Id. ibid. 1, p
3. Arnaud d'Ossat naquit en 1536 à Cassagnabère, dans le diocèse d'Aucii, d'une famille obscure. Orphelin à neuf ans, il fut élevé par un seigneur du diocèse d'Auch, qui lui fit donner une solide instruction. Après avoir étudié le droit à Bourges sous Cujas, il se fit recevoir avocat au parlement de Paris, et obtint
une charge de conseiller au présidial de Melun. Paul de Foix, archevêque de Toulouse, ambassadeur de Henri III à Rome, se l'attacha en qualité de secrétaire. Chargé de réconcilier Henri IV avec le Saint- Siège, il s'acquitta avec succès de cette délicate mission. Le prince pour le récompenser le mmma à l'évéché de Rennes Jlo96), lui donna le titre de conseiller dÉtat (1397) et lui fit obtenir le chapeau d cardinal (1599). Il mourut en 1604,
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVl" SIECLE.
bileté politique est inséparable de la ruse et de la fourberie : formée à l'école italienne, la diplomatie porte en quelque sorte l'empreinte de Machiavel, dont Lanoue dans ses Discours a dénoncé l'influence pernicieuse*. Les grands diplomates de Henri IV vont porter au contraire dans les négociations qui leur sont contiées un caractère remarquable d'honnêteté et de droiture qui, joint à la connaissance des hommes et des choses, donne à leur langage une élévation sérieuse et une dignité soutenue. La politique nouvelle dont ils sont les représentants, claire, nette et précise, peut avouer son but et proclamer les principes sur lesquels elle se fonde; elle n'a plus besoin de se faire artificieuse et déloyale pour être habile.
Les Lettres du cardinal d'Ossat eurent longtemps la réputation d'un livre classique en diplomatie. En 1747, lord Chesterfield écrivait encore à son fils: « La simplicité et la clarté des Lettres du Cardinal d'Ossat montrent comment doivent s'écrire les lettres d'affaires. Nul détour affecté, nulle recherche d'esprit n^obscurcif, ou n'embarrasse sa matière, toujours exposée simplement et clairement, comme le demandent en général les affaires ^. »
11 y a quelque chose de plus dans les Lettres de d'Ossat que cette précision et cette simplicité que Chesterfield admire avec raison: un sentiment pi^fond de la dignité de la nation et du souverain qu'il représente, avec une vigilance continuelle à ne point compromettre les graves intérêts qui lui sont confiés. Nous ne pouvons nous défendre d'en citer au moins un exemple. Le roi d'Espagne intriguait près du pape voulant qu'avant d'accorder l'absolution à Henri IV, on obtînt de lui « des sûretés.» «J'ai répondu, écrit fièrement d'Ossat au secrétaire d'Etat Villeroy, que Sa Majesté se faisant catholique a bien renoncé à ses erreurs passées, et en cela s'est séparée de la reine d'Angleterre, du comte Maurice et de tous ceux qui errent comme eux, mais il n'a pas renoncé à la loyauté!.... Outre que notre roy ne manque jamais de parole à personne, les roys de France n'ont accoutumé de donner autre seureté que leur parole, leur seing et leur sceau ^. »
On lit dans Fénelon : « Le vieux langage se fait regretter quand nous le retrouvons dans Marot, dans Amyot, dans le cardina d'Ossat, dans les ouvrages les plus enjoués et les plus sé-