Homère, le chantre de Méonie, en lA'die
Bref je ne monstre icy d'un vers Horatien i
Les vices et vertuz du poëme ancien :
Je ne dépeins aussi lePoëtedu Vide^
La court est mon autheur, mon exemple et ma guide*.
Je te veux peindre icy, comme un bon artisan,
De toutes ses couleurs l'Apollon * Courtisan :
Où la longueur sur tout il convient que je fuye,
Car de tout long ouvrage à la Court on s'ennuye.
Celuy donc qui est né (car il se fault tenter^ Premier que ' Ion se vienne à la court présenter) A ce gentil mestier, il fault que de jeunesse Aux ruses et façons de la court il se dresse. Ce précepte est commun : car qui vcult s'avancer A la court, de bonne heure il convient "^ commencer.
Je ne veulx que long temps à l'estudeil pallisse^ Je ne veulx que resveur sur le livre il vieillisse, Fueilletant studieux tous les soirs et matins Les exemplaires Grecs, et les autheurs Latins*. Ces exercices-la font l'homme peu habile, Le rendant catarreux, maladif et débile, Solitaire, fâcheux, taciturne et songeard; Mais nostre courtisan est beaucoup plus gaillard, Pour un vers allonger, ses ongles il ne ronge ; Il ne frappe sa table *; il ne rêve, il ne songe. Se brouillant le cerveau de pensemens divers. Pour tirer de sa teste un misérable vers. Qui ne rapporte, ingrat, qu'une longue risée Par tout ou l'ignorance est plus '° autliorisee.
Toy donc qui as choisy le chemin le plus court. Pour estre mis au ranc des sçavans de la court. Sans mascher le laurier, ny sans prendre la peine De songer en " Parnasse et boire à la fontaine'* Que le cheval volant'* de son pied fit saillir, Faisant ce que je dy, tu ne pourras faillir.