L'amour oiseau
Sous les grenadiers j'apperçoy d'aventure,
Hier, sur le mi-jour, un enfant que nature
A fait pour un chef-d'œuvre : il avoit en ses mains
Des pommes de grenade, et mille petits grains
De murte ' verdoyant; il avoit des flammèches.
Un arc d'yvoire blanc, d'or fin estoyent ses flèches,
Et portoit sur les yeux je ne sçay quel bandeau,
Des ailes sur le dos ; sa délicate peau
Estoit comme la neige encore non touchée,
Ou le lait caillette sur la verte jonchée *.
Il cueilloit de mon fruit encore le plus meur.
Voilant de branche en branche, et moi tremblant de peur,
Qu'en voilant ne rompist quelque fueillage tendre.
Comme trop fretillart, je cours pour le surprendre.
Mais soudain il eschappe, et sous les grenadiers,
Tantost sur les pavosts, tantost sous les rosiers,
Il s'escoule, et se glisse, ainsi que sous la gerbe
Le perdriau * tapi se desrobe dans l'herbe.
J'ay couru mille fois après de jeunes veaux
Qui ne faisoyent que naistre et après des chevreaux,
Mais ce garçon vrayment est bien toute autre chose.
Doncques me trouvant las, sur l'iierbe me repose*^.
Comme vieil et recreu ''j regardant curieux
Qu'il ne se dérobast finement* de mes yeux :
Sur un murte il se branche ^, et de son aile peinte
Rebatoit les rameaux : mais moi surpris de crainte
Qu'il n'en froissast quelqu'un, je me courrouce à luy,
Lui demandant pourquoy dans le verger d'autruy
Venoit '" si privémenl '^ Luy sans parolle dire
t. Pour ne pas entendre ces Sirènes.
2. Inspiré de l'idylle de Bion •I;t.i-:à; ÏTi xûfo;, iv iX'7ti StvSjàEvTi, etc. (Idylles, i). On a de Baïf une imitation assez faible de cette idylle. (l'ussc-temps, II).