Cela
5. Dans cette traduction des Pastorales de Lungus, Aniyot s'était servi d'un texte tr^s-défectueux, et même dans les parties Où ce texte était correct, il avait commis un certain nombre d'inexactitudes. Paul-l.ouis Courier, aussi savant helléniste qu'habile écrivain, entreprit de corri-jcr la traduction d'Aniyot, et de la compléter en conservant ou en reproduisant autant que possible les grâces du style du traducteur. On ne peut qu'admirer le travail de Courier. En voici un fragment, correspondant au début du morceau que nous .avons cité : « Une barque de pêcheurs parut, qui voguoit le long de la côte. Il ne faisoit vent (|uclconquc et etoit la mer fort calme, au moyen de quoi ils alloient à rames et ramoient à la plus grande diligence qu'ils pouvoient, pour porter en qutdique riche maison de la ville leur
poisson tout frais péché ; et ce que tous mariniers ont accoutumé de faire pour alléger leur travail, ceux-ci le faisoient alors ; c'est que l'un d'eux chantoit une chanson marine dont la cadence régloit le mouvement des lames, et les autres de même qu'en un chœur de musique, unissoient par intervalles leur voix à celle du chanteur. Or, tant qu'ils voguèrent en pleine mer, le son dans cette étendue se perdoit et la voix s'évanouissoit en l'air : mais quand ils vinrent à passer la pointe d'un écueil et entrer en une baye profonde en forme de croissant, on ouït bien plus fort le bruit des rames, et bien plus distinctement le refrain de leur chanson ; parce que le fond de la baye se terminoit en un vallon creux, lequel recevant le son, comme le vent qui s'entonne dedans une llùte, rendoit un retentissement qui representoit à part le bruit des rames, et la voix des chanteurs à ])art, chose plaisante à ouïr. Car comme une voix veuoit d'abord de la mer, celle qui répondoit de terre résonnoit d'autant plus tard que plus tard avoit commencé l'autre. »
ÉRUDITS ET SAVANTS. — BERNARD PALISSY. 1 b9