‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 55 sur 725 · Voir aux Morceaux choisis, p · texte numérisé non relu

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TRADUCTEURS

en traduisant, les moditications qu'il apporte au texte de Plutarque, de Longin, d'Héliodore sont si bien dans l'esprit de l'œuvre qu'elle gagne pour ainsi dire en clarté, ou en justesse. La langue d'Amyot est abondante, claire, éminemment française. Il est nourri de l'antiquité, mais il ne charge point son style d'expressions ou de tournures latines ou grecques. Son vocabulaire, comme sa syntaxe, est tiré de la tradition môme de notre langue; sa phrase se déroule avec ampleur et aisance, au milieu d'expressions vives, pittoresques, pleines de grâce et de fraîcheur. Il est en même temps familier, naïf, si bien que là même où Plutarque est subtil et raffiné, ces défauts disparaissent; et l'on fait honneur au savant écrivain de Chéronée, de la simplicité et du naturel d'Amyot. L'œuvre du traduc teur fait illusion, et en lisant ses traductions on croit lire une œuvre originale.

Le succès de cet ouvrage fut rapide et durable. Amyot vit pour ainsi dire jusqu'à sa mort chaque année marquée par une nouvelle édition, a Nous autres ignorants, étions perdus, dit Montaigne, si ce livre ne nous eût retirés du bourbier : samercy (grâce à lui), nous osons à cette heure et parler et escrire J. » Au dix-septième siècle, l'Académie française le compta parmi les modèles de notre langue, et sa place est restée à côté de Montaigne et de Rabelais parmi nos grands prosateurs.

Citons encore ici, bien qu'ils aient écrit pour la plupart en vers, les traducteurs des poètes latins ou grecs. En 1510, un certain Jehan Sanxox, prenant Homère pour un historiographe qu'il plaçait à côté de Darès le Phygien et de Dictys de Crète ^ translata en langage vulgaire les Iliades d'après la version latine de Valla. D'Aubigné prétend avoir vu une traduction en vers mesurés de l'Iliade due à un certain Mocsset^. En 1 543, IIdgues Salel* écrit envers de dix pieds une traduction exacte, mais faible, des six premiers chants de l'Iliade ; la mort l'empêcha d'achever son œuvre qui fut reprise un moment par Antoine de CoteL En 1337, Lazare de Baïf publie la traduction de l'Electre de Sophocle, en 1549 celle de VHécube que Bodchetel traduisit également plus tard ; la même année Sibilet donna VIphigénie en Aulide d'Euripide. En 1540, Charles Estienne traduisit en prose VAndrieitne de Térence, dont Octavien de Saint-Gelais ^ et

lire sur Amyot l'étude de M. de Blignières, Amyot et les traducteurs^ frajiçais au seizième siècle, Va.ris, 1851.

1, Essais, II, 4.

'J. Voii- plus loin p. 72, n. '■'<■

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