Je combine (des pensées). I i. Qui viendrait plus tard
Et contre son vouloir je l'ay favorisé; D'un de mes plus beaux traits j'ay son amc entamée, J'ay fait luire eu cent lieux sa vive renommée, PJt des meilleurs esprits je l'ay rendu prisé*.
« Je l'ay fait ennemy du tumulte des villes, J'ay repurgé son cœur d'affections serviles, Compagnon de ces dieux qui sont parmy les bois; J'ay chassé loin de lui l'ardente convoitise, L'orgueil, l'ambition, l'envie et la feintise, Cruels bourreaux de ceux qui font la cour aux rois.
« J'ay fait par ses escrits admirer sa jeunesse, J'ay reveillé ses sens engourdis de paresse, Hautain * et généreux je l'ay fait devenir; Je l'ay séparé loing des sentiers du vulgaire Etluy ay enseigné ce qu'il lui falloit faire Pour au mont de vertu seurement parvenir.
« Je luy ay fait dresser '■^ et la veuë et les ailes Au bien-heureux séjour des choses immortelles; Je l'ay tenu captif pour le rendre plus franc'*. Or, si quelque douleur luy a livré la guerre. Hé! qui sans passion ^ pourroit vivre sur terre, Ayant des os, des nerfs, des poulmons et du sang?... »
Ainsi parloit Amour avec grand'violence Puis nous teusmes ^ tous deux, attendant la sentence De Raison, qui vers nous son regard addressa " : « Vostre débat, dit-elle, est de chose ^ si grande Que pour le bien juger plus long terme il demande. » Et, finis ces propos, en riant nous laissa.
{Diane, I, — p. b3.)