‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 47 sur 725 · Pantagruel, 11, prologue · texte numérisé non relu

Pantagruel, 11, prologue

4. L'Italien Théophile Folengo, né à Cipada près de Mantoue, publia en 1517, sous le pseudonyme de Merlino Coccaio, un poëmc héro'i-comiquc écrit en latin macaroniquc. Les héros en sont Baldus, descendant de Renaud do Montauban et son ami le subtil Cingar, homme sans scrupules, toujours content de lui. L'histoire macaronique de Merlin Coccaio a été traduite en français en 1606.

roman, tandis que le premier livre de Pantagruel devenait le second. Rabelais, qui s'était caché sous l'anagramme de maistre Alcofribas Nasier, signa franchement de son nom le troisième et le quatrième livre qu'il donna, comme suite à son Pantagruel, en 154() et en 1525. On sait que le cinquième et dernier livre ne parut que longtemps après la mort de Rabelais, et qu'on en a contesté l'authenticité^.

Ce qui frappe tout d'abord dans le roman de Rabelais, c'est une gaieté intarissable, une verve joyeuse, franche et communicative;mais cette gaieté dégénère souvent en bouffonnerie; cette verve devient une sorte d'ivresse qui le conduit jusqu'à l'extravagance et au dévergondage. Alors sa fantaisie et sa licence ne connaissent plus de bornes ; il déroute le lecteur par la bizarrerie de ses inventions burlesques ; il le rebute par la crudité de ses peintures et de son langage. Dans le prologue du Gargantua, Rabelais déclare qu'il faut chercher sous cette enveloppe grossière les vérités qu'elle recouvre et briser l'os pour sucer la moelle, on se tromperait si l'on entendait par là que le cynisme affecté par Rabelais n'est qu'un masque pour déguiser prudemment la hardiesse de sa pensée : Rabelais s'arrête complaisamment sur les choses indécentes, malpropres ; en ces matières son imagination est inépuisable. Mais ce serait une erreur non moins grave de ne voir en lui qu'un bouffon, et l'on ne saurait admettre ce jugement de Voltaire : « Notre curé de Meudon, dans son extravagant et inintelligible livre, a répandu une extrême gaieté et une plus grande impertinence ; il a prodigué l'érudition, les ordures et l'ennui^. » Au premier abord on ne voit dans le Gargantua et dans le Pantagruel qu'une épopée burlesque où, au milieu d'une action décousue, extravagante, des personnages fantastiques accomplissent les actes les plus bizarres, en dehors de toutes les lois de la vraisemblance; où le jeune Gargantua tette dix mille vaches, et devenu grand, prend les cloches de Notre-Dame pour les attacher à sa mule ; où il mange des pèlerins en salade, fait descendre dans son estomac des ouvriers pour l'examiner et le nettoyer; où il visite les régions les plus fantastiques, le pays de dames Lanternes, le royaume des Andouilles, l'île des Papefigues et des

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