Mais
bonne, qu'ils goustoienl assez par le bon appélit qu'ilz y prenoient (le diable y ait part !) sans l'assaisonner dadvantage, et en faysoyent pis qu'on ne leur conscilloyt ! Il s'en pourroyt làdessus alléguer force exemples, feuillet par feuillet, qu'il n'y auroyt rien à dire * ; sur quoy j'ay ouy dire à de grands théologiens et jurisconsultes que jamays ils n'ont veu proffiter les personnes qui avoyent esté condemnées ^ et mises à ' prester le serment sur une chose incertaine en jugemant S et sur les Saintes Évangiles ou reliques, qui le fesoyent faux et se perjuroyent ^.
Que doyvent donc craindre les grands, et quels maux, peynes et misères et fins ^, que volontiers je pariiculariseroys'', sont tombées sur tous ces grands que je viens d'alléguer ! Je parle aussi bien pour les grundLS dames et princesses, qui sont aussy varéables^, en leur foy que les hommes, et quasi tous et quasy toutes la changent et diversifient aussi souvent qu'ung comédiant^ ne change d'habitz en un eschafaud *°. Si " faut-il croyre q u'il y a un Dieu qui ne manque, quoy qu'il tarde, aux vengeances !
{Vies des grands capitaines estrangers, ch. VI : iero?/ Ferdinand d'Arragon. Œuvres complètes de Brantôme, édit. L. Lalanne^ t. I, p. 122-124.)
S. Bayard.
En cesie mcsmc retraicte '^ fut tué aussy ce gentil et brave M. de Bayard, à qui ce jour M. de Bonnivet, qui avoit esté blessé en un bras d'une heureuse harquebusadc, et, pour ce, se faisoit porter en litière, lui donna toute la charge et le soin de l'armée, et de toute la retraicte, et luy avoit recommandé l'honneurde France. M. de Bayard quiavoiteu quelque picqueauparavanl avec luy, respondit (ce dict l'Espaignol '^) : « J'eusse.forl voulu,
dire
'lien
Si bien qu'il n'y uurait l'icn g re-
Obligées.
Mises en demeure de.
Contestable en justice.
Se parjuraient.
Morts.
J'exposerais en détail.
Variables.
Italianisme : commcdiante , comé-
Sur une scène, un théâtre.
Ainsi.
L'amiral de Bonnivet, chargé du
eonmiandenicut de l'armée française dans le Milanais (I52.'j), n'y avait fait que des fautes ; forcé par une blessure de quitter ses troupes, il les confia à Bayard qui, battuàUebec, sauva l'armée en lui faisant passer la Sesia à Uomagnano, sous le feu des Espagnols. Hesté le dernier pourcouvrirlaretraile, il fut blessé à mort (1524). Bonnivet se lit tuer l'année suivante à l'avie.
13. Vallès, écrivain espagnol à qui on doit une histoire du marquis de Pescayre (1558 el 1570, in-8o). Itiantônie, dans le récit qui suit, lui fait divers emprunts.
« et qu'il eust ainsy pieu à Dieu, que vous m'eussiez donné ceilo « charge honnoruble eu fortune plus favorable à nous autres « quast'heure ' : loutosfois, ainsy que ce soit que l'advanturc^ « traicte avec moy, je foray en sorte que, tant que je vivray, « rien ne tumbera entre les mains de l'ennemy que je ne le « detlende valeureusemenf... «
Aiîisy qu'il lo promit il le tint; mais les Espagnols et le mafrquis de Pescnyre ', usant de l'occasion, furent si opportuns à chasser les François, qu'ainsy que M. de Hayard les faisoil retirer tousjours peu à peu, voicy une grande mousquetade qui donna à * M. de Bayard, qui luy fracassa tous les rains.
Aussitost, se sentant frappé, il s'escria:« Ah '.mon Dieu ! je suis mort. » Si prit son espée par la poignée, et en baisa la croisée * en signe de la croix de Nostre Seigneur ; il dict tout haut : Miserere 7nei, Deusl puis, comme failly des esprilz, il cuida tumber * de cheval ; mais encor eust il le cœur de reprendre l'arçon de la selle, et demeura ainsy jusqu'à ce qu'un gentilhomme, son maistre d'hoslel, survint, qui luy aida à descendre et à l'appuyer contre un arbre.
Soudain vi yla une rumeur, parmy les deux armées, que M. de Bayard estoit mort. Voyez comme la Renommée soudain trompette le mal comme le bien. Les nostres s'en effrayarent grandement; si bien que le désordre se mit parmi eux, et les impériaux' à les chasser. Si 'n'y eust il gallant homme parmi eux qui ne le regrettasl; et le venoit voir qui pouvoit, comme une belle relique^ en passant et chassant tousjours '; car il avoil ceste coutume de leur faire la guerre la plus honnestc du monde et la plus courtoise; et y en eut aucuns qui furent si courtois, et bons qui le voulurent emporter en quelque logis la prés; mais lui les pria qu'ils le laissassentdans le champ mcsme qu'il avoit combattu, ainsi qu'il convenoit à un homme ce guerre, et comm' il avoit tousjours désiré mourir armé...
Sur ce, arriva M. le marquis de Pescayre, qui lui dict : «< Je <( voudrois de bon cœur, monsieur de Bnyard, avoir donné la « moictié de mon vaillant '", et que je vous tinsse mon prisonnier « bien sain et sauve, aftin que vous vous puissiez ressentir, par
1. A cette heure ; cf. plus haut, p. 2ô, i. Atteignit, j. I 5. Poignée en forme de croii
î. De quelque manière que la fortune .igisse avec moi.
3. Ferdinand-François d'Avalo, marquis de Pescayre (Pescara, dans les Abruzzes), célèbre général de CharlcJ- «Juint, reconquit le Milanais.