Cette pièce es', de Gilles Durant, vou' page
Vostre asne, hélas ! o quel eunuy !
Je meurs quand je repense à luy,
Vostre asne, qui par advanture,
Fut un chef-d'œuvre de nature,
Plus que l'asne Apuleyen t.
Mais quoi ? la mort n'espargne rien:
11 n'y a chose si parfaicte
Qui ne soit par elle deffaicte.
Aussi son destin n'estoit pas
Qu'il deust vivre exempt du trespas :
Il est mort et la Parque noire
A l'eau du Styx l'a mené boire,
Styx, des morts l'éternel séjour
Qui n'est plus passable 2 au retour.
Je perds le sens et le couiage 3,
Quand je repense à ce dommage,
Et tousjours depuis en secret
Mon cœur en gémit de regret :
Tousjours, en quelque part que j'aille,
En l'esprit me revient la taille,
Le maintien et le poil poly
De cet animal tantjoly;
J'ai tousjours en la souvenance
Sa façon et sa contenance :
Car il sembloit, le regardant,
Un vray mulet de président,
Lorsque d'une gravite douce.
Couvert de sa petite housse.
Qui jusqu'au bas lui devalloit *•,
A Poulangis S il s'en alloit,
Parmy les sablons et les fanges
Portant sa maistresse à vendanges,
Sans jamais broncher d'un seul pas;
Car Martin souffert ne l'eust pas,
Martin qui tousjours par derrière
Avoit la main sur sa croupière.
Au surplus un asne bien faict, Bien raembru, bien gras, bien refaict 6,
1 L'âne d'Apulée; allusion au roman d"Apulért dont le héros Lucius est inclamorphosé en âne. — Scandez Apuléiiiin.