‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 249 sur 725 · Chacun de nous a fait le mal, contre son intention · texte numérisé non relu

Chacun de nous a fait le mal, contre son intention

C, Colère [ira).

1. Lire plus haut (p. 33, n. 4) une page extraite de ce livre.

2. Les partisans de l'Espagne voulaient appeler au trône de France, à l'cxclulion de Henri de Navarre et au mépris de la lui salique, l'infante Isabelle, fille de Philippe II. « Devant que nous eussions fait entendre que nous voulions entretenir [matntttiir) la loi salique, loy qui depuis huict cents ans a maintenu le foyaume de France en sa force et virilité, on nous parloit des rares vertuz de cesie divine infante, pour la faire héritière de la couronne, » [Satire Mén ppée, éd. Labitte, p. 210, Discours de Jl. d'Aubraj.)

de Dieu commeiiceroil à s'appaiser, et que sa bonté touchée de la compassion de nos misères, tcndroit la main de sa clémence pour nous lever de ceste clieute, votre singulière prudence, jointe avec voslre légitime aulhorité ^ seroient les principaux outils avec lesquels Dieu opereroit la conservation de la Religion et la restauration de l'Eslat.

Cette journée vous en offre l'occasion si heureuse, qu'il semble qu'elle vous ait esté expressément réservée pour vous en. déférer toute la gloire. Car les estrangers qui jusques aujourd'huy avoient par artificieux prétextes et secrètes menées lasché de renv&rser les fondemens de ce Royaume, atin d'en pouvoir recueillir les ruines, maintenant à descouvert et enseignes desployees, publient leurs desseins, les advancent, les establissent. Et au contraire, tous ceux qui ont encores le cœur Français, indignez de se voir trompez, estonnez de se voir perdus, résolus de se sauver, jettent les yeux sur vous, vous appellent au secours des loix, attendent si^ votre prudence guidera leur courage, si votre authorité fortifiera leurs armes, ou si votre connivence et dissimulation les abandonnera à une honteuse servitude, vous précipitera vous et vos enfans à une luctueuse misère, et, qui pis est, vous condamnera à une infamie elernelle. C'est le poinct, messieurs, où nous sommes aujourd hui reduicts ; c'est le précipice où nous nous trouvons portez, dont à mon advis il nous sera fort aisé de nous sauver et avec honneur nous mettre en seureté, si vous ne perdez point le cœur et que, pour en sortir, vous vueillez considérer, pendant que je le vous représente, le chemin par lequel, sans y penser, vous y avez esté conduicls.

Il faut dire la vérité, c'est une brave et généreuse nation que celle des Espagnols, lesquels ayans trouvé les veines ^ de l'or et de l'argent, et les monceaux de perles et pierres précieuses es * conquestes des Indes, n'en ont pas ramolly leurs mœurs, abastardy leur courage, relasclié leur vigueur, comme ont fait quasi tous les autres peuples du monde, qui acquerans la richesse ont perdu la valeur. Au contraire ceux-cy ont creu * leur courage en croissant de moyens ; et des richesses que la fortune leuraoU'ertes, ont basiy des degrez solides à leur ambition, pour joindre les extremitez de la ferre sous leur obéissance. Ce n'est pas sans cause, si en ambitieux dessein depuis

l.Lc Parlement ayant seul qualité! 3. Filons des mines, pour décider de la Cjuo^tion d'héiédité. I 4. Dans les. 2. Pour savoir si. îi. Accru.

ÉCRIVAINS POLITIQUES. — GUILLAUME DU VAIR. il

ils ont porté ^ fort impatiemment de voir la France, rivale de leur Empire, arrestcr leurs progrcz et tenir continuellement en eschec leur grandeur qui ne se pouvoit dire asseurée, tant qu'elle se voyoit balancée par un tel contrepoids. C'est pourquoy ne voyant pas que leurs armes fussent assez fortes pour se distraire ^ de si puissans voisins, c'a esté un sage advis à eux, digne de grands conseillers d'Estat, de nourrir et fomenter les divisions en la France, afin que celle que des forces estrangeres n'avoient peu esbranler, se defist et ruinast d'elle-mesme et de ses propres mains. Et pour ce que les premières divisions n'y avoient peu suffire, et qu'en nos premières querelles pour la Religion, le trouble qui s'estoit fait au Royaume avoit bien apporté de l'émotion * en ses membres, mais nulle altération en sa forme, le grand secret a esté de subdiviser ce qui estoit le plus fort et puissant, qui estoil le party des catholique?, pour esbranler l'authorité du Prince, la clef de la voûte, et ostant le respect des loix et des magistrats, couper les nerfs qui maintenoient et soustenoient le Royaume. Comme * cela s'est fait, messieurs, vous l'avez veu ; bien est-il vray que la disposition du sujet ^, les vices et manquemens des Français ont fort aidé à l'artifice des estrangers. Tant y a qu'en peu de temps, et incontinent après l'accident® arrivé à Blois^ vous avez veu le Conseil d'Estat de la France se tenir à Paris en la maison de Dom Bernardin de Mendoze ^. Là ont esté prises toutes les belles resolutions qui ont esté exécutées pour extirper les loix et la mémoire du nom et de l'authorité royalle , pour establir une servitude et captivité parmy vous plus dure que celle des Indes '. Là fut pris le conseil d'emprisonner le Parlement, en exécution duquel vous vistes entrer en ceste maison sacrée une trouppe de voleurs, composée des plus bas et vils ministres de la justice, lesquels, l'espée au poing, vindrent arracher de dessus les sièges sacrez ces vénérables vieillards, aux pieds desquels ils estoient à genoux et teste nuë deux jours auparavant. Vous fustes tous menez en triomphe à la Bastille, sans excepter mesmes ceux que ces pendards estimoient de leurs amis et plus zelez à leur parly. Car aussi n'estoit-ce pas aux personnes qu'ils en vouloient, c'estoit à leur dignité et à leur magistrat **> ;

i. Supporté.

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