‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 614 sur 725 · Pleins d'ampleur · texte numérisé non relu

Pleins d'ampleur

9. A la place Saint-Jean, à la place de Giè-.e. Malherbe avait l'habitude dédire que ses maîtres pour le langage étaient les crocheteurs de la place de Grève.

Et pour quelque \ieii\ mot eslrange, ou de travers, Prouver qu'ils ont raison de censurer leurs vers ? (Alors qu'une œuvre brille et d'art et de science, La verve quelquefois s'egayo en la licence').

Il semble eu leur discours hautain et généreux ^ Que le Cheval volant n'ait pissé que pour eux ^ ; Que Phœbus à leur ton accorde sa vielle ; Que la Mouche du Grec * leurs lèvres emmielle ; Qu'ils ont seuls icy bas trouvé la Pie au uit^, Et que des hauts esprits le leur est le zenit ^, Que seuls des grands secrets ils ont la oognoissance, Et disent librement que leur expérience A rafiiié les vers fantastiques "^ d'humeur *, Ainsi que les gascons onl fait le point d'honneur; Q.i'eux tous seuls du bien dire ont trouvé la metode, Et que rien n'est parfaict s'il n'est fait à leur mode.

Cependant leur sçavoir ne s'estend seulement Qu'à regraler un mot douteux au jugement, Prendre garde qu'un qui ne heurte une diphtongue ^, Espier si des vers la rime est brève ou longue '**, Ou bien si la voyelle à l'autre s'unissaiit ", Ne rend point à l'oreille un vers trop languissant, Et laissent sur le vcrd '^ le noble de l'ouvrage ^'^ Nul eguillon divin n'esleve leur courage : Ils rampent bassemcnl, foibles d'inventions, Et n'osent, peu hardis, tanter les fictions, Froids à l'imaginer '* : car s'ils font quelque chose, C'est proser de la rime, et limer de la prose, Que l'art lime, et relime, et polit de façon, Qu'elle rend à l'oreille un agréable son ;

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