Séparation de termes coordonnés
§ 335. Il nous reste à dire quelques njots d'une liberté que possédait la langue au moyen âge et au seizième siècle, et qui est aujourd'hui disparue. Cette liberté consistait dans la séparation de termes coordonnés que les habitudes plus sévères du
1. La langue considère si peu dans sicrpasser. Boilcau dit : Ei Miejnot aucette construction le pronom comme \a \ jourd'huis'Ti.iT voulu surpasser {'ô'xi.,\\\)
régime immédiat de l'infinitif que pour l'unir plus étroitcnicut avec le verbe i)ersonnel, elle change parfois l'auxiliaire avoir en âlre si la proposition oHVc l'apparence d'une proposition pronominale, i etnon}';? savais vous être ici. ^ous.di^ions aujourd'hui : // a voulu ."/ri
2. Cette tournure est encore obligatoire dans les cas où le sujet de l'infinitif est exprimé avec les \erbes croin', dire, penser, savoir. Je vous savais être ici
langage moderne obligent à réunir. On en jugera par les exenoples suivants :
Voilà d'où est venue ceste folle diligence et inconsidérée (Calvin, Instit., III, V, 10). Le roi François P' estoit en un beau chasteau et 'plaisant (Marguerite, Heptam., 53). — Gi^ec et escolier estaient mots de reproche entre les Romains et de mépris (Montaigne, I, 10). Exiger d'un homme libre telle sujection à leur service et telle obligation (id., III, 1). — Qu'on ne se puisse comporter commodément entre des hommes qui sont ennemis et loyalement (id., ibid.).
§ 330. Pour terminer cette rapide élude, nous aurions encore à parler de Tordre dans lequel se suivent les propositions dans les phrases. Mais l'usage actuel ne diffère guère de l'usage au seizième siècle. L'usage actuel n'a pas soumis ici la construction à des règles aussi fixes que l'ordre des éléments de la proposition. On peut, suivant les besoins de la pensée, donner le premier rang aux propositions incidentes ou relatives : on peut intercaler une proposition principale au milieu d'une incidente, et réciproquement. La langue ayant en ce point gardé les libertés qu'elle possédait au seizième siècle, il n'y a pas lieu de faire une étude comparative ^
1. Obsernation générale. Pour les exemples cités dans le TabUau de la langue qui se réfèrent à une édition déterminée, il faut se rcportir, sauf indications contraires, aux éditions ijue nous suivons dans les Morceaux choisis. Toutefois, il nous arrive de citer Jean et Clé-
ment Marot, d'après l'édition de La Haye, 1731 (6 vol. in-l"2), Montaigne, d'après l'édition de Paris, Didut, (80 2 (4 vol. in- 12), Calvin, Instit. chrét., d'après l'édition princeps de Genève, 1561, et B.
Palissy, d'après l'édition Cap, Paris, 1844 (1 vol. in- 12).