Description d'amour
Ou'ost-ce qu'Amour ? Est-ce une déité Régnante en nous? ou loy qui se contente* De nous, sans force et sans nécessité ?
C'est un pouvoir, qui, par secrette sente ^,
i. Sibilet, dans son Art poétique {11, x; folio G:i, \erso, édit. de ISSS) cite C tto description imitée d'une chanson du poêle italien Bembo, comme exemple du genre qu'il appelle défininon. Elle est en tcrccls ou rimes (lyrciitiuus.
2. Ou est-ce une loi qui réside simplement en nous, sans qu'une divinité nous l'impose par force, par nécessité ?
3. Sentier, du latin semita. Sente se dit encore aux environs de Pans.
POETES DE loOO A 1550. — MELIN DE SAINT-GELAIS. i97
Se joint au cœur, dissimulant sa force, Et se fait maistre avant que Ton le sente.
C'est un discord et gênerai divorce, D'entre les sens et le vray jugement, Laissans le fruict pour la fueille et l'escorce.
C'est un vouloir qui n'a consentement Qu'à refuser ce qu'il voit qui l'asseure De luy donner meilleur contentement.
C'est un désir qui, pour attendre une heure ^, Perd beaucoup d'ans, et puis passe comme ombre, Et riens de luy fors douleur ne demeure.
C'est un espoir qui pâlie et adombre ^ Le mal passé, et l'estimation Del'advenir, qui n'a mesure ou nombre.
C'est un travail d'imagination, Qui, variant par crainte et espérance, Oisive rend toute occupation.
C'est un plaisir qui meurt à sa naissance, Un desplaisir, qui plus est en saison.
Quand de sa fin plus on a d'asseurance.
C'est un portier, qui ouvre sa maison Aux ennemis, et aux amis la ferme, Faisant les sens gouverneurs de raison.
C'est un refus, qui asseure et afferme; Un affermer, qui desasseure et nie.
Rendant le cœur en inconstance ferme *.
C'est un jeusner '* qui paist et rassasie, Un dévorer ° qui ne fait qu'alîamer, Un eslre sain en fièvre et frénésie.
C 'est un trompeur qui sous le nom d'aimer Tienltout en guerre, et tout reconcilie, Sachant guérir ensemble et entamer.
C'est un effort qui eslraint et deslie, Une foiblesse en puissance si grande Que tout bas hausse et tout haut humilie ^.