Familièrement
Entr'ouvril doucement un délicat sourire,
Me jettant sur les yeux de sa petite main
Du mûrie et de ses grains qu'il portoit dans son sein.
Devant cesfc douceur aussi tost je demeure
Morne, triste et pensif; et promplement je meure S
Si ce ris délicat ne m'attendrit le cœur,
Me faisant oublier la colère et la peur.
« Père, dit cet enfant, ceste tendre jeunesse Que mon visage porte, a trop plus de vieillesse Et plus grand nombre d'ans que le père des Dieux, Que les flols de la mer, que la terre elles cieux. C'est moy qui rends du ciel les estoiles plus fieres, Et du forçant ' destin les ailes plus légères, Et n'eus ^ onc tel pouvoir sur tes petits troupeaux Que j'ay dessus les feux des célestes flambeaux : Tout ce qu'en l'univers la Nature mesnage, C'est pour moy seulement qu'ell' baslist son ouvrage : Par moy coullent les eaux, et les plus belles fleurs Du parfum de mon chef empruntent leurs odeurs. Mais dy-moy, je te pry, as-tu point souvenance D'avoir eu quelquefois de mon arc cognoissance? Et qu'en gardant tes bœufs je te rendis heureux. Alors qu'esperdûraent tu devins amoureux Des plus rares beautez d'une gentille amie...? »
(Ici, ibid. ; — p. 84.)