‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 20 sur 725 · Id., ibid.yi. ' a · texte numérisé non relu

Id., ibid.yi. ' a

xvi» SIÈCLE. - 2

therine (io7o), attribué sans raison à H. Estienne ou cà Th. de Bèze. Un peu plus tard les protestants découvrent le Contre-Vn delà Boëtie et, se l'appropriant comme une arme de guerre, le publient dans une collection de pamphlets (1578) ^ Les mêmes attaques s'adres-enl aux chefs du parti catholique. Quand en 1563 Poltrot de Méré assassine François de Guise, ce crime est célébré à l'envi par tous les cahinistes, et Th. de Bùze promet au meurtrier la couronne céleste. De tous côtés paraissent des libelles remplis d'invectives contre les Guises. Le plus violent et le plus éloquent de tous est VEpistre envoyée au Tigre de la France (le cardinal de Lorraine) et qu'on attribue à François Hotmann. « Tu fais possession de prescher de saincteté, toy qui ne connois Dieu que de parolle, qui ne tiens la religion chreslicnne que comme un masque pour te desguiser, qui fais ordinaire traffique;, banque et marchandise d'evescliez et de bénéfices, qui ne vois rien de sainct que tu ne souilles, rien de chaste que tu ne vielles, rien de bon que tu ne gastes ^. » Cependant les doctrines calvinistes devaient trouver leur expression dans des livres d'une poriéeplus hauteque de simples pamphlets^. En 1d73, un an après le massacre de la Saint-Barthéleray, le prolestant François Hotmann, jurisconsulte éminent, publie un traité polilicjue * où il présente les >nstitutions que demande le parti huguenot comme étant celles qui ont longtemps gouverné la France et dont le rétablissement seul peut lui rendre la paix et la prospérité. Ces insiitutions idéales, il croit les retrouver dans l'hisloire de la Gaule et des premiers temps de la monarchie franque. Selon lui, les peuples de la Gaule formaient, au temps de César, une fédération d'Etats libres au-dessus de laquelle s'élevait l'assemblée générale des députés élus par toute la Gaule. Après la conquête romaine et la déli\rance de la Gaule par les Francs, cette fédération fut remplacée par une monarchie élective qui. commence à Childéric fils de Mérovée, élevé sur le pavois par les Gaulois et les

1. Mémoires de l' Estât de France sous Charles IX. — C'est pour prolester conlrc cet emp'oi que Montaigne en donnait une léinipression et écrivait en lo80 clans ses Jissais la pape où il cherchait à atténuer la portée de l'écrit de son ami. i f. aux Morceaux choisis, p. 34, n. 1.

2. Ce pamphlet, dont on ne connaissait plus qu'un eneniplaire, •vient d'èlre réédité avec fac-siniile et notes par

M. Ch. Read, Paris ISo, un vol. in-32.

3. Paul janef, Philosophie 7norale, t. II, livre iH, ch. 2, 3 et i.

4. Franco-GuUia, sive tractatus de regimme regum Goltix et de jure suecessionis, Genève, 15;:^. — Voir sur Fr. Hotman, Augustin Thierry, Considérations sur l'histoire de France, ch. I, R. Uareste , Essai sur Fr. ^Hotman (Paris, 185'), et Ed, (ougnY, Etude sur Botma}i {P&ris, 1875).

Francs désormais réunis en seul peuple. L'élection portait d'ordinaire au trône le fils du roi défunt, en sorte que l'hérédité du pouvoir s'établit peu à peu, mais par l'usage et non en vertu d'une loi. Le roi pouvait être déposé par les États Généraux ; son autorité était subordonnée à celle de la nation représentée par les trois ordres : 1° les nobles ; 2° les juges et les marchands; 3° les artisans et les laboureurs. Le clergé ne formait point un ordre, n'exerçait aucun pouvoir politique. La formule mise au bas des décrets par lesquels le roi promulguait les décisions des Élats Généraux {quia taie nostrum est placitum) a été détournée de son sens : elle signifiait : car tel est l'avis de notre assemblée, et non, comme on l'a interprété plus tard, car tel est notre bon plaisir .

Le Franco-Gai lia, écrit d'abord en latin, puis traduit en français par Simon Goulard (lo7i), eutun grand retentissement. Persécuté par le pouvoir, combattu avec violence par les défenseurs de la monarchie absolue, cet ouvrage exerça auxvi^ siècle une action comparable à celle du Contrat social au xvni«.

HuBEKT Languet va plus loin dans ses Revendications contre les tyrans *, ouvrage qu'il publia sous un pseudonynàe, en signant le Brutus français [Bruto Celta auctore). Il y établit hardiment que les sujets cessent de devoir obéissance au prince, lorsqu'il commande quelque chose contre la loi de Dieu, parce que la volonté de Dieu est au-dessus de la sienne ; lorsqu'il persécute l'Église de Dieu, parce que son pouvoir ne s'étend pas aux choses spirituelles ; lorsqu'il opprime ses sujets, parce que si le prince est supérieur aux individus, la totalité de la nation est supérieure au prince. 11 termine en déclarant que les rois étrangers ont le devoir de secourir leurs coreligionnaires lorsqu'ils sont persécutés parleur souverain. Hotman s'appuyait sur l'histoire, Hubert Lt^nguet prétend s'autoriser de la Bible ; mais tandis que le premier oppose à la tyrannie un pouvoir légal, celui des États généraux, qui représente la nation, Hubert Languet ouvre la porte à l'anarchie; car entre le peuple rebelle et le prince accusé de tyrannie, qui sera juge? La même année (1579) Buchanan, dans son dialogue Du droit de la 'Royauté en Ecosse, poussant à l'extrême les théories de Hotmann et de Languet démontre, dans un latin élégant, la légitimité du régicide. Ces hvres eurent alurs un grand

1. Vindiciss contra tijrannos, siue de | Junio Bruto Celta auctore (Edimbourg, principio in populitm, populique in prin- lo79). cipiiim légitima potestate , Stephano \

succès; au commeticeraent du dix-huitième siècle, ils passionnaient encore les esprits.

Mais kl situation change tout à coup : Henri de Navarre qui était chef du parti protestant devient, par la mort du duc d'Alençon, l'héritier de Henri HI dont la succession était convoitée par les Guises. Les rôles changent^ la volte- face est complète ; les protestants se déclarent pour le droit de succession, et les catholiques s'emparent des théories calvinistes. Ecoulons Montaigne : « Voyez l'horrible impudence de quoy nous pelotons les raisons divines; et combien irreligieusement nous les avons et rejectécs et reprinses, selon que la fortune nous a changé de place en ces orages publiques. Cette proposition si solennelle : « S'il est permis au subject de se rebeller et armer contre son prince pour la deffense de la religion » « souvienne vous en quelles bouches, cesie année passée, l'affirmative d'icelle estoit l'arc-boulant d'un party; la négative de quel aultreparty c'estoit l'arc-boutant et oyez a présent de quel quartier vient la voix et instruction de l'une et de l'aultre ^ »

La Ligue alla plus loin que les protestants : elle arma le bras de Jacques Clément. Ses théories se résumèrent dans le misérable pamphlet du curé J. Boucher, De la juste abdication de Henri lU {De justa abdicatione Henrici III), où l'on voit les doctrines démocratiques des protestants s'unir aux doctrines théocratiques ultramontaines. Le cardinal italien Bellarmin déclare dans son Traité du Souverain pontife [De summo poiitifice) que le pape a le droit de détrôner les rois (V, 0); Boucher ne dit pas autre chose. Bientôt on verra le jésuite espagnol Mariana dans son Traité sur la Royauté^, soutenir comme Hotman que la nation est au-dessus du roi; comme Hubert Languet, qu'elle a le droit de se révolter contre l'oppresseur; comme Buchanan, que l'assassinat d'un tyran est légitime. Onze ans après, Henri IV était tué par Ravaillac, et le livre de Mariana brûlé parla main du bourreau.

Au milieu de ces violences des partis, de ce déchaînement de colères implacables, on est heureux de voir quelques hommes supérieurs s'élever au-dessus des passions du moment et professer une politique de conciliation et de tolérance. Le chancelier Michel de l'Hospital^ ne se contenta pas de

1. Essais, II, 12, commcucemcnt dn l'apologie de R. Seboiid. Voir toute lii page. Cf. Cil. l.abitte, Les prédicateurs de la Ligua, Introd., § 3.

Page 1