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Place de l'attribut

§ 324. La proposition, réduite à sa plus simple expression, étant composée de trois éléments, les combinaisons possibles que présentent, quant à l'ordre, ces Irois éléments, sont au nombre de six.

1. Comparez la tournure suivante : « ce ] drc ? » ou « ce malheur, ne le craignextnalheur, comment peut-W être à rrain- \ vous pwi? '>

29C LA LANGUE FRANÇAISE AU XVr SIÈCLE.

Dieu est bon, Dieu bon est, Est Dieu bon, Est bon Dieu, Bon Dieu est, Bon est Dieu.

La première construction est la conslrucfion usuelle. Les autres présentent des inversions plus ou moins rares.

Les unes consistent à rejeter le sujet après le verbe : Est bon Bieu, est Dieu bon. Nous les avons examinées plus haut, § 318. Les autres placent l'attribut avant le verbe et môme avant le sujet : Bon est Dieu, bon Dieu est, Dieu bon est. La première de ces constructions est encore usuelle : Bienheureux sont les pauvres d'esprit. On en trouve beaucoup d'exemples au seizième siècle : ISostre estoit-il à très-bonnes enseignes (Montaigne, 1, 23). Au inoins sages ne pouvons-nous estre que de nostre propre sagesse (id., I, 24) ^ Quant aux deux autres, nous n'en avons pas rencontré d'exemples, quoiqu'elles soient possibles. Au moyen âge elles étuient usuelles.

3, Place du régime.

§ 3:'S. Le régime, qui doit venir régulièrement après le verbe, peut être aujourd'hui placé au commencement de la proposition, pourvu qu'il soit représenté à sa place régulière par un pronom. Cet homme, je l'ai longternps cherché. — Cette nouvelle, j'en ai eu connaissance. Cette construction présente un pléonasme, et on n'y a recours que quand on veut appuyer plus fortement sur l'idée.

Au seizième siècle elle est si fréquente qu'il faut y voir une construction régulière de la langue qui s'en sert pour passer de l'inversion ancienne à l'usage actuel.

La vieille langue en effet pouvait dire : Cet homme j'ai longtemps cherché. — De cette nouvelle, j'ai eu connaissance. Il semble même que dans la construction primitive du français le régime régulièrement ait été placé avant le verbe.

§ 326. Au seizième siècle, on trouve encore des traces nombreuses de l'usage du moyen âge: Ceci aitje reconnu de mes yeux (.Montaigne,!, U). Toutes choses prenait en bonne partie (Rabelais, III, 2). Le mal y.ar iccux advenu, advenant ou advenir, ne recordent, ne sentent, ne prévoient (id,, V, II). Cependant je prierai ta puissance divine, ainsi que Jupiter Callimaque en son hymne

tal. A cnttc surle de construction se rat- I (Ronsard, Odes, I, l). C'est un ablatif tache celle dont le -vers suivant oin-e un 1 absolu dont les termes sont intervertis, exemple : En Duthvote, vivant sa m^re \

(Rons., Ode à Henri II). Pour ce qu'un moindre mal un pirn mal n'estant (D'Aubigné, Tragiques, éd. Lalanne, p. 57). Le ciel qui ses lampes darde Sur tout ce qu'il aperçoit, Bien de si grand ne regarde Qui vassal des rois ne soit. D'armes le monde ils estonnent; Sur le chef de ceux Us tonnent Qui les viennent despiter; Leurs mains toute chose atteignent (Ronsard, Odes, I, 2). Encore au dix-septième siècle : On ne sut pas longtemps 'à Rome Cette éloquence entretenir (La Fontaine, Fables, XI, 7). Puis en autant de parts le cerf il dépeça (id., ibid., I, fi). Vaigle et le chat-huant leurs querelles cessèrent (id., ibid., y, 18).

§ 327. Dans les temps composés, le régime direct s'intercale

volontiers entre l'auxiliaire et le participe. J'ai cette lettre écrite.

Voir plus haut, § 213. Cette construction s'est maintenue au

dix-septiùme siècle, où elle produit en poésie de beaux effets.

s^^ Les endroits où la terre pi^essée A des pieds du, Sauveur les vestiges

^ écrits (Malherbe, Les larmes de saint Pierre).

§ 3:;8. Pour le complément indirect, voici des exemples qui montrent de quelle liberté jouissait encore la langue au seizième siècle : D'un cas vous adverty (Rabelais, I, 8). Le tout fut par icelui proféré avecque gestes (id., ibid., 13). Ainsi par sa prouesse furent desconfits tous ceulx de l'armée (id., ibid., 27). Par leur vouloir l'alla guérir son maître d'hostel (id., ibid., 39) i Et alors avecque grande puissance se leva, emportant son berceau sur l'eschine ainsi lié (id., ibid., 5). Y voi (je vois dans l'étude des lettres) tel amendement que de présent à difficulté seroi-je receuen la première classe des petits grimaulx {là., ibid., 8). Fortune ne recognoisl point de supérieur auquel d'elle et de ses sorts on puisse appeler (id., III, 12). Comment par les Andouilles farouches est dressée embuscade contre Pantagruel (id., IV, 36). Il vaut mieux d'une belle assurance se préparer à tout (Montaigne, I, 23). Dcmocritus... trouva moyen de nuit d'échapper (id., II, 3). Il est bon une fois le mois de les esveiller (id., II, 2). Solon donna liberté aux femmes, aux dépens de leur pudicité de pourvoir au besoing de leur vie (id., III, 5). Les nations que si à pleine bouche nous appelons barbares (id., I, 5). César ci un soldat de sa garde, regardant son maintien décrépit, responditÇiA. ^\, 19). A homme ne soit permis porter en son doigt anneau d'or (id., I, 43). Nous sommes tous par la gloire enflammez à l'estude des sciences (du Bellay, Illustr., II, o).

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