‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 474 sur 725 · Sérail pénible · texte numérisé non relu

Sérail pénible

peu de pause i, tenant tousjours la couppe en sa main, puis a recommencé à dire : « L'on ne doibt jamais laisser de faire honneur aux Dieux, pour quelque inconvénient qui advienne. • Ainsi a posé la coupe, puis elle a prins le coffret où elle avoit mis les joyaulx dont elle vouloit faire offrande à Juno et s'en est allée au temple là où devant l'autel à genoux elle a dévotement prononcé ces paroles : « 0 Royne du ciel, avant que de mourir, qui sera premier que 2 le soleil se couche aujourd'huy, je vous viens offrir ces oblations premières et dernières, bien différentes de celles que j'esperois n'a gueres vous présenter, vous suppliant que, si jamais l'humble service de ma dévotion vous a esté agréable, et si jamais vostre bonté a eu compassion de ceste pauvre province d'Afi'rique, il vous plaise ores regarder eu pitié ce petit enfant, lequel s en va demourer privé de père et de mère avant que d'arriver au deuxiesme an de son aage.etle préserver de l'ignominie de servitude. Non jà en la manière que je m'en garantiray maintenant ; ains plus heureusement, de sorte que les ans qui par mort précipitée seront soustraits à ma vie soient adjoustez à la sienne afin qu'à l'advenir il puisse estre resource 3 de son infortuné lignage. En après * vous plaise aussi avoir pitié de ces pauvres miennes femmes queje laisse comme brebiettes au milieu des loups affamez. Prenez en protection, s'il vous plaist, leur honneur et leur vie. » Ces parolles dictes, elle s'en est retournée en sa chambre, là où sans délayer 5 elle a prins et beu constamment 6 tout le poiscm entièrement, sans en rien laisser.

Dames.

0 pauvre Dame ! le cueur me disoit bien que ce présent d'une coupe que je vev 1 envover, n'apporteroit qui 8 nous deùst plaire. Mais achevez, je vous prie, de nous compter le demeurant 9.

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