‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 362 sur 725 · CONTEURS. — MARGUERITE DE VALOIS · texte numérisé non relu

CONTEURS. — MARGUERITE DE VALOIS

tousjours (endans à la vertu, et qui ont le cueur si hault et si honneste qu'ils ne veulent, pour mourir \ mettre leur fia ^aux choses basses que l'honneur et la conscience reprouvent ; car l'ame, qui n'est créée que pour retourner à son souverain bien, ne faict, tant qu'elle est dedans le corps, que désirer d'y parvenir. Mais ;\ cause que les sens par lesquels elle en peut avoir nouvelles, sont obscurs et charnels par le péché du premier père, ne luy peuvent ' monstrer que les choses visibles plus * approchantes de la perfection, aprùs quoi* l'ame court, cuidans*^ trouver, en une beaulté extérieure, en une grâce visible et aux vertuz morales, la souveraine beaulté, grâce et vertu. Mais quand elle les a cherchez et expérimentez et elle n'y trouve point celuy qu'elle ayme, elle passe oultre ainsi que l'enfant qui, selon sa petitesse, ayme les poupines et aultres petites choses les plus belles que son oeil peut veoir, et estime richesses d'assembler des petites pierres ; mais en croissant, aime les poupines vives '', et amasse les biens nécessaires pour la vie humaine. Mais quand il congnoist, par plus grande expérience, que es choses territoires n'y a perfection ne félicité *, désire chercher le facteur et source d'icelle. Toutesfois, si Dieu ne luy ouvre l'oeil de foy, seroit en danger de devenir d'un ignorant ung infidèle philosophe. Car foy seulement peut monstrer et fairerecevoir le bien, que l'homme charnel et animal ne peut entendre.

{L' Heptaméroii des Nouvelles; Nouvelle xix, tome II, p. 111, de l'éd. Leroux de Lincy.)

2. Sur ceux qui s'enorgueillissent de vaincre leurs passions.

11 y en a, dist Geburon, qui ont le cueur tant adonné à l'amour de sapience, que pour choses que sceussent oyr ^, on ne les sçauroit faire rire; car ilz ont une joye, en leurs cueurs, et ung contentement si modéré, que nul accident ne les peut muer *<>. — Où sont ceulx là? dit Hircati. — Les pbilosophes du temps

Page 1