‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 577 sur 725 · Ordinaire aux belles · texte numérisé non relu

Ordinaire aux belles

Si je fay quelque songe J'en suis espouvanté, Car mcsme son mensonge*

Exprime de mes maux la triste vérité

Toute paix, toute joye A prins de moy congé, Laissant mon ame en proye A cent mille soucis dont mon cœur est rongé. La pitié, la justice La constance et la foy, Cédant à l'artifice, Dedans les cœurs humains sont esleintes pour moy. L'ingratitude pave Ma fidelle amitié ; La calomnie essaye A rendre mes tourments indignes de pitié. En un cruel orage On me laisse périr.

Et courant au naufrage^ Je voy chacun me plaindre et nul me secourir. Bref, il n'est sur la terre Espèce de malheur, Qui me faisant la guerre N'expérimente en moy ce que peut la douleur. Et ce qui rend plus dure La misère où je vy.

C'est, es maux que j'endure, La mémoire de l'heur^ que le Ciel m'a ravy. Félicité passée Qui ne peux revenir :

Tourment de ma pensée.

Que n'ay-jc, en te perdant, perdu le souvenir ! Helas ! il ne me reste De mes contentements Qu'un souvenir funeste, Qui me les convertit à toute heure en tourments. Le Sort plein d'injustice M'ayant enfin rendu Ce reste* un pur supplice, Je serois plus lieureux si j'avoy plus perdu. {kl, p. 433.)

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