerait pléonasme, d'après l'usnge actuel ; Ni ne firent pas grande preuve de hardiesse (Amynl, Camille, 47). Fermeté de courage qui ne fiéchissoit ni ne s'estonnoit point (id. Romulus, 8). Encores qu'elles ne soient pas guère certaines (id. Thémistocle. '(8) Personnage qui n'estait pas de pure grande qualité (id., Camille, 23). Sans point de nuages (Malherbe, Lettres, I, 3).
§ 300. Fu revanche, il faiil remarquer que la langue du seizième siècle ne met pas toujours la négation ne après certains verbes ni'gatifs (tels que craindre, avoir peur, etc.) qui l'exigent
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absolument aujourd'luii : SI esi-il à craindre que la honte les désespère (Montaigne, I, 15). J'ay peur que nous ayons les yeux plus grands que le ventre (Id., I, 29). Il y avait danger qu'un marchand luy fist mettre la main sur le collet (Id., I, 40).
XI il. Ordre des mots.
§ 302. L'inversion, usuelle en vieux français, tend à disparaître avec le progrès de la langue vers l'analyse. Au seizième siècle, la langue est à mi-chemin, et ses constructions conservent encore des (races nombreuses de l'ancienne liberté. Il y a donc lieu d'étudier l'ordre des mois en usage à cette époque, la langue l'ayant depuis modifié. Nous traitons d'abord de l'ordre des mots isolés qui s'unissent au\ divers éléments de la proposition, puis de l'ordre de ces éléments eux-mêmes, c'est-à-dire du sujet, de l'attribut, du régime et des membres prépositionnels 1.