Voir aux Morceaux choisis, ]p
2. Voir sur cette question, Joly, Benoit de Sainte-More et l'épopée troyenne an moyen âge (2 \ol. in 4°, 1871-72) dont nous résumons ici les recherches ; Zarncke, Vcber die Trojaner Sage der Franken, 1866.
3 . La plupart des peuples barbares conquis par Kome mettaient leur <;loire à se rattacher à la ville éternelle. Cicéron {Epi'iC ad. div.. Vil, 10) railleagréablement la prétention des Eduens à une parenté avec Rome. Diodore de Sicile (XXV, i) parle de l'antique parenté (otyféveiav iiaXaiav) qui unissait une tribu gauloise anx Romains. Tacite y fait allusion également (A (ijwtes, XI, 25). Les Bataves s'intitulent Fraires populi ro^naiii (Gruter, Corp, inscrip., CCCCXIX, )3). Les Arvernes déclarent descendre du sang troyen.
Arveriiique ausi Latio se fingere fratres Sanguine ab Iliaco {Lxicain, I, 427).
De même les Lyonnais, à eu juger par le
Lyonnais Sidoine Apollinaire qui réclame ce titre d'honneur pour sa patrie [Epist. VII, 7) :
Est luihi qui£ Latio se sanguine tollit alumiiaïa. Tellus Clara viris.
Ammieu Marccllin dit explicitement que, d'après certaines traductions, Marseille fut fondée par des Troyens fugitifs {Hist. XV).
4. Cette légende est intercalée dans la chronique anonyme attribuée àFrédégaire le Scolastique au milieu d'extraits de la chronique Eusébienne de saint Jérôme.
— Eusèbe, patriarche de Césarée, avait composé, vers 300, une chror.iipic grecque que saint Jérôme a traduite enlatin.
4, D'après cette tradition, deux autres tribus étaient venus s'étalilir, l'une dans la Macédoine où elle avait donné naissance aux Macédoniens ; l'autre sur les bords du Danube entre l'Océan et la Thrace où elle avait donné naissance à un peuple qui, du nom d'un de ses rois Turquatus, était appelé Torci ou Tuici
n LA LIÏÏEIUTURE FRANÇAISE AU XV!*^ SIÈCLE.
Dagobert avait donné une consécration officielle à cette fable dans une charte où il déclare que les Francs sont sortis du sang illustre et antique des Troyeiis, « ex nobilissimo et antiquo « Trojanorum relliquiarum sanguine nati'. »
Admise sans discussion par l'abréviateur de Grégoire de Tours, par l'auteur des Gesta regum Francorum breviter digesta, elle avait passé de lâchez tous nos vieux chroniqueurs ^. Sous la seconde race, elle se continua, et Charles le Chauve dans une charte répète les paroles de Dagobert: Ex 'praeclaro et antiquo Trojanorum sanguine nati ^.
Sous la troisième race, cette légende avait passé dans la littérature épique. Dans la première moitié du douzième siècle, Benoît de Sainte-More, retrouvant des traditions analogues dans les Romans de la Table ronde *, s'appuyant sur les histoires apocryphes de Darès le Phrygien et de Dictys de Crète ^, et sur l'Enéide de Virgile, le poëto populaire du moyen âge^, composait son grand poëme: le Roman de Troie, qui donna aux origines troyennes des Francs une nouvelle popularité.
Le succès de ce poëme fut éclatant ; en France quatre siècles ne suffirent pas à l'épuiser. Multiplié par des copies nombreuses, rajeuni, imité, mis en prose, porté sur la scène, transformé en mystères, il jouit chez nous d'une popularité inouïe '^. En môme