‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 58 sur 725 · Joly, ibid · texte numérisé non relu

Joly, ibid

4, Les Bretons (comme aussi les Normands, les Allemands, les Scandinaves) connaissaient ces traditions et aimaient à se rattacher à !a race troyoniic. Les légendes bretonnes avaient pénétré dans notre littérature par les Romans de la Table lU/nde.

b. Les auteurs de ces deux récits vivaient vers lafin de l'empire romain. Ils y résumèrent les légendes troyennes qui avaient cours dans l'antiquité classique et dont on ne retrouve pas toujours la trace dans les poèmes d'Homcrc. L'opuscule qui porte le nom de Dictys de Crète est donné comme le récit d'un ceitain Cretois, du nom de Dictys, qui aurait accompagné les Grecs à Troie et noté jour pour jour l'histoire du siège. Darès, prêtre phrygien, aurait fait dans le camp troyeu le même travail que Dictys dans le camp grec; de la sorte ces deux relations pa-

raissaient se compléter et se contrôler mutuellement. Ces misérables compositions écrites dans une langue barbare arrivèrent à détrôner l'Iliade et à faire reléguer Homère au second rang comme historien peu véridique, qui n'était pas témoin des faits qu'il racontait. La singu lière renommée dont elles jouirent n'était pas encore éteinte au dix-septième siècle, et Bossuet les faisait entrer parmi les livres classiques à l'usage du Dauphin,

6. On connaît la réputation mystérieuse qui s'attacliait au nom de Virgile, durant le moyen âge. Voir le beau livre de M. Comparetti, Viryile au moyen âge (2 vol. in-8, 1872, en italien).

7. A l'étranger, l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre, l'Italie, les pays Scandinaves, le traduisirent et l'adoptèrent, et l'on vit les Grecs, oubliant leur Homère, chanter les exploits de leurs aïeux dans la traduction du trouvère français. Il est à remarquer que le nom de Benoit de Sainte More resta dans l'oubli, tandis que les remanieurs et les traducteurs s'appropriaient sa gloire. L Italien Guido Golonna de Messine mettait en latin le poëme de Benoit, en déclarant qu'il reproduisait le texte de Darès, et cette

temps la légende troyenne poursuivait son chemin dans l'histoire. Rigord, dans sa vie de Philippe-Auguste (1700-1708), débute par lagénéalogiedcPharamondjtilsdeMarcomir, petit-fils dePriam, descendant de Francion le fils d'Hector, et cousin de Turcus le père des Turcs. Ces généalogies deviennent le préambule indispensable de toute histoire de France au treizième, au quatorzième, et au quinzième siècle. C'est ainsi que Nicole Giles ^ raconte les « Annales et chroniques de France depuis la triste désolation de la tres-inclyte et tres-fameuse cité de Troye jusqu'au temps du tres-prudent et victorieux roi Loys onziesme. »

Cependant de nouveaux éléments venaient s'ajouter à la vieille légende et la modifier. En 1490, paraissait à Rome une collection de documents apocryphes attribués au Chaldéen Bérose et à l'Égyptien Manéthon ; elle était accompagnée d'un commentaire historique dû au théologien Jean Nanni de Viterbe [Joannes Annius Viterbensis). Ce livre, tout en admettant l'origine troyenne des Francs, faisait descendre les Gaulois en droite ligne de Japhet, fils de Noé, et donnait les généalogies très-précises des diverses tribus de la Gaule ancienne. D'un autre côté, aux autorités babyloniennes inventées par Annius de Viterbe un Allemand, l'abbé Jean Tritheim ou Trilhème, savant du commencement du seizième siècle, ajoutait les autorités scythiques. L'abbé Trithème avait retrouvé une histoire des Francs depuis la guerre de Troie jusqu'à Clovis, écrite par le Franc Hunibald, lequel citait les historiens scythes Dorac et Wasthald.

Ce sont ces traditions populaires et ces inventions d'Annius de Viterbe et de Trithème que Jean Lemaire des Belges résuma dans ses Illustrations des Gaules. Les origines troyennes, babyloniennes et scythiques vinrent se fondre et se coordonner dans cet ouvrage qui fut classique durant le seizième siècle.

Poètes et historiens s'en inspirent. Nous retrouverons les théories de Lemaire chez les poêles du temps, spécialement chez Ronsard dont la Franciade est une imitation des Illustrations, Quant aux historiens, Jean Bouchet dans ses Annales d Aquitaine (1531) et dans son livre des anciennes et modornes Généalogies des rois de France (1527) reprend les assertions de l'écrivain belge. A la môme école se rattachent la Fleur des anti-

traductioa rentrait en France avec la traduction de Raoul le Fèvre, chapelain de Philippe le Bon [Recueil des Histoyres de Troye), si bien que Guido

xvi* SIÈCLE.

Colonna passa pour l'auteur de cetle composition.

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