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I. Place du sujet

§ 318. Le sujet suit régulièrement le verbe quand la proposition commence par un complément, un adverbe, un attribut, un membre de phrase, etc. Et à cela regardoit saint Paul en escrivant aux Éphésiens (Calvin, Instit. chrét., IV, m, i). Et de ce que je dis font bonne preuve Cicéron et Virgile (Du Bellay, Illustr., ], 7). Aussi ne jwus est cette diversité nécessaire (Pasquier, Lettres, I, 2). Toutefois, depuis ceste heure-là, ne s'aida plus du page le hastard (Marguerite, Heptaméron, 21). Si fist venir l'hostesse le marchant disner avec le gentilhomme {Parangon, 120). En vain fais-tu amas (d'Aubigné, Trag., éd. Lalanne, p. 59). Or commencèrent et furent mis les deux champions... Si joutèrent les deux champions {Parangon, 53). Car Romulus estait desja bien prés de la ville et s' alloient joindre à lui plusieurs citoyens d'Albe (Amyot, Romulus, 12). Tous les ans, à sa feste en Libye honorée, Ne luy tombe un taureau à la corne dorée, Mais souvent un agneau {Wonsard. Ode à Henri II).

§ 319. Dans les temps composés du verbe, le sujet peut s'intercaler entre le verbe auxiliaire et le participe. Et nous l'a le créateur donnée (Montaigne, III, 3). Si furent alors leurs cris et leurs regrets entendus clairement (Amyot, liomulus, 28). Et fut ainsi V appointement juré entre eux (id., Lycurgue, 2). Le sujet môme peut se placer entre les deux parties de l'auxiliaire. Environ ce temps-là avait déjà Mithridate été contraint d'abandonner la ville de Pergame (Amyot, Lucullus, 7). Construction plus rare que la précédente qui est usuelle.

De nos jours encore, certains adverbes font rejeter le sujet après le verbe : Peut-être vaut-il mieux ; encore faut-il que... ; ainsi le veid la situation ; à peine est-il arrivé (ou, comme dans les phrases interrogatives, àpeme mon ami est-il arrivé) : de là dépend notre scdut ; toujours est-il qu'il a eu tort, etc.

§ 3'20; Le sujet suit le verbe dans les propositions incidentes, où il est représenté comme portant la parole, L'avcz-vous, dist Grandgousier au moine, mis à rançon? — No7i, dist le moine (Rabelais, I, 47). Construction encore usuelle aujourd'hui : dit-il, fait-il. D'un air égaré : « Tu vois de mes soldats tout ce temple entouré », Dit-elle (Racine, Athalie).

§ 321 . Formules de souhait. Dans les phrases qui expriment un vœu et où le verbe est toujours au subjonctif, la langue moderne place le sujet après le verbe, quand il désigne l'être qui doit profiter du souhait. Vive le roU^Puissé-je de mes yeux y voir

tomber la foudre (Corneille, Horace, IV, 5). Dans les autres cas, le sujet peut précéder ou suivre le verbe : Me préserve le ciel d'en faire de semblables (Molière, Femmes, sav.y III, 5). Dieu vous bénisse ! Que le bon Dieu le bénisse.

§ 322. Phrases interrogatives. Que l'on compare les deux propositions suiva nies : Pierre viendra et Pierre vicndra-t-il? on verra que la proposiiion inlerrogative reproduit la proposition positive, en la faisant suivre du pronom personnel qui représente une seconde fois le sujet. D'où vient cette bizarre manière d'exprimer l'interrogation ? Le vieux français disait, en plaçant le sujet après le verbe : viendra Pierre? Cette tournure contredisait la tendance de plus en plus caractérisée du français à donner à la phrase une construction uniforme où le sujet occupe la première place. Pour résoudre la difficulté, le français détourna de son emploi propre la construction qu'indique la phrase suivante : Pierre, viendra-t-il ? c'est-à-dire, Est-ce qu'il viendra, hd. Pierre ^ ; et, supprimant avec la virgule la signification de vocatif qu'il donnait à Pierre, il en fit le sujet logique du verbe (comme dans Pierre viendra), en môme temps qu'en conservant il après viendra (avec une valeur de sujet formel plutôt que réel, il est vrai), il satisfaisait au* exigences de la construction primitive qui voulait le sujet après le vrrbe.

Au seizième siècle, l'usage actuel est dominant; toutefois on trouve encore des traces de l'ancienne construction. Las ! pourra bien ceste blanche vieillesse Porter le fais d'une telle tristesse ? (Th. de Bèze, Abraham).

§323. Il faut noter également la construction suivante où aucun signe extérieur n'indique l'interrogation qui ne peut être rendue sensible que par l'intonation :Les Dieux ne puniront si grande félonie? — ■ "Nos prières ne vont jusqu'à leur trône saiiict? — Nos suppliantes voix leurs courages n'fsmeuvcnt? Ne font justice à ceux qui le vo7it demandant ? q\c. (R. fiarnier, Cornélie, III).

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