Ici la construction est brisée; la ' 5. Pensai
elle de bonne guerre ? Vray Dieu, quand est- ce que jamais je fis prendre les armes aux miens contre vous? Quand est-ce que je ne vous ay respectez dedans ma bonne fortune, je veux dire vostre Roync ', comme celle à laquelle j'estois plus proche à succéder ? Donnons- que j'eusse pris les armes, et que par un désastre de guerre, je fusse tombée en vos mains ; que despendoitil * de ceste prise ? A prendre les choses à leur pis, j'en devois estre quitte pour une rançon, à laquelle vous ne me voulustes jamais mettre. Je n'estois ny vostre sujette, ny prisonnière de bonne guerre : pourquoy me voulusles-vous confiner en une perpétuelle prison? Si j'avois commis quelque faute, estois-je vostre justiciable, pour vous en rendre compte ? Ce n'est point cela, ce n'est point cela ( je parle à vous, Puritains, qui d'un cœur dévot et contrit, plus sages que tous vos ancestres, allambiquez une quinte-essence de nostre Religion Chrestienne) ; il y eut quelque autre anguille sous rochequi me causa ceste prison. Et quand quelque faute y eust euë^ dont je n'estois responsable qu'à Dieu, certainement la prison de dix-neuf ans esloit un temps trop plus que suffisant pour expier par une longue pénitence le péché envers Dieu, et mériter quelque pardon envers les hommes, qui considérera ^ le rang que j'ay soutenu, et qu'un seul jour de prison m'a esté plus pénible que la mort extraordinaire que je vois*' soulTrir. Et, non assouvis de ceste prison, vous m'avez pourchassé cette mort', qu'estimez* m'estre honteuse ; et moy, je la pren à gloire : si tant est qu'en ce pileux estât où je suis réduite, ceste vanité se doive loger dans mon ame^.
{Recherches de la France, VI, ch. xv, page 502 de l'édition de 1621 : cf. l'édit. de M. Feugère, I, page 109.)