‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 52 sur 725 · Ju(,'c et consul des marchands à Poitiers · texte numérisé non relu

Ju(,'c et consul des marchands à Poitiers

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tiers, où l'on cause sur le vin, sur l'eau, surles aliments; sur les juges, les proct^'s et les plaideurs; sur les inédeeins ; sur les voleurs ; surles boiteux aveugles ; sur les femmes et les tillos, etc., abondent en détails sur les mœurs et les usages de la province à la On du seizii^'uio siècle ; c'est celte qualité qui les fait encore lire par les lellrés.

Dans les Escraidnes Lijrmnai^ies de TABornoTnrs Accords (1608), de petits bourgeois de la ville de Dijon racontent A tour de rôle dcsbistorietfes de médiocre intérêt. Knfin, le Moyen de parvenir (I6I"2) de Bkhoai.dk de Vervu.i.e est une œuvre étrange où l'auteur, pour piquer la curiosité, réunit les personnages les plus disparates. Il suppose une sorte d'énorme banquet où les anciens viennent s'asseoir à côté des modernes, où Aristole coudoie Amyot, Alexandre le Grand Don .Scot, IloraceCalvin, Charlemagne Assuérus, Arcliimède l'Ârétin, etc. Cbacun d'eux cause de (ouies choses avec une liberté, qui va jusqu'à la licence ; les réflexions piquantes, les mots plaisants, les histoires cyniques se succèdent au hasard sans autre lien que le caprice de la conversation. Chez la plupart de ces écrivains, et notamment chez le dernier, l'imitation de Rabelais est évidente. Mais si on retrouve par moments la gaîté facétieuse ou cynique du maître, rien ne rappelle son grand sens, sa philosophie, sa haute raison.

L'Amadis des Gaules est un roman de chevalerie espagnol dont l'origine est assez obscure, mais qui remonte vraisemblablementà un roman français, aujourd'hui perdu, du moyenûge, du cycle de la Table Ronde. Vers la tin du quinzième siècle, un écrivain espagnol, Garcia Ordonez Montalvo publia une édition remaniée et développée des anciens livres de YAmadis et cette édition devint rapidement populaire au delà des Pyrénées. Aux quatre livres écrits par Montalvo, on ajouta successivement des suites qui en triplèrent le nombre. Kn i.-iiO, le seigneur IIkiibe- BAY DES EssABTs entreprit la traduction de YAmadis de Montalvo et deses continuateurs, et publia jusqu'en lb48 huit livres correspondant à peu près aux huit premiers livres du roman espagnol. On accueillit avec faveur ce roman d'aventures héroïques et galantes qui célébrait les amours mystiques et platoniques, ou les hauts faits d'armes des vieux chevaliers, f/esprit des romans de la Table Ronde sembla revivre un moment avec les traditions de la chevalerie. Le charme de l'original se retrouvait dans l'œuvre plus élégante que fidèle du traducteur, écrite d'un style facile et naturel. Durant toute une génération on s'enthousiasma pour l'Amadis. « Les livres d'Amadis, dit La Noue

sont venus en évidence parmi nous en ce dernier sii'^cle ; mais, pour en parler au vray, l'Espagne les a engendrez et la France seulement les a revestuz de plus beaux habillements; sous le rogne de Henri II, ils ont eu leur principale vogue ; et croy que si quelqu'un les eust voulu alors blasmer, on luy eust craché au visage, d'autant qu'ils servoient de pédagogues, de joute et d'entretien à beaucoup de personnes ^)) C'est dans l'Amadis des Gaules, dit Pasquier, que « vous pouvez cueillir toutes les belles fleurs de nostre langue françoyse. Jamais livre ne fut embrassé avec tant de faveur que cestuy l'espace de vingt ans ou environ^. »

Des Essartseut desimitateurs etdes continuateurs, et demOme que les quatre livres de l'espagnol s'étaient multipliés jusqu'à douze, les huit livres de Des Essarts s'étendirent jusqu'à vingtquatre (15o0-1613). Mais le succùs s'attacha spécialement aux premiers livres qui devinrent un moment classiques, et à l'étranger on le mit entre les mains des enfants comme Ton met encore aujourd'hui le Télémaqiie ^ ; on le traduisit en allemand, en hollandais, en anglais. Celte vogue ne s'épuisa que vers la fin du seizième siècle, comme l'affirme Pasquier*. Toutefois, l'influence de VA7nadis, se transforma plutôt qu'elle ne s'éteignit. On la retrouve encore au commencement du dix-septième siècle, sous une forme nouvelle, dans l'Astrée,la Clélie, le Cyms.

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