A Ablon, où se tenait le prêche des protestants
AUTEURS DE MÉMOIRES
diray qu'en matière de religion nuls hommes ne sont mes oracles, mais la seule parole de Dieu, non plus qu'en affaires politiques et d'Estat, je n'en ay point d'autres que la vois el la volonté du roy ^ ». On connaît ses belles parades à Henri IV qui exposait imprudemment sa vie en face de l'ennemi, èully le supplie d'être prudent. « Voilà un discours de gens qui ont peur, répond Henri IV, je ne l'eusse pas attendu de vous autres. » « 11 est vrai. Sire, réplique Sully, mais seulement pour Yostre personne qui nous est si chère. Que s'il vous plaît vous retirer avec le gros qui a passé le vallon et nous commander d'aller pour vostre service ou vosire contentement mourir dans ceste forestde piques, vous recognoistrez que nous n'avons point de peur pour nos vies, mais seulement pour la vostre ^. »
On retrouve tout entier dans les OEconomies Royales cet homme énergique, âpre, orgueilleux, travaillant avec ardeur à la grandeur et à la fortune de la France, sans perdre de vue la sienne propre. Dans la première partie de ces Mémoires, lorsque Sully n'est pas encore sûr de sa fortune et qu'il a plus d'un rival redoutable à supplanter, le vrai caractère des événements et des personnages est quelquefois dénaturé à son profit. Dans la dernière, lorsqu'il est disgracié après la mort de Henri IV, ses jugements deviennent amers et injustes. Dès qu'il a perdu celui en qui il aimait la France, sa per^nnalité exigeante et morose reparaît; le dépit et la rancune laissent voir qu'il y avait de la sécheresse etdel'égoïsmeau fond de ce cœur si loyalement dévoué au Béarnais. De là les jugements sévères des contemporains de Sully. Il n'en est guère que sa dureté n'ait froissés. «Pour mon regard, écrit l'Etoile en 1609, j'honorerai toujours la grandeur en lui et en autrui ; mais je ferai plus de cas d'un grain de bonté que d'un monde entier de grandeur.»
Les Lettres du cardinal d'OssAT^et les iVe(70cm^?'o?is du président Jeaisnin sont les monuments les plus importants de la diplomatie française sous le règne de Henri IV. Au quinzième siècle et dans la première moitié du seizième, on semble croire que l'ha-
1. (Economies royales, ïl, chap. xxx (p. 310 de l'éd. pricc).