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En réalité

42 LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.

lions loyales de Maxnnilien de Déthune, Vun des plus confidents, familiers et utiles soldats et serviteurs du grand Mars des François.

Dédiés à la France, à tous les bons soldats et tous peuples François ^.

Ils conliennent le récit des faits militaires, politiques, administratifs de Henri IV et de son ministre. La forme de ce récit en rend la lecture monotone et pénible. Sully fait intervenir ses quatre secrétaires qui lui racontent longuement tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a dit, c'est-à-dire ce que lui-même leur a raconté. Et comme Sully aime la louange, les fai!s sont invariablement présentés sous le jour le plus favorable à ses prétentions. Ses moindres actions sont enregistrées minutieusement et commentées avec un soin jaloux. Le fond du récit repose sur des pic-ces authentiques, le plus souvent intercalées dans le texte. Sully n'a pas de vues originales comme un Richelieu, ou un Mazarin ; ses idées sont celles de Henri IV ; mais par la fermeté avec laquelle il a embrassé et s'est approprié la pensée politique de son maître, par l'énergie de son dévouement au roi et à l'Etat, Sully a sa grandeur ; et quand les fortes qualités de son caractère et de son esprit viennent se réfléchir dans ses mémoires, son langage trop souvent terne et languissant se colore et s'anime.

Soit que les secrétaires de Sully embarrassent de leurs longueurs la rédaction de ces Mémoires, ou que Sully lui-môme soit plutôt homme d'action qu'écrivain, son langage est bien plus précis et plus ferme quand les Mémoires rapportent les paroles ou discours quil a prononcés, que lorsqu'ils racontent ou jugent les événements. Lors de la fameuse discussion au Conseil sur le rappel des jésuites, M. de Sillery, jaloux de Sully, s'efforce de le rendre suspect au roi, en insinuant qu'il dépend du parli réformé, et attend pour se prononcer» qu'il ait fcàit un voyage à quatre lieues d'icy » '. Sully se lève: « Monsieur, vostre énigme est fort facile à deviner, et pour y satisfaire, je vous

1. Tel est le titre des Mémoires dans l'édition princeps dont les deux premiers \olumos ont été publiés au château même de Sully en 1638. L'ouvrage est censé avoir été imprimé à Amestelredam (Amsterdam) à l'enseigne des Trois Vertus couronnées d'amaranthe (les trois vertus immortelles, toi, Espérance, Charité, chez Alethinosyraphe de Clearélimélée et Graphexechon de Pistariste (c'est-à-dire chez Eerivain-vdridiqua de la ville Gloire-

Vortu-Snin, et Secrétaire Eniérite de la ville de Haute-Probité).

Les deux derniers volumes ont été publiés plus tard, en 1662.

En 1745 l'abbé de l'Écluse a donné une édition rajeunie et tronquée des Mémoires, où la physionomie do Sully est complètement dénaturée.

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