Propreté
XVl' SIÈCLE. 10
d'autant mieux que mieux il est accommodé d'eau. Du profit qu'en dirons-nous? N'est-ce pas l'eau qui par ses arrousemens convertit en bonne la mauvaise terre, la rendant propre à produire abondamment, arbres, fruicts d'iceux, foins, herbes des jardinages, et plusieurs autres biens, mesme' blés et vins? Aussi à telle occasion, est-elle dicte asseurée alchumie ^ d'autant qu'en peu de temps elle se convertit en or et argent, par le moyen des choses susdictes ; et par les divers moulins qu'elle anime, souventes fois avec revenu excédant celui de la terre. En l'article du profit venant de l'eau sera couchée ' la pesche; autant grand qu'on le pourroit imaginer; comme ailleurs particulièrement je l'ai représenté *.
Ces choses recogneues de toute ancienneté, les hommes ont tasché de s'accommoder d'eau, selon que leurs esprits et facultés leur en ont suggéré les moyens. La Nature aussi y a travaillé d'elle-mesme, en plusieurs lieux, mais avec grande merveille, en Egypte où l'eau du Nil s'enflant inonde la terre trois mois continuels; passé ce temps-là, l'eau retirée laisse un gras limon sur lequel le peuple sème son grain avec peu de labeur et grand rapport. Mais par ^ ne pouvoir estre imité tel arrousement naturel, je n'en discourrai plus avant, ni de plusieurs autres admirables eaux, dont Pline, Vitruve et autres Anciens font mention, pour mettre en évidence l'ingénieuse invention de Crappone, gentil-homme Provençal qui en l'année mil cinq cens cinquante sept fit conduire à Selon de Craux en Provence un bras de l'eau de la Durence, par un large canal prins à cinq lieues de ladicte ville. Ceste eau-là, pour avoir faict changer de \isage aux terroirs qu'elle arrouse, leur a causé d'autant plus de profit qu'auparavant ils estoient de peu de valeur, à raison do l'importune chaleur méridionale du pays : et si a utilement accommodéde moulins les peuples decequartier-là, à lalouangc de l'inventeur, duquel la mémoire se conserve avec la jouissance du fruict de son patient labeur.
[Théâtre d'agnculturc ', septicsme Heu, Avant-propos; tome If,
p. 5J8 de l'édition Huzard, 2 vol. in-4°. Paris, 1804-o.)
1 gurtout. I 4. Au chapitre xui du lieu V.
2 Alchimie qui no trompe pas. 5. Parce que tel arroscmont naturel ne -.'■. Knreeistrée. ' pc"l cire imité.