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Place du pronom

§ 329.iNous devons examiner à part la place qui revient dans

la proposition, aux pronoms je, me, /e, se, lui, le, la, les, en, y, et aux pronoms nous, vous quand ils sont enclitiques, c'est- fi -dire quand ils sont employés comme régimes.

§ 330. Lorsque plusieurs pronoms régimes, ainsi que la négation ne, précèdent le verbe, la première place est accordée à la négation : Je ne le lui dirai pas. — Les particules en, y précèdent immédiatement le verbe. Il ne lui en parlera pas. Il ne l'y verra pas . — Deux pronoms personnels, l'im régime direct, l'autre indirect, ne peuvent précéder le verbe, sauf quand l'accusatir est le pronom de la troisième personne le, la, les; en ce cas le régime indirect suit, s'il est à la troisième personne, précède dans les deux autres cas. On dira donc : il m'envoie à toi, à lui, et non il te m'envoie, il lui m'envoie, ou il me t'envoie, il me lui envoie. On dira encore il me l'envoie et il le lui envoie, et non il le m'envoie, il lui l'envoie. — Quand en et y se trouvent ensemble, y précède en : il y en sera. Telles sont les règles qui régissent aujourd'hui l'ordre de ces particules.

§ 331. Ces règles sont en partie récentes; et le seizième siècle a gardé des traces nombreuses d'un usage général qui remonte aux origines mômes de notre langue, et qui assigne à ces particules pronominales un ordre différent.

Et le vous conseille (Rab. III, 9). Je la vous nomme (id., IV, 38). Vous la me donnerez (Parangon, 90). Tu les nous as bien mis en besongne (des Pér., Cymbal., II). Mercure qui la nous a baillée (id., ibid.). Il le te semble (id., ibid., 1). Ce meschant la m'a fait perdre (id., ibid., II). Mercure gui le vous hisa (id., ibid.. II). Je ne t' abandonneray jamays que tu ne le me ayes enseigné (id., ibid.). Ces meschans... le m' aur oient-ils point desrobé (id., ibid., 111). Je la te presterny volontiers (id., ibid.). Et suis content de la vous enseigner (Montluc, II, 1 13). S'il la vous baille (id., ibid.). Ils le 7ious font faire (id., III, 500). Je le vous promy {Sat. Mcn., V6)^.Et si en y a aulcuncs (des Périers, Cymbalum, II). Et en y avoit qui (.Montaigne, I, 49). Tlus qu'il n'en y a (id., III, 5).

Pourquoi de ces deux tournures il le lui dira et il le me dira (ou il le te dira)^, la première s'est-elle maintenue jusqu'à ce jour, tandis que les deux autres ont été modifiées par l'usage? Il serait difficile de le dire.

§ 332. Les observations précédentes portent sur des proposions affirmatives et négatives. Les phrases impératives se

1. Mais je te le diray (des Pér.^ | 2. Et de même naturellement au plu- Cymb., H). Je ne vous le saurai mieux , riel : il le h-ur rfîra, mais il nous, il vous comparer qu'à (Rab., V. 11), | le dira.

comportent différemment. Nous avons vu qu'en vieux français le régime précède volontiers le verbe ; une exception toutefois est faite pour l'impératif qui se place le plus souvent avant son régime. Cette rùgle particulic'-re trouve son application pour les pronoms, qui précèdent tous les modes, comme nous venons de le voir, et ne suivent que l'impératif positif. Voyez-le, regardemoi, songez-y, farkz-cn. Avec l'impératif négatif, ils précèdent: Ne le croyez pas, ne lui dites rien.

Cependant la vieille langue place quelquefois le pronom avant l'impératif dans des phrases affirmatives : Te tien (c.-à-d. tiens-toi), i venez, tu lo juva (toi, aide-le), phrase d'une litanie ancienne. Au seizième siècle cette coustruction est usuelle dans les propositions incidentes : Roidissons-7ious et nous efforçons (Montaigne, i,{9). Garde-le encore et t'en va disner [Pavun^on, 26). Va le quérir et le mettons en son sac en lieu de cestuy-cy (Des Périers, Cymbalum, I). Encore au dix-septième siècle : Polissezle sans cesse et le repolissez (Boileau, Art poétique, I). Construction très- fréquente dans Molière.

§ 333. Un cas particulier se pTrésente, lorsque le verbe principal régit un infinitif; laisser faire. Quelle est, dans ce cas, la place du pronom personnel régi par le verbe principal ou l'infinitif?

En vieux français le pronom se plaçait régulièrement avant le verbe principal, comme si celui-ci n'était qu'un auxiliaire de l'intiriitif. Ains que nus la poist veoir (c.-à-d. avant que nul ne la pût voir) dit au douzième siècle le poêle Chrestien de Troyes {Chevalier au Lyon, vers Go). De mfime, vers 1609, si je feire la puis (c.-à-d. si je puis la faire). L'ancienne langue considérait donc le pronom comme le régime de la locution verbale tout entière et non de l'un des deux verbes.

§ 334. Cette conception de la phrase s'est maintenue jusqu'au dix-septième siècle pour les locutions où le pronom est régime de l'infinitif, et jusqu'à nos jours pour celles où il est le sujet logique. Examinons d'abord ce dernier cas. Dans les phrases Je le laisse partir, je le vois tomber, le est logiquement le sujet de partir et de tomber ; mais grammaticalement il es! le régime des locutions verbales laisse partir, vois tomber, et, à ce titre, se place avant elles.

Dans les phrases suivantes : Je le vais chercher, il se veut promener, le pronom est le complément de l'infinitif. L'ancien usage toutefois le considérait comme le complément de la locution

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verbale tout entière, et le plaçait par suite avant le verbe personnel : Je le vais chercher, il se veut promener.

Voici des exemples du seizième siècle. Cette doctrine de laquelle je me veux efforcer de vous rendre ra/son (Calvin, Instit., préface). JS'est-ce pas grand pitié... que persoiine ne se veuille faire aux dépens d'autruy (La Boétie, Servitude). Veut-on attendre qu'on nous vienne lier les pieds et les maim? [La Noue, Discours, xxvi). Ne les ayant peu vaincre ni attraper (Brantôme, 1. 1, p. 122, éd. Lalanne). Et le venoit voir qui pouvoit (id., II, 383). Il faut sauver l'âme qui se veut perdre et perdre l'âme qui se veut garder (d'Aubigrié, Hist. univ., I, m, ii). Je tous veux aller voir dedans deux jours d'icy (Parangon, 28). Avant qu'il le vint trouver (Montaigne, I, 3).

L'usage ancien s'est maintenu jusqu'au dix-septième siècle. Nous l' allons voir dépouillée mèmede cette triste décoration {^o%%\ie{ , Henriette d'AJigl.). Le roi m'a voulu voir (La Fontaine, Fables, \X, 3). Notre baudet s'en dut enfin passer pour cette fois (id., Vïll, 17) *.

De nos jours, la langue analysant ces constructions trop synthétiques, a rapproché le pronom de l'infinitif auquel il appartient, de manière à rendre plus sensible à l'esprit la double proposition qu'elles contiennent. Je vais le chercher, il veut se promener.

Toutefois l'usage ancien se retrouve encore chez quelques écrivains qui affectent l'imitation de nos classiques, et môme il est obbgatoire avec les six verbes suivants : voir, entendre, envoyer, sentir, laisser et faire ^. Je l'ai vu tuer (= qu'on le tuait) . Je les ai entendu appeler. Je vous enverrai chercher. Il m'a laissé frapper [me sivit cœdi). Il l'a fait battre de verges.

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