Bruyants
D'une fraische et douce rosée Commence à brouter* et germer :
Pendant que les vents des Zephyres Flattent Je voile des navires Frisant la plaine de la mer;..,.
Et que la tresse blondissante De Cerés, sous le vent glissante, Se frize en menus crespillons ^, Comme la vague redoublée Pli sur pli s'avance escoulee Au galop dessus les sablons ;
Bref, pendant que la terre et l'onde, Et le flambeau de ce bas monde, Se rejouissent à leur tour ; Pendant que les oiseaux se jouent Dedans l'air, et les poissons nouent* Sous l'eau pour les feux de l'Amour;
Qu'il le souvienne, ma cliere ame *, De ta moitié, ta saincte flamme*, Et de son parler gracieux.
Des chastes feux et grâces belles, Et de ses vertus immortelles Qui se logent dedans ses yeux.
Qu'il te souvienne que les roses Du matin, jusqu'au soir écloses, Perdent la couleur et l'odeur, (^a printemps la douce despouille, Et que le temps pille et despouille) Les fueilles, le fruit et la fleur."
Souvienne toy que la vieillesse D'une courbe et lente foiblesse Nous fera chancelier le pas ®, Que le poil grison et la ride, Les yeux cavez" et la peau vuide Nous traîneront tous au trespas.
Va donc, et que ces charmeresses, Ces Muses, ces sœurs piperesses ^ N'encbantent Ion gentil esprit.
i. A faire pousser, à produire les pousses ou broutilles.